lundi 1 décembre 2014

Les choses de la Francophonie!

Engo avec les choses de l'Afrique !

Bonjour les Êtres humains. Vous le savez peut-être, ou pas, ces derniers jours ont été marqué par les festivités du XVème sommet de la Francophonie qui s'est tenu ce week-end (les 29 et 30 Novembre 2014), ici à Dakar. Il n'est point nécessaire ici d'écrire quoi que soit sur cette remarquable institution. Tout a déjà assez dit et redit sur le sujet, et les informations à son propos ne maquent pas, loin de là !

Le fait est juste que j'en ai eu un peu ras la calebasse, moi, de la Francophonie ! Ce n'est pas que je sois contre cette respectable organisation qui prône le partage de la langue dans laquelle j'ai tout appris et par laquelle j'ai l'immense chance de pouvoir m'exprimer et être entendu et peut-être compris, quelque part dans le monde. C'est l’événement du XVème sommet de la Francophonie et et tout le cérémonial qui l'entoure qui me turlupinent, quoi !

Déjà, côté communication, ils n'y sont pas allé par le dos de la cuillère, les organisateurs ! Et de géants panneaux annonciateurs, des mois avant la date prévue ! Et les décorations urbaines les plus bluffantes six jours avant ! Je ne parle même pas des moyens matériels mobilisés : une couverture audiovisuelle dignes des présidentielles américaines, des mesures de sécurité plus qu'exceptionnelles déployées pour l'occasion ! Pour le reste, on peut dire que le Sénégal a encore su faire montre de son légendaire sens de l'hospitalité !

Bon, en même temps, les journaux télévisés qui radotent les mêmes infos depuis cinq jours, ça commence à ennuyer... Jusqu'ici, je suis les programmes dédiés un peu de loin, comme si je regardais la Coupe du monde de football ou les Jeux Olympiques : c'est juste une grande rencontre mondiale qui n'affecte pas directement mon existence présente. Ma première vraie confrontation directe avec l'impact de ce grand sommet sur la vie de mes concitoyens, les Dakarois, qui s'est produite ce vendredi 28 Novembre 2014, m'a donné un plan différent pour appréhender cette grande fête et son influence, non seulement sur moi, mais aussi sur les populations du pays qui l’accueille cette année.

La date du 28 Novembre est d'abord pour moi, celle à laquelle devait arriver sur Dakar un de mes jeunes oncles qui vient pour un stage. En ce jour de veille d'ouverture officielle du quinzième sommet de la Francophonie, depuis le matin, il est bien difficile de passez dix minutes sans entendre, voir ou lire quelque chose en rapport avec le grand événement à venir. La ville entière, du moins, ses grands édifices et grandes places, ainsi que les lieux majeurs de la culture, accueillent diverses animations, conférences, spectacles de musique, et tant d'autres choses encore. Au niveau du tout nouveau Grand Théâtre, un village de la Francophonie a même été érigé ! Et ce n'est que la partie visible de l'Iceberg, quand on pense que tout le flambant neuf Centre International des Conférences de Diamniadio (CICD) a été pour la première fois mis à contribution pour cet événement.



Alors, Engo, quel est ton problème avec ce sommet ? En quoi il te dérange ? Et bien, moi, toute au long de cette fameuse journée du 28 novembre, je me suis demandé : qu'en pense réellement le Sénégalais lambda ? Le récit de cette journée vous fera peut-être entrevoir la réponse que j'en ai tiré...

Déjà, la journée commence très tôt pour moi : levé à cinq heures et demie, vers six heures, mon ventre commence à réclamer sa part (je sais, c'est un peu tôt, mais ventre affamé n'a point d'heure!). Je décide de me rendre à la boulangerie la plus proche, qui appartient à une grande chaîne souvent plébiscitée par ses clients, la classant parmi les plus accueillantes et où le respect du client est une règle d'or. J'arrive devant une vendeuse :

_ Bonjour Madame, je voudrais une baguette s'il vous plaît.

_ Un instant, Monsieur, mon collègue va venir vous servir.

