vendredi 20 novembre 2015

Musique et nuisances sonores, tapages nocturnes et autres désagréments





Bonjour les Êtres humains !



Ceux qui ont déjà lu quelques-uns de mes anciens billets l’auront surement remarqué : j’aime, que dis-je, j’adore la musique. J’en écoute dès que j’ai un peu de temps libre, quand je m’ennuie, quand j’ai envie de me concentrer pour faire un travail, ou juste pour me divertir l’esprit. Et mes goûts sont des plus éclectiques : je peux passer de l’Afrobeat de Fela, au Jazz de Nina Simone, en passant par le R’n’B de Beyoncé et le rap de Kendrick Lamar en une seule journée ! Souvent, je le fais dans ma chambre, et quelques fois, quand je suis dans un endroit public, j’enfile mes écouteurs et en quelques notes, je suis ‘’ailleurs’’. Bien évidemment, je sais que nous sommes des milliers, voire des milliards qui faisons de même sur le globe. Et les goûts sont aussi divers que ce dernier porte d’âmes. Cependant, il y a parfois des tendances, des habitudes qui se répandent très vite en Afrique, que j’ai beaucoup de mal à m’expliquer. La dernière en date, c’est cette volonté, ce désir commun à la plupart des jeunes, et même des moins jeunes, d’imposer leurs goûts musicaux à leur entourage.



J’avais déjà fait ce constat depuis un certain temps dans les rues de Dakar, capitale du Sénégal : les jeunes, plus souvent les adolescents, se baladent dans les rues munis de leurs Smartphones, qui hurlent, au plus fort de la capacité de décibels qu’ils peuvent débiter, soient des sonorités du Mbalax local, soient les dernières sorties en matière de Rap français ou américain, ou de hip-hop nigérian. Les premières fois que j’ai eu à rencontrer ce genre de personnes, je me suis dit : « ils ne doivent pas savoir qu’on a inventé les écouteurs depuis des décennies ». Étrangement, il semble que même les fabricants de ces accessoires, somme toute utiles pour l’écoute en toute discrétion, se sont mis à suivre la tendance. C’est ainsi que vous verrez maintenant certains mélomanes se promener avec des petites boites, souvent en forme de cubes ou de cylindres, qui tiendraient facilement dans une main, et qui rivalisent aisément avec nos vieilles chaines Hi-fi des années 90, en matière de qualité de son, mais surtout, de volume. Pour moi, ce genre d’appareils a surement été produit à destination de personnes qui désirent, sans s’encombrer d’un arsenal d’ampli et de branchements, faire la fête dans un contexte convivial, mais assez discret : une petite animation dans un parc, un concours de danse improvisé dans une cours d’école, ou entre amis, au bureau, pendant la pause (si vos supérieurs et l’environnement vous le permettent !). Je conçois mal que Sony, Beats by Dre ou les autres éditeurs de ce genre d’accessoires aient sérieusement indiqué, dans le mode d’emploi : « à utiliser en marchant dans la rue, pour obliger votre entourage à écouter VOTRE musique » !

Je me disais, il y a quelques mois, à Dakar, que les jeunes de cette ville devaient avoir des influences culturelles particulières, pour s’être accaparés ce genre d’habitudes. J’ai largement eu tort. Car, depuis que je suis arrivé à Libreville, il ne se passe pas une journée durant laquelle je ne croise un jeune armé de cet accessoire, déambulant tranquillement dans les rues de mon quartier, ou même du reste de la capitale Gabonaise. Il faut souligner qu’à Libreville, ces petits haut-parleurs portatifs ne sont pas très répandus. Le plus souvent, ce sont les téléphones portables qui crachent les décibels dans les ruelles. Et, chose encore plus bizarre, ici, ce phénomène touche tous les âges : des enfants de cinq à six ans (comme dit ma mère : « même les lézards et les roseaux ont des smartphones de nos jours »), tout au plus, en passant par les ados, jusqu’aux jeunes adultes. Il m’est même arrivé de croiser des femmes d’un âge assez avancé qui se baladent avec leur téléphone portable diffusant les dernières louanges en vogue dans les milliers d’églises, traditionnelles ou nouvelles qui pullulent dans le pays. D’ailleurs, vous l’aurez bien remarqué, cet étrange phénomène vise les deux genres. Je n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi tant de gens tiennent à faire savoir à tout le monde ce qu’ils aiment écouter en ce moment.

Si seulement cela s’arrêtait à l’usage de portables ou d’accessoires d’ampli… Malheureusement, il y en a qui vont bien au de-là de ces deux types d’appareils, pour imposer à leur voisinage l’écoute de leurs titres favoris de l’heure : prenez mes voisins les plus proches. Tous les matins, bien avant sept heures, l’un d’entre eux allume sa radio, et fait écouter à tout le pâté de maisons, son nouveau CD préféré. Une compilation de chansons religieuses dont je connais déjà enchaînement exact, tant il est impossible de garder les yeux fermés dès que le concert matinal démarre. Chez mes parents, c’est un groupe de jeunes qui, du matin au soir, diffuse toutes sortes de sonorités, des musiques locales au reggae, sans se soucier de l’heure ou de l’incommodité des voisins. Ce qui me fascine le plus, c’est qu’en face de leur point de rassemblement, une petite véranda où l’on vend des boissons alcoolisées, habite un jeune couple avec une petite fille de moins de trois ans. Cela doit être un vrai calvaire pour la mettre au lit le soir avec la musique et, en prime, les hurlements des débats animés de ces jeunes. Et dire qu’ils ont tous plus de dix-huit ans et que certains d’entre eux travaillent et ont des responsabilités !

Il y a aussi les conducteurs ! C’est drôle, mais quand je monte dans certains véhicules, je ne peux m’empêcher de me dire que le propriétaire a surement longtemps rêvé de réaliser ce fameux cliché qui nous vient de l’autre côté de l’Atlantique : rouler vitres baissées, cheveux au vent, avec la musique à fond la caisse ! Il n’est pas interdit de réaliser ses rêves d’enfance, mais doit-on pour autant les imposer aux autres ? Parce que je comprendrais encore qu’on puisse conduire une « discothèque ambulante » lorsqu’on y est tout seul, ou avec des gens qui tolèrent cela, mais le faire avec tout le monde, n’est-ce pas un peu de la dictature ? Je parle bien de dictature, parce que souvent, si vous faites remarquer au conducteur que le son est trop fort, vous êtes sûrs d’entendre : « c’est ma voiture, j’y fais ce que je veux. Si tu n’aimes pas, tu marches ou tu t’en achètes une ! »

Et puis, il y a ceux qui, pour moi, doivent souffrir d’un syndrome d’autodestruction des tympans. Je parle de ceux qui osent utiliser les écouteurs, mais qui mettent la musique si fort qu’à deux mètres d’eux, vous distinguez clairement ce qu’ils écoutent. Il m’est tellement de fois arrivé de devoir presque hurler à mon voisin de table en classe, ou à ma voisine de bureau, que parfois, je me dis qu’ils font semblent de ne pas m’entendre. Mais je vous assure qu’à l’écoute du volume de leurs écouteurs, ils n’y a aucun doute qu’ils ne feignent pas de ne rien entendre ! Et presque souvent, je ne peux m’empêcher de les avertir : « ça rend sourd, tu sais… »

Pour finir, en matière de nuisance sonore, car, pour moi, c’est bien de cela qu’il s’agit, il y a les bars. J’habite un quartier qui, à l’image de la ville qui l’abrite, fait penser à ces clichés des pays caribéens où les gens font la fête du matin au soir, toute la nuit jusqu’au lendemain, sans jamais trop savoir ce qu’on célèbre. Le plus terrible, c’est que dans mon quartier, les bars se concentrent en un endroit, appelé « petit marché », et sont, chose incompréhensible, tous construits le long de la barrière de l’école primaire du coin. Pour y avoir fait toutes mes premières classes, je peux vous assurer que toutes les classes de CP perçoivent, ou plutôt, sont inondés de la cacophonie permanente de ces débits de boissons, qui jouent à qui fera le plus de bruit pour attirer les clients.   


Pour ceux qui ont décidé de se débarrasser le plus rapidement possible de leur capacité auditive, personne ne doit se mettre en travers des choix de chacun, aussi irresponsables soient-ils. Il parait que c’est cela la démocratie. Moi, à chaque fois que je me rends compte que mes écouteurs m’empêchent d’entendre les bruits autour de moi, je pense à mon arrière-grand-mère paternelle, à qui il fallait hurler des phrases qu’en fait, elle n’entendait quasiment pas. J’aimerais que cela arrive le plus tard possible, pour moi. Et pour ceux qui se soucient de leur audition dans les années à venir, il serait temps d’être un peu plus regardant sur la façon dont nous écoutons la musique. Il serait temps aussi, que les uns se soucient un plus de la santé des autres, car si nous le faisons, pas, personne ne le fera, surtout pas dans notre pays où les législations contre les nuisances sont à chercher à la loupe, et, quand elles existent, ne sont carrément pas appliquées. À qui de les faire exécuter : des agents administratifs ? Des agents des forces de l’ordre ? Des agents municipaux ? Ils sont tous visiblement trop occupés pour ce soucier de nos oreilles, et donc de notre santé ! Alors, il ne tient qu’à nous de faire des efforts, pour nous-mêmes, pour nos parents, nos enfants, nos amis, nos voisins et pour le bien-être que mérite chaque citoyen, à commencer par nous !  

lundi 16 novembre 2015

Gabon : pourquoi je suis (et resterai) homophobe ?

Bonjours les Êtres humains !
                                                     


Nous vivons dans un monde en perpétuel changement, tant sur le plan politique, sur le plan économique qu’au niveau social. Dans ce dernier volet, en particulier, l’humanité a connu et vit encore une évolution qui pourrait bien faire retourner dans leurs tombes les Terriens du siècle dernier. En effet, les mœurs ont drôlement changées depuis les années 20. On pourrait dire que c’est un peu la course à toutes les libertés : les noirs et toutes les autres races autrefois dites « inférieures » ont été presque totalement affranchis, les colonies ont acquis leurs indépendances, les femmes ont obtenu le droit de travailler, puis celui de voter. Il y a quelques années, c’est au niveau des habitudes sexuelles que des barrières sont tombées : dans beaucoup de sociétés, l’on ne se sent plus contraint d’attendre le mariage pour avoir ses premiers rapports, les femmes revendiquent leur droit « d’avoir des orgasmes », etc. Disons que les esprits se sont quelque peu débridés. Puis, est arrivée la Gay Pride, cette espèce de journée mondiale de l’homosexualité. Mais qu’est-ce donc que l’homosexualité ? Mon dictionnaire Larousse définit un homosexuel comme une personne qui éprouve une attirance sexuelle pour les personnes de son sexe. Si l’on revient quelques décennies en arrière, on remarquera que ce qui, aujourd’hui, est considéré un peu partout comme un droit aussi juste que celui à la vie, était vu comme une déviance, une perversion, un acte contre-nature, voire même un péché !



C’était cette vision que les gens avaient de l’homosexualité au Gabon, il y a encore une vingtaines d’années. Comme un peu partout dans le monde, être traité de « pédé » était la pire des injures que l’on pouvait vous adresser ! Souvent, c’était l’élément déclencheur d’une bagarre, à coup sûr. Cela ne signifie pas, certes, qu’il n’y avait pas d’homosexuels au Gabon. D’ailleurs, lors d’un petit débat tenu au bureau il y a quelques jours, quelqu’un expliquait que sa grand-mère lui aurait raconté que, de son temps, dans certains villages (nous sommes à l’époque coloniale et un peu avant), des hommes qui vivaient en couple. Tout le monde savait qu’ils étaient épris l’un de l’autre et qu’ils « dormaient » ensemble. Un ancien du bureau nous expliquait qu’à cette époque, du fait des initiations que presque tout le monde passait dans les rites traditionnels et mystiques de nos différentes ethnies, l’homosexualité faisait partie des interdits imposés par ces rites. De ce fait, ceux qui s’y adonnaient étaient, le plus souvent, frappés d’une quelconque malédiction, qui pouvait agir de diverses manières : de l’apparition d’affections cutanées jusqu’à, dans les cas extrêmes, la mort subite. Une chose est toutefois sûre, c’est qu’il y a quelques années, ceux qui se considéraient comme homosexuels vivaient ce choix dans une grande discrétion ! De toute mon enfance, et même durant mes années lycées, je ne me souviens pas avoir connu, vu ou même entendu parler de quelqu’un, dans mon entourage qui l’était.      

Il y a une poignée d’années, lorsque les premiers vents porteurs  du « mariage pour tous » ont commencé à souffler sur l’occident, je me suis vite positionné : chacun a le droit d’avoir son opinion et de faire ses choix, et celui qui considère que les personnes du même sexe que lui sont celles qui l’attirent assume ses choix, tant qu’il ne me dérange pas. Je me souviens qu’un jour, débattant du sujet avec des amis, l’un d’eux m’a demandé : « et si ton fils t’annonçait qu’il est homo ? », ce à quoi j’ai répondu que, dans ce cas, je considérerais que c’est de ma faute, parce que j’ai échoué dans ma tâche qui était de lui inculquer une éducation (sexuelle) que j’approuve. Mais là n’est pas le sujet. Ce dernier est que, il faut bien le constater, ces vents de révolutions homophiles qui ont soufflés sur les pays du Nord, ont semé quelques graines ici  en Afrique. Ainsi, l’homosexualité est de plus en plus exposée dans nos capitales, bien qu’elle soit toujours vue d’un mauvais œil.  

Ce qui m’a le plus surpris, à ce propos, c’est la façon dont cette orientation s’exprime le plus dans mon pays, le Gabon. Ce qui est le plus choquant, c’est la manière avec laquelle certains se la sont appropriés et l’expriment. En effet, cette tendance a pris le visage d’un monstre, voire d’un démon, qui ronge la société gabonaise, à tous les âges, à toutes les classes, et qui est devenu la source de plus de honte, d’humiliations, de dépravations et de déshumanisations. Voyez donc les faits par vous-même et jugez…

Il y a quelques années, lorsque j’étais au lycée, en classe de Troisième, j’ai assisté à un spectacle inhabituel : dans une classe vide à première vue, je surpris deux jeunes filles de Terminale en train de s’embrasser goulûment. Pendant des semaines, je n’ai cessé de me demander ce qui pouvait bien motiver deux jeunes filles à faire une chose pareille, et surtout, comment elles en étaient arrivées là. C’était la première fois que j’étais confronté à ce qui deviendra, un peu plus tard, un « trip » pour les jeunes en soirées : des filles qui s’embrassent pour, certainement, s’offrir un délire. Mais, il y a quelques années, j’ai découvert que le délire est allé un peu trop loin. En effet, un jour, en parcourant le mur d’un groupe sur Facebook, je suis tombé sur une photo aussi choquante qu’explicite : trois jeunes hommes, nus comme des vers, s’y présentaient, deux d’entre eux copulant, tous sourire aux lèvres, tandis que le troisième les regardait avec envie, attendant son tour ! Ce qui me traumatisa le plus, c’est qu’ils avaient, au trop, seize ans ! Pourquoi ? Pourquoi, à l’âge où ma plus grande fierté était de poser mes lèvres sur celles de mes petites camarades de classe, ils étaient, eux, si fiers d’être homos qu’ils n’hésitaient pas à se filmer et poster les images sur les réseaux sociaux ? Comme diraient certains, qu’est-ce qui n’a pas marché ? Effet de mode ? Rébellion de l’adolescence ? Où sont les parents ? Que se disent-ils ? Ont-ils démissionné ? Savent-ils au juste ce qui se passe ? En ont-ils conscience ?

À lire les nouvelles qui déferlent, tant sur les réseaux sociaux que dans les journaux officiels, il est sûr qu’ils en ont une idée. Parce je parie que beaucoup d’entre eux ne sont pas passés à côté de ce fait divers qui date de quelques semaines. Relaté dans le journal national l’Union, le plus lu du pays, il conte la mésaventure d’un jeune homme qui a eu la mauvaise idée de sortir avec une jeune femme en couple. Le concubin de cette dernière ayant découvert qu’il était cocu et appris par qui, s’est armé de sbires et, ayant tendu un guet-apens à son rival, l’a obligé de force, pour le punir, à lui faire (pardonnez mon langage) une fellation ! Dans un passé assez proche, ce genre de cas se réglait aux poings en comptant les dents cassées ! D’où vient cette idée que pour se venger, on s’offre une fellation ? Est-ce vraiment juste un désir d’humiliation ? Pour moi, il faut avoir un certain penchant pour les rapports sexuels (même simplement oraux) avec les personnes du même genre pour en arriver là. Mais bon, sur ce sujet, les avis sont très partagés.   

Dans le cas précédent, l’argument de la vengeance peut encore être défendu par certains. Dans celui qui suit, derrière lequel pourrait-on tenter de masquer une volonté d’assouvir des penchants homosexuels publiquement refoulés ? Ce cas précis est celui qui a déferlé la chronique sur les murs et pages Facebook il y a quelques semaines : il s’agit d’un agent d’une grande entreprise de la place qui laisse exprimer sa colère. Et pour cause : il a été, pendant des mois, voire plus, l’amant de plusieurs haut cadres de la société, dont le directeur des ressources humaines, qui lui promettait un meilleur poste au sein de la firme. Voyant que le poste a été attribué à un autre, et aussi que sa santé pâtissait sérieusement des assauts sexuels de ses collègues de travail, il ne pouvait plus contenir sa colère et l’a laissé s’exprimer, avouant publiquement les pratiques auxquelles lui et ceux-ci s’adonnaient. Voilà où nous en sommes aujourd’hui au Gabon : avant, c’était les femmes qui devaient subir le « droit de cuissage », ou « l’entretien canapé ». Maintenant, la tendance est passée à « l’entretien sodomique » ! Je n’ose pas imaginer le degré des douleurs physiques et morales que cet homme, époux et père de famille, a atteint, au point de ne plus pouvoir garder secret le fait qu’il ait accepté de monnayer sa « virginité anale » contre un poste. N’avait-il pas confiance à ses connaissances, à la formation qu’il a suivie pour en arriver là, à son expérience professionnelle et ses capacités de travail pour accepter une telle proposition ? Car, il y a une chose qui est sûre, c’est qu’il n’était pas sous la contrainte physique, comme dans le cas cité plus haut. Il aurait pu dire non. Il aurait probablement perdu toute chance d’avoir cet avancement, et aurait peut-être même perdu son travail, mais il n’aurait pas humilié son nom et par la même occasion sa femme, ses enfants, ses parents, ses amis… Sommes-nous donc arrivés, dans ce pays, à un point tel qu’on ne puisse plus, pour gagner sa pitance et nourrir sa famille, rien faire d’autre que se soumettre à cette nouvelle forme de corruption qui, selon les dires de beaucoup, prend de plus en plus d’ampleur dans le monde professionnel national ?