Elle s'en va et un jeune homme chauve se pointe devant moi. Il commence à s'exprimer en Wolof. Bon, je comprends quand même un peu l'idiome, mais je ne suis pas un bon pratiquant. Et d'ailleurs, j'ai faim, il fait froid, ce n'est vraiment pas le bon moment pour les révisions linguistiques. «  Bonjour Monsieur, je voudrais une baguette » Je tends en même temps le billet de mille francs cfa que j'ai. Le type me regarde d'un drôle d'air, puis me répond d'un ton un peu nerveux, toujours en Wolof. « Monsieur, je ne comprends pas ce que vous dites. Moi je voudrais juste une baguette ». Là, il s'énerve et me lance sur un ton méprisant un « Y a pas de monnaie ! ». Bon, sur le coup, je me dis : soit il a mal dormi, soit il a du mal avec le français. Dans le premier cas, ce n'est pas la peine de venir au boulot pourrir la journée de tes clients si tu es de mauvaise humeur. Le second cas ne me semble pas envisageable, compte tenu du grand nombre d'occidentaux, de ''Toubabs'' comme on dit ici, qui viennent tous les jours faire leurs courses dans cette boulangerie. Là, déjà, j'ai envie de lui demander à lui, vivant dans un pays francophone, pays qui fut, rappelons-le, la plus ancienne colonie française d'Afrique, et qui, de surcroît, reçoit un événement comme le sommet de la Francophonie, s'il ne se sent pas un peu bête d'être agaçant et de se montrer discourtois envers certains de ces clients parce que ceux-ci préfèrent s'exprimer en Français plutôt qu'en Wolof. Bon, il n'est que six heures, me dis-je. Il y en a qui ont le réveil difficile... je préfère m'en aller. J'irai à la boutique du coin, où je sais que je suis contraint de supporter le wolof, les boutiquiers étant très souvent mal à l'aise avec la langue de Molière.

Depuis le levé du jour, je surveille l'heure à laquelle le vol de mon parent doit débarquer : 14h00. Entre temps, j'ai eu le temps de suivre quelques nouvelles à la télévision, en compagnie de ma voisine Bintou. Bien évidemment, le sujet principal tourne autour du sommet. On nous retransmet en direct, sur la chaîne nationale, les activités au CICD ou à d'autres endroits, où, curieusement, on ne voit que très peu d'Africains ! Les arrivées des chefs d’États et de gouvernements, ou quelques reportages historiques sur les grands hommes du Sénégal qui ont marqué d'une solide empreinte l'évolution de la grande institution, défilent sur le petit écran : revue des faits et paroles du poète-président : Léopold Sédar Senghor, énoncé de toutes les avancées engagées dans le fonctionnement de la gigantesque organisation par l'autre ancien grand président du pays de la Téranga, Abdou Diouf.

_ Au fait, Bintou, que penses-tu du président Diouf ?

_ Lui ? Il a beaucoup travaillé pour la Francophonie, et tout le monde sait que c'est quelqu'un de très rigoureux, mais, franchement, en près de vingt ans au pouvoir, il n'a pas fait grand-chose pour le pays !

Bon, ceci peut être son avis à elle, qui ne reflète pas forcément celui de la majorité des Sénégalais. En tous cas, ce n'est pas celui des journalistes qui n'ont pas fini d'encenser l'homme.

Il est bientôt quatorze heure. Il serait temps que j'aille attendre mon oncle à l'aéroport. Je me réjouis déjà à l'idée du spectacle de grande ferveur auquel je vais assister dans les rues de la ville. Bien grande sera ma déception de voir que la majorité de mes concitoyens ont l'air bien plus préoccupés par leurs soucis quotidiens que par la grande cérémonie qui se déroule dans leurs murs : dans les rues, à part les panneaux géants et les drapeaux qui flottent un peu partout, rien ne semble faire croire que c'est dans cette ville qu'a lieu ce grand sommet. Dans le taxi qui me conduis à l'aéroport, je veux bien participer à la fête à ma façon : je m'amuse à deviner les pays auxquels appartiennent les étendards que nous dépassons. Le taximan, un peu agacé, me jette des coups d’œil étranges! Il doit sûrement me prendre pour un de ces touristes à l'humeur bonne enfant. À la radio, les débats vont bon train sur le Sénégal dans la Francophonie : tel intervenant se demande si ce grand événement n'est pas une sorte de pied de nez que fait le président Macky Sall à son prédécesseur, Me Abdoulaye Wade, en organisant ce qui semble, pour lui, être des noces en l'honneur de celui qui fut longtemps leur adversaire commun. Tel autre déclare que, de toutes les façons, la Francophonie n'est qu'un autre visage de la Françafrique, et que les Africains gagneraient plus à s'en détacher, et promouvoir la montée des langues locales au rang de langue nationale et professionnelle, plutôt que de continuer à se laisser dicter les modes et moyens de gestion de leurs États par l'ancien colon, et en Français en plus ! Quant au chauffeur du taxi, il ne cesse de rappeler les personnes avec lesquelles il a rendez-vous, sûrement juste après ma course, pour leur demander de patienter un peu. Pour lui, le sommet de la Francophonie n'est juste qu'une raison de plus d'encombrer le trafic terrestre déjà saturé de la ville. C'est vrai qu'on a dû passer une bonne quarantaine de minutes à « limacer », jusqu'à l'aéroport.