Sommes-nous donc tombés si bas ? Je n’évoquerai pas le cas des élèves et étudiants qui tiennent, à ce qu’on dit, des réseaux de jeunes hommes « disponibles » pour certains haut placés de la République. Voilà donc où nous en sommes : les hommes sont contraints de se prostituer auprès d’autres hommes pour être considérés comme de vrais « hommes » dans la société ! En parlant de prostitution, il y a un cas qui, je vous l’avoue, me donne de l’urticaire, rien qu’à y penser. C’est celui de ce jeune homme qui assume clairement son homosexualité (au moins, il le courage de déclarer son camp), et qui, je ne sais pourquoi, est devenu, en l’espace de quelques années, une véritable célébrité dans le cercle des Gabonais du réseau social Facebook. Ce qui m’amuse le plus, c’est la façon dont certains sont à l’affut de ses interventions, de ses vidéos (souvent gags) et prennent même ses propos au sérieux, au point de l’ériger comme une sorte de dissident qui lutte contre le pouvoir en place au Gabon. Tout cela pourquoi ? Parce que cette « belle créature » (sic) prétend détenir des informations qu’il est prêt à divulguer sur certains grands noms de notre pays. Informations qu’il a obtenu en ayant couché avec quelques-uns de ceux-ci. Est-ce bien là que nous en sommes ? Manquerions-nous tellement d’espoir, de voix à suivre, de leader, que nous en serions réduits à nous prostituer pour sauver le pays de l’abime dans lequel il ne cesse de s’enfoncer chaque jour ? Je ne fais que poser la question.

Le pire, c’est que l’homosexualité prend des allures d’instrument de torture dans ce pays. Savez-vous que, derrière les murs de "Sans Famille", prison centrale de Libreville, l’on tolère que des détenus violent d’autres ? Une amie nous relatait il y a quelques jours que, durant son séjour là-bas, sa cousine a découvert que lorsqu’une détenue déplaisait à certaines gardiennes, elles chargeaient d’autres détenues de lui faire passer un sale quart-d’ heure, la soumettant à des viols collectifs, sans que personne n’intervienne ! De mon retour de Dakar, une des nouvelles qui m’a le plus bouleversée, à ce propos, est le cas d’un de mes cousins décédé à la prison centrale de Libreville. D’abord arrêté pour un simple vol, il verra par la suite son séjour derrière les barreaux prolongés de plusieurs mois. Ce beau jeune homme frêle et assez timide succombera des hémorragies causées par des viols répétés, durant des mois. Le pire, c’est qu’il ne pouvait même pas dénoncer ses tortionnaires, car, une fois cela fait, il aurait subi pire encore. Ce qui m’attriste le plus, c’est que dans cet État dit démocratique et de droit, dont la devise serait Union-Travail-Justice, les auteurs de ce crime dorment en paix aujourd’hui. Ces hommes qui, pour assouvir leurs désirs homosexuels, n’ont rien trouvé de mieux que de violer des jeunes garçons.       



Je me souviens que lors de sa visite à Dakar, le président américain avait quelque peu soulevé le sujet des droits des homosexuels. Son hôte, le président sénégalais, Maky Sall, avait, dans son discours, en substance, rétorqué sur le sujet en précisant que l’homosexualité ne fait pas partie de nos mœurs, ici en Afrique, et que l’occident se devait de les respecter. Mais au vue des comportements que beaucoup affichent dans nos sociétés, et plus précisément dans mon pays, le Gabon, je me demande ce qu’il en sera de ces mœurs dans les années à venir. Finirons-nous par tous adopter le mariage Gay ? Finirons-nous par tous accepter l’adoption pour les couples Gay ? Et qu’adviendra-t-il quand nos enfants décideront, eux aussi, parce que c’est ce qui se fait actuellement ailleurs, de changer de sexe, ou de ne plus en avoir ? Jusqu’à ce jour, le panurgisme culturel ne nous a rendu, ni plus blancs, ni moins noirs, ni plus respectés, ni moins humiliés, alors tâchons de bien réfléchir aux idéaux que nous voulons transmettre à ceux qui nous succéderont.  

mardi 20 octobre 2015

Criminalités diversifiées en État policier

Bonjour les Êtres humains !

Avant tout, il faut que je vous fasse une confidence : je n’aime pas les forces de l’ordre ! Je ne sais pas pourquoi, mais c’est comme ça depuis ma plus tendre enfance, je ne me suis jamais senti à l’aise en présence d’un homme en uniforme vert. Je crois que le coup de matraque que l’un d’eux m’assena sur le crâne lorsque j’étais au lycée, me confondant à des étudiants qui manifestaient pour leurs bourses, n’a pas été pour améliorer mon rapport avec ces hommes. Ceci dit, je tente toujours de me tenir le plus loin possible des endroits où je suis sûr de les rencontrer : commissariats, gendarmeries, casernes, camps, etc. Mais depuis que je suis arrivé à Libreville, j’ai bien l’impression que ce procédé d’éloignement n’est plus suffisant. Je vous explique : dès la nuit de mon arrivée à l’aéroport de Libreville, j’étais déjà très surpris du nombre de véhicules blindés en stationnement dans quelques coins de la ville, tout au long du trajet vers la maison familial. « Que se passe-t-il ? Il y a un évènement important qui nécessite cette présence ? » Ai-je demandé à mon père. Il me répondit tranquillement que c’est comme cela tous les jours et que je finirais par m’y habituer. « M’habituer à voir des canons de fusils qui ne devraient être exhiber qu’en cas de nécessité ? Je ne suis pas trop sûr ! » Ai-je pensé. En tout cas, je ne me sentirais pas très bien à chaque fois que je tomberais sur un de ces véhicules. Malheureusement, quelques jours plus tard, lors de ma première sortie dans la capitale gabonaise, depuis un peu plus de cinq ans, je compris que ce sera à chaque fois que je mettrai le nez dehors que je ne me sentirai pas très bien car, en me baladant dans les rues de Libreville, j’eus l’impression d’être dans une cité martiale ! Plus de la moitié des personnes que vous croisez portent un uniforme, soit de la police, de la gendarmerie, ou d’une des composantes de la grande muette. De plus, depuis mon retour au Gabon, je suis assez étonné de voir le nombre de mes jeunes cousins, voisins et amis, qui ont décidé de s’engager. Rien que dans ma famille, mes deux mains ne suffiraient pas pour les compter !



Ne voulant pas jouer les pessimistes et les empêcheurs de traîner des bottes en paix, j’ai interrogé quelques personnes dans mon entourage, pour savoir ce qu’ils pensent de cette situation et surtout, comment on en est arrivé là. Les avis sont très partagés, mais ce que j’entends le plus, que ce soit des désapprobateurs que de ceux qui encouragent cet état de faits, c’est que cela procure de l’emploi pour la jeunesse. Il faut dire que, ces dernières années, les ministères qui recrutent les plus sont celui de l’éducation nationale, celui de l’intérieur et plus encore, celui de la défense. Pour tous les autres nouveaux agents de la fonction publique gabonaise, être intégré et pouvoir toucher son salaire relève toujours du chemin de croix (il faut parfois attendre plus de deux ans avant de jouir de ces émoluments), tandis que pour nos jeunes officiers et agents, fraîchement tondus au camp de formation, il ne suffit que de quelques semaines pour qu’ils puissent commencer à toucher leur paie. D’ailleurs, ils sont les plus choyés du pays, avec des salaires qui les rangent au niveau minimal de cadre moyen. De plus, ils n’ont quasiment jamais de problèmes de retard de paiement, comme cela peut souvent arriver pour les enseignants ou les médecins. Bref, les motivations pour s’engager sont ce qui manque le moins ! À vous dire vrai, vus tous ces avantages, sans compter ceux que je ne connais même pas, je me serai bien engagé, moi aussi, si je n’avais pas horreur de recevoir des ordres et de devoir courber l’échine… On peut tout de même dire que cet accroissement rapide des effectifs des forces de l’ordres au Gabon a un aspect positif : je n’ai, par exemple, pas pu rester de marbre devant la joie de ma tante, le weekend dernier, qui a chanté et dansé pour accueillir son fils de dix-neuf ans, de retour de formation. Mais, mon souci principal, la question qui me turlupine l’esprit, en voyant mon jeune cousin, aussi frêle qu’une brindille, dans son uniforme gris et ses bottes serrées, c’est de savoir à quoi servent réellement ces jeunes ? À quoi sont-ils vraiment employés ?   

J’entends déjà certains me dire : « mais Engo, à quoi veux-tu qu’ils servent d’autre, si ce n’est le maintien de la paix, de la sécurité et de l’ordre dans notre beau pays ? » Je sais bien que là est leur mission première, certes bien noble. Mais je vous assure qu’en un peu plus d’un mois, j’ai vu des choses qui me font croire qu’ils reçoivent des ordres qui dévient de la normale et qui les font faillir à leur tâche. Jugez-en par vous-même ! La semaine dernière, plus précisément le vendredi 16 octobre dernier, en rentrant de mon stage, à la Direction générale de l’environnement, sise aux Ministère des eaux et forêts, sur le Boulevard triomphale, j’ai été assez surpris de voir, presqu’à tous les dix mètres, un jeune fantassin, l’arme serrée contre le torse, le regard vif. « Vu ce déploiement, le président doit sûrement emprunter cette voie aujourd’hui » a commenté quelqu’un dans le taxi, comme pour répondre à mon interrogation non dite. Ont-ils besoin d’être 100 au kilomètre carré pour sécuriser le passage du Président dans un bolide blindé, et qui roule à vive allure ? Quelques centaines de mètres plus loin, au carrefour dit de « l’ancienne SOBRAGA », un embouteillage monstre nous accueilli : des gendarmes y avaient érigé, de chaque côté de la route, un poste de contrôle et arrêtaient une grande partie des véhicules, pour effectuer le contrôle des papiers. À moins de dix mètres de là, un premier véhicule blindé, couronné d’une mitraillette, était garé sur le bord de la voie. « Ah ! Il doit se rendre à l’Université, le président ! », s’est rappelé le chauffeur du taxi.  Ainsi donc, voilà la véritable raison de toute cette agitation ! Mais, est-ce vraiment nécessaire, tout cet étalage d’arsenal et de forces armées ? Je descendis à quelques mètres de l’entrée de l’université, et m’engageai sur l’artère lui faisant face. Là, je tombe nez-à-nez avec un véhicule de type 4x4, toute vitres ouvertes, mais avec un matériel de communication digne des voitures de la CIA. Au volant, un homme de type caucasien portant un uniforme de l’armée française, en plein transmission radio. Le jeune homme qui marchait à côté de moi, et qui s’était lui aussi penché vers le véhicule pour bien en admirer l’intérieur, me regarde, aussi abasourdi que moi. Nous n’avons pas le temps de commencer à commenter ce que nous venons de voir que nous nous retrouvons face à un autre véhicule blindé coiffé d’une mitraillette, et entouré de quelques soldats gabonais, armes à la main. À quelques pas de là, plus libres de nos propos, le jeune homme me demande si tout cela est bien nécessaire. Avant que je ne puisse lui répondre, une jeune étudiante, sortant de l’École normale voisine, nous apostrophe en voyant, de loin, le blindé : « Bonjour mes frères ! Que s’est-il passé ? Les étudiants de l’UOB (Université Omar Bongo) sont-ils encore entrés en grève ? Un mouvement de manifestation de l’opposition ? Qu’est ce qui ne va pas encore ? » Nous la rassurons qu’il n’y a pas de quoi s’inquiéter, que c’est juste le président qui vient rendre visite aux étudiants. « Voilà à quoi sert tout cet arsenal : à plonger les populations dans la peur, la crainte du pouvoir, comme si celui-ci en avait besoin… »

J’aimerais, cher amis, que vous jugiez aussi de ceci : le mardi 13 octobre dernier, tandis que je tentais de prendre un taxi sur le boulevard triomphal, à la sortie de mon stage, trois de ces grosses motos BMW aux couleurs de la gendarmerie vinrent obstruer l’intersection face à laquelle je me trouvais. Ils furent suivis par trois autres, derrière lesquels venaient, un cortège de trois véhicules : en tête, un 4x4 roulant à vive allure, et en serre-fil, un de ces camions verts qui servent à transporter les soldats, et dans lequel des jeunes en uniforme brandissaient les canons de leurs armes vers les trottoirs bondés de monde, à cette heure de sortie des bureaux. Entre les deux véhicules, se trouvait une sorte de fourgon, peint en blanc et rouge, et sur les portières duquel on pouvait aisément lire le nom de l’entreprise Bolloré. Les trois voitures étaient suivies d’un autre lot de motards de la gendarmerie, tous gyrophares et toutes sirènes allumés. Alors, la question que je suis posé est la suivante : tous ces jeunes qui pointent leurs armes sur leurs frères et sœurs Gabonais, en pleine route, ont-ils été engagés pour escorter l’argent de Bolloré ? Est-ce vraiment ce à quoi ils doivent nous servir ? Ne devraient-ils pas lutter contre la criminalité et l’insécurité qui minent chaque jour notre nation ?   

Parce que ces deux fléaux n’ont pas manqués de m’interpeller, eux aussi ! En l’espace d’un mois, on a retrouvé un corps de jeune femme décapité dans les environs du Quartier Pleine Orety, et un mari jaloux s’est servi de deux armes pour abattre l’amant de sa femme et manquer de tuer cette dernière ! Et les faits divers qui parlent de tuerie à la poudre à canon sont légion ces derniers mois ! Je ne parle même pas des crimes dits « rituels », qui sont devenus si banals qu’on en parle même plus, malgré le flot continu de sang de jeunes hommes et femmes, adultes et enfants, dont les organes sont vendus au marché noir ! Je ne parle pas, non plus, des braquages qui sont le quotidien de quartiers comme Derrière l’École Normale Supérieure, où je vis. Ces quartiers où vous ne verrez jamais patrouiller un seul policier, et où ce sont les jeunes délinquants qui font la loi à partir d’une heure du matin…  



Je veux bien qu’on donne du travail aux jeunes, qu’on cherche à sécuriser le pays, mais, je ne peux m’empêcher de me poser ces questions qui découlent du constat dont je viens de vous faire part : Pourquoi faire de la Grande Muette le premier recruteur de la Nation ? Que voire derrière ces enrôlements massifs ? À quoi servent tous ces agents en uniforme ? Quel est concrètement leur apport pour la nation ? Comment expliquer que, malgré cela, la criminalité ne cesse de croitre ? Pourquoi faire étalage de toutes ces armes ambulantes ? Que craint-on ? Que défend-t-on réellement : les populations, les institutions, les intérêts de privilégiés ou celles d’entreprises étrangères ? Qui veut-on effrayer ? Oui, effrayer, car c’est bien la réaction que la vue de toutes ces armes et de tous ces uniformes provoque, et pas seulement chez moi. Souvenez-vous de cette jeune femme qui a vu le blindé garé près de l’université : « mon frère, que se passe-t-il ? Il y a des évènements graves qui se sont passés à l’UOB ? Les étudiants manifestent encore ? » Je ne sais pas pour vous, mais moi, la vue de tous ces uniformes, de toutes ces armes protées en bandoulière aux carrefours, ou fixés sur des véhicules de guerre qui se baladent dans notre capitale me mettent dans un état de stress, voire de psychose permanente ! Parce que j’ai souvent, en les voyant, cette citation entendue quelque part qui me revient à l’esprit : « une arme, c’est fait pour servir, et quand on la sort, elle finit toujours par servir ». Gageons, dans notre contexte, que ce ne soient que des paroles en l’air ! 

mercredi 30 septembre 2015

Bienvenue chez moi !




Bonjour les Êtres humains !

La famille ! Pour moi, et j’espère pour la plupart d’entre vous, il n’y a rien de plus important que la famille. Et lorsqu’on a passé des années loin d’elle, les retrouvailles vous font quelques fois perdre vos habitudes. C’est ce qui m’est arrivé ce mois de septembre. En effet, après plus de cinq ans passés à Dakar, j’ai pris l’avion pour Libreville, ma ville natale. Point besoin de vous dire combien de fois le voyage a été excitant, la séparation avec mes proches de Dakar difficile (bien que je ne parte que pour un trimestre), et les retrouvailles avec ma famille chaleureuse !

Après mon arrivée à Libreville, il y a quelques semaines, je m’étais dit que j’allais me donner quelques semaines, deux maxi, pour me faire une idée de la façon dont la vie, en générale, a évoluée dans la capitale gabonaise, avant de partager mes premières impressions avec vous. J’avais prévu de procéder comme l’avait fait mon collègue bloggeur et ami, Barack Mba – qui tient le blog dénommé Esprit Africain - c’est-à-dire, faire un tour de la ville et vous décrire les évolutions sur le plan urbain, au niveau des mentalités, de infrastructures, etc. Honnêtement, les aléas familiaux ne m’ont pas laissé le temps de m’offrir un tour de ville, comme je l’avais prévu. Mais il y a tant de choses à dire, à encourager, à dénoncer, à souligner, sur Libreville, qu’il me fallait vous partager les sensations, les impressions et les sentiments qui m’ont animés et qui m’animent toujours depuis que je suis revenu chez moi.