L'ambiance qu'on y trouve, à première vue, pourrait dissiper mes doutes sur l'implication de la population sénégalaise à l'événement : aux alentours de l'aéroport de Dakar, qui a fait peau neuve, avec un cordon de sécurité inviolable, des foules massées par endroits, tambours battants et bannières aux vents, scandent, accompagnées d'une grande fanfare, des chansons qui, néanmoins, ne semblent pas faire partie du folklore local. Bon, je ne me rapproche pas trop d'elles, en tout cas, pas tout de suite. Je cherche d'abord à savoir si le vol de mon oncle n'est pas arrivé et s'il n'est pas en train de me maudire de ne pas être venu le chercher à l'heure, égaré quelque part dans les environs. Heureusement, ou malheureusement, il n'est pas encore là. Aux abords de l'aéroport, la foule est aussi dense que bigarrée. On trouve de toutes les communautés : Maliens, Burkinabés, Béninois, Togolais, congolais, et aussi mes compatriotes Gabonais. Tous semblent n'être là que pour une seule chose : voir et acclamer le président ou le chef de gouvernement de leur pays à sa descente d'avion. D'ailleurs, celle du président Gabonais ne passera pas inaperçue : plus grande clameur, et même quelques agents au sol de l'aéroport qui chantonnent, en passant près de moi : « A-li Bon-go ».

A la sortie de la salle de débarquement, la diversité des nationalités, la grande présence d'occidentaux, et surtout d'Asiatiques me trouble un peu. Il y a combien de pays asiatiques membres de la Francophonie ou ayant été appelés comme pays invités ? Je ne sais pas du tout, mais une chose est sûre, ils ont l'air bien plus heureux que tous les Sénégalais que j'ai croisé depuis ce matin, du déroulement de cet événement.

À dix-neufs heures, l'avion de mon oncle n'est toujours pas arrivé. J'appendrai plus tard qu'ils ont été contraints de passer la nuit à Abidjan, à cause des changements d'horaires de vols inhérents au programme très complexe mis en place pour le XVème sommet de la Francophonie. Dans le bus qui me ramène chez moi, je me demande alors : ils y gagnent quoi, concrètement, les Sénégalais, de cette grande messe ? En quoi augmentera-t-elle le trop faible taux (de 10 à 15 %) de la population sénégalaise capable de parler, de lire et d'écrire le français?

J'ai été assez surpris d'entendre, un peu plus tard dans la soirée, que l'organisation a fortement contribué à la résolution de conflits et à la gestion de crise de toutes ordres en Afrique. Est-ce vraiment le rôle de la Francophonie ? Je n'en sais pas grand-chose. Mais, vu que le sujet est abordé, je me demande bien ce vous en pensé, vous autres, de la Francophonie, parce que, après, on va dire qu'Engo se mêle de ce qui ne le regarde pas ! Alors, pour ne pas me faire « pointer du doigt » tout seul, je vais vous mouiller avec moi : pour vous, francophones du Sénégal, d'Afrique et de partout dans le monde, quelle la place réelle du français dans votre vie ? Et quelle est celle de la Francophonie ? Et pour finir, dites-moi, vous, quel est le rôle que vous pensez qu'elle devrait réellement jouer ?







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