J’aimerais donc vous présenter, autant que je le pourrais, ce « chez moi ». J’aimerais particulièrement vous parler de mon quartier : Derrière l’École Normale Supérieure (Derrière l’ENS, pour les initiés). Il s’agit d’un vaste bidonville du premier arrondissement de la capitale gabonaise, enclavé entre l’Université Omar Bongo, l’École Normale Supérieure qu’il abrite, le quartier Derrière la prison, la favela voisine (ne me demandez surtout pas qui a baptisé les quartiers de Libreville !) et la voie expresse, une des principales artères de la ville.


Je connais les ruelles poussiéreuses de ce quartier depuis… toujours ! Elles ressemblent, encore aujourd’hui, à des champs de mines : on aurait dit que c’est seulement hier que sont passés les derniers engins des Travaux Publics, même si, en fait, c’était il y a 20 ans déjà.

Une ruelle de Derrière l'ENS


La majeure partie des habitations, qui étaient toutes en planches, il y a quelques années, sont aujourd’hui en briques (en dur, dit-on ici), bien qu’elles donnent toujours l’impression d’être bâties les unes sur ou à l’intérieur des autres. Les touffes de hautes herbes qui longent les quelques villas cachées derrière des barrières contrastent avec le champ de « cuvettes » de Canal Sat qui s’étale sur tout le quartier. Au « petit marché », le centre névralgique du coin, les cinq à six bistrots qui paraissent se suivre comme les doigts de la main n’arrêtent quasiment pas de brasser alcools, musiques assourdissantes et hommes et femmes éternellement assoiffés. Je pourrais passer l’année à vous décrire les « choses de Derrière l’ENS ». Mais, de toutes, il y en a trois qui m’ont particulièrement marquées depuis que je suis rentré. La première, c’est ce que certains jeunes inspirés du quartier ont appelés, « l’agressage ».

Vue partielle du ''champ de cuvettes''


Il y a quelques mois, la mairie de Libreville annonçait, effectivement, une campagne d’adressage : il s’agissait de donner des noms aux principales rues de Libreville et de d’attribuer des numéros aux habitations qui les bordent. Le hasard voulu que les agents de la municipalité affectés à cette tâche passent dans notre ruelle quelques jours après mon arrivée. Je ne suis pas urbaniste, loin de là, mais il y a quand même quelques éléments de leur travail qui ne nécessitent que la logique pour juger de son inefficacité. Parce que, de l’expérience que j’ai de villes qui possèdent un système d’adresses bien rodé, je crois que la numérotation des habitations devrait être faite de sorte que l’étranger qui arrive dans le quartier, et qui cherche une adresse, se réfère à l’ordre de numérotation des habitations. Je m’explique : dans mon autre quartier, à Dieupeul (Dakar), j’étais à la villa 2518. Celle-ci est suivie de la 2519 et précédée de la 2517. Dans d’autres cas, les maisons sont numérotés par des nombres paires, d’un côté de la voie, et les impairs, de l’autre côté. Dans tous les cas, celui qui cherche une adresse précise suit une certaine logique pour pouvoir la retrouver. Or, après le passage des agents de la mairie, notre maison s’est retrouvée avec le numéro 42, la suivante le 48, celle d’en face le 33, et celle qui la suit, le 65. Allez donc vous y retrouvez ! Sans compter que, pour certaines habitations, il suffit qu’elles aient deux entrées, voire même deux portes voisines, pour qu’elles se retrouvent avec deux numéros, à l’exemple de celle de mes voisins, qui porte, pour une de ses portes, le 48, et pour l’autre, le 56. Je ne parle même pas du fait qu’une grande partie des ruelles de Derrière l’ENS sont tout simplement des impasses. Preuve qu’aucun plan d’urbanisme n’a été au préalable envisagé. Je me demande juste pourquoi l’on peut gaspiller autant d’argent à une activité, certes louable, d’adressage, lorsque les habitations concernées ressemblent juste à des cases ou des abris de fortune ? Qu’en est-il du programme de construction de logements sociaux annoncé par les autorités il y a quelques années ? Comment peut-on donner une adresse, un numéro, à celui qui demande un logement décent ? N’existe-t-il pas une coordination entre le ministère de la planification, celui de l’urbanisme, et la mairie ? Ou seraient-ils, eux aussi, dans l’impasse ?

Rue ''Impasse''


Pour les habitants de mon quartier, cette problématique du logement n’est pas la seule impasse dans laquelle ils se trouvent. En effet, nous faisons face à un autre souci, aussi important, sinon plus, que celui de l’adressage des sans-logis. Il s’agit de la pénurie d’eau.

Le problème du manque d’eau dans notre quartier n’est pas un fait nouveau. Déjà, en 2009, avant mon départ pour Dakar, il fallait passer toute la journée sans eau et n’attendre que très tard dans la nuit (entre 2h et 4h du matin), pour voir une goutte tomber du robinet. L’année dernière, lors de la mise en place par les autorités de câblages souterrains pour le futur (mais toujours « futur » depuis plusieurs années) réseau de fibre optique, l’alimentation en eau du quartier fut tout simplement interrompue, m’a expliqué ma mère. Et cela dura plus de trois mois. Imaginez-vous tout un quartier sans eau pendant trois mois, en pleine année académique ! Mes parents, comme tous leurs voisins, étaient devenus des sortes de zombies qui devaient se lever tous les soirs, en plein milieu de la nuit pour aller chercher de l’eau dans les quartiers voisins, ou à l’Université Omar Bongo, qui jouissaient encore de la manne nocturne. Ce n’est qu’à partir du début de l’année en cours que les choses revinrent à la normale. Mais cela n’aura duré que quelques mois. C’est ainsi que, depuis le mois d’août, l’approvisionnement en eau du quartier est redevenu aléatoire. À certains endroits, ce n’est que très tôt le matin que vous avez droit à de l’eau, et pour deux ou trois heures. À d’autres, comme chez mes parents, il faut à nouveau se lever tard dans la nuit pour faire des réserves d’eau pour le lendemain. Ce qui est aberrant, c’est que la Société d’électricité et d’eau du Gabon (SEEG) reste parmi les premières entreprises du pays, avec des bénéfices toujours en forte croissance. C’est que si la prestation des services de celle-ci n’a pas arrêté de se dégrader au fil des ans, les factures, elles, sont restées inchangées. Un véritable casse-tête équatorial pour les populations ! Sans compter que, pour certains, il faut aussi tenir compte des innombrables fuites dans le réseau de distribution d’eau. Le seul avantage, si on peut le nommer ainsi, c’est que grâce à ces fuites que l’on retrouve dans tout le quartier, tout le monde sait quand il y a à nouveau de l’eau. Les myriades de points de ruissellements qui donnent au quartier, par moment, l’allure d’un delta, font souvent dire à ma mère : « bientôt, on verra des petits poissons barboter en plein milieu de la route… »

 
La troisième chose qui m’a le plus choqué, c’est le comportement des jeunes de mon quartier. Pour ceux de mon âge, il n’a pas beaucoup évolué : les rares qui font des études ou ont un vrai boulot sont toujours difficiles à voir, ce qui est normal, vues leurs occupations. Pour les autres, il suffit de faire un tour par les terrasses des bars du « petit marché » si vous en cherchez un. Les plus incroyables sont ceux qui jouent au « Songo », un jeu de société traditionnel proche du damier, à quelques pas de la maison de mes parents. Ils peuvent commencer à sept heures, avec quelques bouteilles de bières en mains, et ne se séparer que très tard dans la nuit. Tous les soirs, aux mêmes heures, ce sont toujours les mêmes visages que l’on retrouve attablés aux bars du petit marché. Toujours les mêmes jeunes qu’on entend discuter, souvent avec des hurlements, de sujets aussi divers qu’il y a de marques de bières dans le pays. Et très souvent, ces discussions se terminent en disputes qui, souvent aussi, virent aux affrontements au corps-à-corps. Tenez, dans la nuit de vendredi dernier, j’ai été réveillé aux environs de deux heures par des voix d’hommes qui s’élevaient non loin de ma chambre. Il était évident, de par les propos que s’échangeait le groupe de jeunes que j’ai pu distinguer avec un voisin, qu’ils étaient tous dans un état d’ébriété avancé. Savez-vous ce qui m’a réellement traumatisé dans cette échauffourée ? Ce sont les propos des différents protagonistes. Jugez par vous-même :

« _ Tu me connais ?

   _ Toi, tu me connais ?

   _ Moi je suis agent spécial de la police judiciaire, moi !

   _ Et moi, je n’ai rien à foutre de ce que tu es. Je suis B, fils de A ! Tu ne connais pas mon père ?

   _ Toi, tu connais mon père ? Mon père est président d’une grande institution en France !

   _ Et moi, mon père donne des cours dans une grande université aux USA…


C’est à cet instant précis que j’ai mis mon casque audio et augmenté au maximum le son de la musique que je venais de mettre pour me distraire un peu l’esprit. Je n’aurai pas supporté d’en entendre plus ! Si ces propos venaient d’élèves de maternelle, ou même de l’école primaire, passerait encore, mais de la part d’adultes, sûrement déjà pères de familles, c’est tout simplement intolérable ! En me recouchant, quelques heures plus tard, je me suis dit, en repensant aux rues « impasses » inondées de l’eau qui ne coule presque jamais au robinet, qu’en réalité, dans mon pays, c’est toute la société qui souffre d’une anarchie sclérosée à tous les étages : la municipalité, appuyée par le gouvernement, fait ce qu’elle veut de ses administrés, quitte à donner des adresses à ceux qui vivent dans des cabanes sur lesquelles elle a déjà fait noter : « à démolir » ; les compagnies privées font ce qui leur plait, à l’image de la Société d’énergie et d’eau du Gabon qui continue à engranger des millions de bénéfices tandis que des milliers de Librevillois, ses clients, ne peuvent pas avoir d’eau au robinet quand elles le désirent ; enfin, c’est une assourdissante cacophonie dans la tête de centaines de milliers de mes jeunes frères et sœurs qui passent leur vie à célébrer on ne sait trop bien quoi, en se reposant sur le travail de leurs parents pour se donner de la valeur. Et bien, c’est ça, CHEZ MOI ! 

samedi 22 août 2015

Temps pluvieux et orageux à Dakar




Bonjour les Êtres humains !


Pour la majeure partie des touristes européens, et même pour ceux qui viennent d’autres pays africains visiter le pays de la Teranga, le Sénégal, c’est la chaleur, les paysages sahéliens et le soleil qui brille toute l’année. Mais pour nous qui y vivons du 1er janvier au 31 décembre, ce n’est pas que cela. En effet, le Sénégal est, certes, un pays au climat tropical sec, ce qui n’empêche pas qu’il reçoit des précipitations durant deux à trois mois l’an. Pour moi, qui suit originaire d’Afrique centrale, et d’un pays traversé par l’équateur, une poignée de précipitations sporadiques mal réparties sur un trimestre, ce n’est pas vraiment une saison des pluies, au sens de celles que l’on connait dans mon pays d’origine, le Gabon. Là-bas, il y a une grande et une petite saison des pluies, et l’une ou l’autre sont juste un calvaire pour les populations, surtout en milieu urbain : il arrive que des torrents d’eau se déversent sur la capitale, Libreville, sur deux, voire trois jours, presque sans interruption. Là-bas, lorsque le ciel s’obscurcit, que de gros nuages noirs tapissent la voûte céleste et que des éclairs viennent à zébrer l’horizon, les habitants ne pensent qu’à une chose : rester bien au chaud chez eux, en attendant que ça se passe.



Ici à Dakar, les choses ne se passent pas vraiment de la même manière. D’abord, les pluies, qui, la plupart du temps, ressemblent à de simples rosées, durent rarement plus d’une heure. D’ailleurs, il arrive fréquemment que le ciel s’assombrisse et déverse ses quelques gouttes et qu’une heure et demie plus tard, mes amis et moi soyons en train de courir au terrain de basket. Et je dois vous avouez que j’aime bien voir des cumulonimbus s’agglomérer au-dessus de Dakar, cela me donne la nostalgie de ma terre natale. Je me suis même créer un petit rituel : chaque année, dès que j’entends les premières gouttes de pluie, si j’en ai l’occasion, je sors sous l’averse et me laisse tremper quelques minutes. Ma grand-mère nous disait, lorsque nous étions enfants, que la première pluie de l’année est une eau purificatrice et bénéfique… oui, je suis africain, mélancolique et superstitieux ! Il y a juste une chose qui m’énerve quand il pleut ici : versez un peu d’eau sur une terre habituellement poussiéreuse ou vous êtes sûrs de vous retrouver avec un de ces bourbiers ! Alors, gare à vos nouvelles Nike, vos beaux habits blancs ou vos jolies sandales d’été… Et c’est comme cela chaque année, entre Juillet et septembre. Ou plutôt, c’était ainsi jusqu’à cette année 2015 !


Depuis que les pluies ont commencé, il y a déjà plus d’un mois, je crois qu’à voir l’allure qu’elles ont, beaucoup de Dakarois doivent se dire que les changements climatiques dont tout le monde nous rabâche tant les oreilles en ce moment ne sont surement pas de vains mots. Et la pluie de ce vendredi 21 août n’a fait que le confirmer.

Déjà, il faut dire qu’il pleut quasiment tous les jours, sinon, un jour sur deux, depuis près d’une semaine, ici à Dakar. En plus, pour beaucoup, surtout les jeunes qui sont nés après la grande période de sécheresse qu’a connu le pays dans les années 70, ça devait être la première fois de leur vie qu’ils voyaient des pluies qui durent toute la nuit, et qui se poursuivent le jour suivant ! Mais revenons à ce vendredi. Le temps était déjà bien maussade depuis la mi-journée, bien qu’aucun nuage inquiétant n’ait pointé son nez à l’horizon. Je profitai de cette accalmie pour aller travailler un devoir de maison avec des collègues, chez l’un d’entre eux. Et jusqu’à six heures du soir environ, rien n’augurait une quelconque averse : le soleil avait gratifié la ville de quelques chaleureux, bien que timides rayons, tout au long du jour, et allait tranquillement finir sa course derrière la limite entre le ciel et la mer. Et nous, nous allions commencer une nouvelle étape de notre évaluation environnementale virtuelle lorsque des bourrasques se sont levées dehors. Un coup d’œil rapide au balcon nous a fait comprendre la raison de l’agitation humaine qui accompagnait ces coups de vent : le ciel venait de passer d’un clair dégagé à une lugubre masse grise qui menaçait de s’effondrer sur la terre d’un moment à l’autre. « Pas question qu’elle me trouve hors de chez moi ! », ai-je dit à mes condisciples pour abréger la séance de travail. Quelques minutes plus tard, je sortais de l’immeuble où nous étions avec l’un d’entre eux, mais à peine avons-nous parcouru une poignée de mètres que les vannes célestes se sont ouvertes. Nous avons juste eu le temps de nous abriter à la véranda d’une dibiterie voisine. Impossible de faire demi-tour, ni de tenter de braver le déluge qui venait de commencer, surtout que chacun de nous avait son ordinateur portable avec lui. Nous avons donc décidé d’attendre tranquillement que ça se calme pour nous en aller. Nous étions pris sous une véritable pluie torrentielle, accompagnée d’impressionnants éclairs !

Paradoxalement, nous n’avons pas eu à attendre longtemps avant de pouvoir nous en aller : au bout de, quoi, vingt minutes, à tout casser, la pluie diluvienne s’est changée en un crachin qui s’estompait aussi vite que les minutes filaient. Nous nous sommes donc séparés, chacun allant dans une direction opposée, vers l’arrêt de bus qui le conduirait chez lui. J’ai dû patauger avec mes pauvres belles Nike dans les véritables rivières d’eaux usées qui avaient, en un rien de temps, inondé les artères de la capitale sénégalaises. C’est vraiment aberrant de se trouver dans une rue bordée de part et d’autre d’ambassades, de villas luxueuses et autres grands immeubles abritant des banques ou des opérateurs de téléphonie mobile, et de ne pas voir un seul caniveau, une seule bouche d’évacuation des eaux usées, rien ! Surtout dans un pays doté d’une structure aussi bien organisée que l’Office Nationale d’Assainissement du Sénégal (ONAS) ! Et c’est ainsi dans presque tous les quartiers de la ville. À la moindre petite averse, les rues et mêmes les grandes artères deviennent des lacs, alimentés par les rivières qui convergent de tous les points un peu surélevés de Dakar. Je ne parlerai même pas des inondations qui n’épargnent que le centre-ville, perché sur la corniche. En banlieue, on comptera surement encore des morts, et les familles sinistrées et obligées de dormir à la belle étoile seront à la une de tous les journaux, au moins sur les trois jours à venir !

Lorsque je suis arrivé à l’arrêt du bus, il y avait un de ces vieux tacots baptisés « Ndyara djaye », qui faisait le plein de clients. Ne voulant plus rester debout, en maillot de basket et short, les pieds plongés dans mes aqua-baskets, avec mon PC sous la main, j’ai préféré y grimper sans plus attendre. « Au moins, je serai à l’abri de l’eau, même s’il démarre dans trente minutes ».

Depuis ma jeunesse, j’ai toujours eu l’impression que, dès qu’il pleut, les gens sont un peu plus calmes, détendus, à la limite, mélancoliques. En tout cas, c’est l’effet que ça me fait. Étrangement, c’est tout le contraire, ici. Car, à peine ai-je pu m’asseoir sur une des banquettes serrées du bus qu’une jeune femme s’est levé, l’air très énervée, ordonnant à l’homme qui était avec elle de le suivre hors du bus. Mais, arrivée à la sortie de celui-ci, des voix ont commencé à s’élever : l’apprenti (boy-chauffeur, ou chargeur, sous d’autres cieux) empêchait la jeune femme et son compagnon d’en descendre. Pour quelle raison ? je ne saurai vous le dire ! Il a tout de même fallu l’intervention du chauffeur, à l’autre bout du véhicule, pour que le jeune apprenti les laisse enfin passer. Mais cependant que le bus ne démarrait toujours pas, et que le couple s’est posté à quelques pas de là, attendant surement un autre bus, une dispute nourrie d’horribles noms d’oiseaux a éclatée entre l’apprenti et le chauffeur, qui hurlait depuis sa cabine, d’une part, et la jeune femme, décidée à en découdre avec l’un ou l’autre. Dans le bus, un brouhaha diffus s’est élevé, entre ceux qui défendaient la jeune femme, arguant qu’elle a bien le droit de descendre si elle le veut, et ceux qui étaient du camp du conducteur du véhicule et de son apprenti, eux soutenant que la jeune femme était juste arrogante et méprisante…

C’est dans cette drôle d’ambiance que le bus a fini par démarrer, une bonne quinzaine de minutes après que je m’y sois installé. Mais, à peine avons-nous roulé trente mètres qu’un vieillard, visiblement courroucé par le comportement de l’apprenti et du chauffeur, à demander à descendre, en vociférant, lui aussi, des insultes envers les deux hommes. Le bus s’est arrêté, il en est sorti, tandis que d’autres passagers s’y engouffraient. Parmi ces derniers, une femme d’âge mûr a commencé à se disputer avec l’apprenti : celui-ci lui demandait de s’asseoir, vu qu’il y avait encore beaucoup de sièges vides, mais elle rétorquait qu’elle préférait rester debout devant l’entrée du véhicule (gênant, du coup, ceux qui voulaient y accéder) ; parce qu’elle allait bientôt descendre. « Dans quel drôle de véhicule suis-je monté ? C’est la pluie qui les met tous sur les nerfs comme cela ? », me suis-je demandé.

Au bout d’environ quinze minutes de trajet, je me suis dit que ce devait vraiment être le cas… l’apprenti, qui se charge d’encaisser le « passe », a commencé sa tournée. Pour nous autres qui avions des pièces, il n’y a pas eu de soucis. Par contre, pour tous ceux qui avaient des billets de cinq cent, mille, voire deux mille francs, il assurait, en prenant le billet de banque, qu’il allait rendre la monnaie dès qu’il en aurait. Arrivés à l’arrêt du rond-point baptisé « jet d’eau », la situation a totalement basculée. C’est une jeune femme qui a été l’élément déclencheur : elle était monté à l’arrêt précédent et avait remis cinq cents francs à l’aide-chauffeur, pour un trajet de cinquante francs, et celui-ci lui a rendu trois cent cinquante francs. Comme elle était déjà hors du véhicule quand elle s’en est rendu compte, l’apprenti a demandé au chauffeur de démarrer, tandis qu’elle criait en réclamant son argent. Lorsque le bruit du moteur s’est fait entendre, une vague déferlante d’insultes, de cris et de menaces s’est abattue sur le conducteur du véhicule : visiblement, tout le bus s’est ligué contre l’apprenti et hurlait que le véhicule ne démarrerait pas tant que la jeune femme n’aurait pas eu ses cent francs ! L’apprenti, quant à lui, jurait qu’il avait bien remis quatre cent cinquante francs à la passagère énervée. Mes chers amis, croyez-le ou non, nous sommes restés là, près de quinze bonne minutes, immobilisés par la dispute entre, cette fois, tous les passagers du bus et la jeune femme, d’une part, et l’apprenti et son chauffeur, dans l’autre camp ! Les insultes, les menaces, les parties intimes des mères des uns et des autres… tout y est passé ! Un passager exaspéré, qui devait sûrement aller très loin, a proposé de donner une pièce de cent francs à la jeune femme, mais tous les autres l’en ont dissuadés : « ils le font exprès, ces voleurs d’apprentis ! Il va lui rendre son argent, sinon rien d’autre ! » Finalement, le chauffeur du bus est allé retrouver son apprenti, que la jeune femme tenait déjà par le col du tee-shirt, et lui a arraché des mains la sacoche qui lui sert de caisse. Après avoir réglé le problème de la jeune femme, il est monté dans le bus, la sacoche en main, et a commencé à rembourser la monnaie de tous ceux qui avaient remis à son apprenti un billet de banque, demandant même aux passagers, lorsqu’il était à court de pièces, de lui changer des billets. Ceci réglé, le bus a enfin pu redémarrer.
             


En définitive, pour un trajet qui me prend, au trop, trente minutes, je suis arrivé chez moi au bout de presque deux heures. En descendant du véhicule, un monsieur près de moi, qui était, lui aussi arrivé à destination, a demandé ce que je pensais déjà plus tôt : est-ce cette pluie orageuse qui a rendu les gens aussi nerveux et belliqueux ? « Ce sont les changements climatiques, grand, lui ai-je lancé, ça dérègle tout, même les humeurs des hommes ! » 

dimanche 16 août 2015

On va encore faire comment ?




Bonjour les Êtres humains !



Il y a des mots, des phrases, des expressions que vous entendez souvent autour de vous et qui, au fil du temps, finissent par devenir, pour ceux qui les utilisent, ou même qui se les entendent répéter tous les jours, une sorte de vérité absolue, telles des mantras. De celles que mes oreilles ne peuvent vraiment pas souffrir d’entendre, il y en a une qui est très célèbre dans mon pays d’origine, le Gabon. Il s’agit de l’expression : « on va encore faire comment ? »

Elle est employée dans tellement de situations, de contextes, pour tant de motifs et de raisons, que j’ai fini par me demander quelle est vraiment la signification de ces quelques mots. Qu’impliquent-ils dans la tête de celui qui les prononce ? Et pour celui qui les entend ?



Il est des situations dans lesquelles vous êtes sûrs que vous ne pouvez pas y échapper. Lorsqu’on me raconte que dans une capitale où il suffisait de cent francs CFA pour se déplacer il y a à peine dix ans, prendre le taxi est devenu un vrai calvaire, car il faut proposer aux chauffeurs au moins mille francs pour une distance qui vous prendrait trente minutes à pieds, je me demande ce qui se passe. Pourquoi les choses en sont arrivées là ? Pourquoi des populations qui n’ont déjà pas grand-chose en poches, doivent se créer des budgets « taxi » aussi conséquents que ce qu’ils doivent consacrer pour certaines factures ? Et presque comme toujours, on me jette à la figure un « on va encore faire comment ? »

Quand des milliers de familles passent des mois sans voir une goutte d’eau couler à leurs robinets, que les gens sont contraints de faire le tour de la ville à la recherche d’une ressource aussi abondante que l’eau, dans un pays avec un bassin hydrographique aussi vaste que le Gabon, et que vous demandez comment ce genre d’aberrations peuvent exister, vous êtes sûrs de recevoir un « on va encore faire comment ? » à la figure.

C’est aussi la même réponse que vous recevrez si vous demandez pourquoi des jeunes fraichement diplômés, en quête d’un emploi, sont encore obligés, en 2015, de se faire « pistonner », c’est-à-dire, systématiquement recommander par un parent influent du système ; sont contraints de rejoindre des mouvements, soit politiques, soit mystico-ésotériques, ou sont même obligés de payer un « droit de cuissage » (les hommes comme les femmes !), pour pouvoir s’assurer un poste pour lequel ils ne doivent faire que ce que leurs imposent ceux qui ont « bien voulu » le leur offrir. « On va encore faire comment, mon petit ? C’est le système qui est comme ça ! » C’est, dans plus de 90 pour cent des cas, la réponse qu’on vous donnera si vous posez ce genre de questions.  

C’est le système qui est comme ça ? Mais pourquoi acceptons-nous un tel système ? Pourquoi laissons-nous le « système » nous traiter ainsi ? Pourquoi ? À mon avis, il n’y a qu’une raison pour laquelle on accepte toutes ces choses et que l’on croit, que l’on prétend qu’il n’y a rien d’autre à faire : c’est juste de la lâcheté.

Il n’y a vraiment rien qu’on puisse faire lorsque le prix du transport augmente de 100% dans un pays ? Je me remémore souvent une anecdote qui m’a souvent fait réfléchir : il est étonnant de voir, dans l’histoire récente, comment a réagi le peuple français à chaque tentative d’augmentation du prix de la baguette de pain. Ça a toujours été un évènement national, qui soulevait les réactions de toutes les couches de la société, en passant du simple consommateur aux élus nationaux, et le débat passait même jusqu’au palais de l’Élysée. Vous me direz que l’Afrique n’est pas la France, que les mentalités, les réglementations, les institutions ne sont pas les mêmes, certes. Mais, au fond, ce sont des Êtres humains qui sont les victimes. Ce sont des Êtres humains qui prennent aussi des décisions, qui posent des actes, qui font ce qui est en leur pouvoir, et même au de-là, pour que tout le monde puisse vivre décemment.

Il y a quelques jours, je parlais des conditions de recrutements et d’emploi des jeunes dans mon pays d’origine avec quelques amis. Lorsque je demandai comment un homme peut accepter d’être pris par un autre homme dans une chambre d’hôtel, au lieu qu’il a une femme et des enfants, sous prétexte que s’il ne le fait pas, il perdra son boulot, quelqu’un m’a répondu : « il faut bien qu’il nourrisse sa famille ! » Alors, il n’a pas le choix ! Il ne peut donc rien faire d’autre que subir de telles humiliations, se prostituer, pour nourrir sa famille ? Il ne peut rien faire d’autre qu’aller assister à des séances de spiritisme d’une obédience dont il ne connait, ni les véritables raisons d’être, ni les objectifs ? Il n’a d’autre choix que de faire l’apologie d’un parti politique quelconque, dont, en général, il ne sait ni les idéaux, ni la philosophie ? Parce que c’est le « système » qui en est ainsi ?

Pourtant, un système, ça se change ! Et ce ne sont pas les moyens pour le faire qui manquent ! Ni les exemples. Il suffit de voir ce qui se passe dans le monde c’est dernière années pour être inspirer. Il suffit de jeter un coup d’œil aux dernières élections présidentielles sénégalaises, à celles qui ont eu lieu récemment au Nigeria. J’entends déjà les voix qui se lèvent pour me dire : « mais Engo, ce ne sont pas les mêmes contextes politiques ? Ces deux pays ont une certaine maturité en matière de démocratie ! » Je l’entends bien. Pourtant,  Blaise Compaoré n’est plus à la tête du Burkina Faso. Où sont les Ben Ali, et autres Moubarak ? Les peuples qui les ont fait tombé, qui ont décidé qu’ils ne voulaient plus de leurs « systèmes », auraient pu, eux aussi, se dire qu’ils n’ont pas le choix ! Qu’ils vont encore faire comment ? Regardez ce qui se passe au Burundi : ce peuple brave est en train d’user de tous les moyens qu’il peut employer pour ne pas continuer à accepter un système qu’il ne supporte plus ! Chaque jour, il y a des hommes et des femmes qu’on enterre à Bujumbura et dans les régions du pays, juste parce qu’un Être humain a décidé que c’est lui et lui seul qui mérite de diriger cette nation. Il y a des opposants qui meurent, des membres du parti au pouvoir qui sont assassinés, un coup d’état a déjà échouer, et je suis d’avis qu’il y aura d’autres tentatives.


Loin de moi l’idée de prôner la violence, de dire qu’il faut prendre les armes pour ne plus avoir à dire « on va encore faire comment ? » Ce que j’aimerais que vous notiez, c’est la détermination dont fait preuve ce peuple qui n’est pourtant pas le plus « modernisé », le plus « civilisé », d’Afrique. Ces hommes, femmes, vieux et jeunes, sont déterminés à ne pas baisser les bras tant qu’ils ne pourront pas avoir l’opportunité de faire autrement, de vivre autrement, d’être dirigé autrement. Quel qu’en soit le prix à payer. Eux au moins, ils ont compris qu’il n’y a pas de situation dans ce monde dans laquelle on n’a pas le choix. Cela est tout simplement impossible. On a toujours le choix, on a toujours une autre option, une autre voie à suivre, une autre manière de faire, que celle qu’on est contraint de subir. Il y a une chose qui m’amuse parfois lorsque je discute avec mes frères originaires du Congo Brazzaville. Ils sont souvent très étonnés de la liberté d’expression qui existe au Sénégal en matière de politique. Ils disent  presque tous la même chose : « les Sénégalais se permettent de critiquer ouvertement leur président à la télévision, à la radio, dans la presse écrite, sur internet… Chez nous, si tu oses dire une critique contre le président, tu vas te faire ramasser et torturer par les forces de l’ordre ». Vous savez ce qui me désole le plus ? C’est que, pour eux, les Congolais sont respectueux de leur président, et n’en disent pas de mal, tandis que le peuple sénégalais, par ses critiques, ne montre aucun respect pour l’institution qu’est le président de la République. Voyez où conduisent des expressions comme « on va encore faire comment ? » et les attitudes qu’elles traduisent : à croire que la dictature (car c’est bien de dictature qu’il s’agit lorsque le peuple ne peut pas dire à celui qu’il est censé avoir élu qu’il agit mal) est la normalité et que l’accepter est une preuve de respect.

Chaque matin, vous ouvrez les yeux sur votre lit, et là, vous avez le choix : vous pouvez rester au lit, continuer à dormir tranquillement, ou vous lever et aller affronter cette nouvelle journée. Vous avez le choix entre rester vautrer dans votre canapé ou aller travailler pour rapporter à manger à la maison. Vous avez le choix entre tellement de choses importantes dont dépend votre vie ! Pourquoi ne voulez-vous pas choisir entre celles que l’on veut vous imposer et celles auxquelles vous aspirez ? Pourquoi dire « oui » quand vous pensez « non » ? Pourquoi acceptez-vous ce qui ne vous  arrange pas ? Pourquoi acceptez-vous des situations qui ne vous apportent rien de positif ? Pourquoi subissez-vous des conditions de travail qui ne vous satisfont pas ? Les étudiants originaires d’Afrique Centrale qui vivent à Dakar sont souvent surpris la première fois qu’ils sont confrontés aux force de l’ordre sénégalaises : ils s’attendent, lors d’une interpellation, à du mépris, des insultes, des gifles, des coups de pieds et toutes ces autres formes d’abus qu’ils se disent contraints d’accepter chez eux. Alors, moi je leur demande souvent : croyez-vous vraiment qu’il y a quelque chose qui fait qu’un policier sénégalais n’a pas le droit de porter la main sur vous, et qu’un policier camerounais ou gabonais le fasse sans être inquiété ? Ces policiers ne sont-ils pas des Êtres humains comme vous ? Et vous, vous considérez-vous avoir moins de droits à l’étranger que dans votre propre pays ? N’êtes-vous pas le même Être humain, qui mérite d’être traité avec une dignité égale, quel que soit l’endroit où il se trouve ?



 « On va encre faire comment ? » On sait exactement comment faire autrement. On sait même très souvent ce qu’il faut faire autrement. Reste à avoir la volonté de faire autrement. Reste à avoir le courage de se lever et d’agir autrement. Reste, surtout, à avoir la détermination de faire autrement, quoi qu’il en coûte. Pour ceux qui veulent bien faire autrement, je ne peux que les encourager et leur rappeler que l’histoire a souvent montré que, lorsqu’on a la vérité de son côté, on finit toujours par avoir raison. Alors, levez-vous, bougez-vous, agissez, mais faites-le véritablement, vivez-le !

samedi 8 août 2015

Insultes: arguments faibles ou arguments des faibles?




Bonjours les Êtres humains !



Avant tout, je tiens à vous présenter mes excuses pour le long silence de ces dernières semaines, silence dû au manque de temps qu’occasionne, ces temps-ci, les cours et évaluations de ma formation qui tend à sa fin. Vous savez comment les choses se passent dans nos universités et écoles supérieures africaines : c’est souvent à un ou deux mois de la fin de l’année académique que tous les enseignants veulent boucler leurs programmes, et vous surchargent de devoirs de maison, d’exposés en groupe et j’en passe… Bref, ce n’est pas le sujet du jour. Aujourd’hui, nous allons parler des insultes et injures.





Mon dictionnaire Larousse m’apprend qu’une injure est une parole qui blesse de manière grave et consciente, tandis qu’une insulte est considérée comme une parole qui a pour objet d’offenser, d’outrager, de blesser la dignité ou l’honneur. Nous voyons qu’il y a ici la volonté de blesser, de faire du mal, de causer en quelque sorte une blessure morale chez la personne à qui l’on adresse une injure. Encore que, si l’on ne s’arrête qu’à ces deux définitions, je me demande si pour certains d’entre nous, prononcer des insultes ne relève pas juste d’une mauvaise habitude que d’une quelconque volonté d’atteindre un objectif particulier. Parce qu’il y a deux types de personnes que je n’arrive pas à comprendre : ce sont, d’une part, celles qui passent leur temps à injurier des objets ou des animaux (quelle idée de dire « chien ! » à un chien !), et celles qui ne peuvent s’empêcher d’insulter les enfants. Ce sont ces derniers qui m’inquiètent le plus.


Je me rappelle que lorsque j’étais au primaire, il y avait, dans nos écoles publiques, certaines « maîtresses », comme nous les appelions alors, qui pouvaient vous flanquer plus de dix coups de chicotte si vous disiez un gros mot, mais qui, à la moindre petite gaffe, vous hurlaient des « imbéciles » et pleins d’autres noms d’oiseaux que je préfère ne pas répéter ici. Certains élèves, qui, par maladresse, ou d’autres raisons que nous ne pouvions surement pas connaitre, étaient les victimes favorites de nos enseignantes, avaient finis par prendre un air si abruti, si découragé, qu’on aurait dit qu’ils devenaient exactement ce qu’on n’arrêtait pas de leur dire tous les jours qu’ils étaient. Vous imaginez un gosse de huit ou neuf ans à qui on n’arrête pas de dire qu’il est un parfait idiot ? Non seulement il ne peut pas vous répondre, mais en plus, du fait de l’entendre dire chaque jour par ces personnes qui sont sensés l’aider à construire sa personnalité, ces personnes en qui il devrait avoir toute confiance, ceux-là qui devraient le rassurer et aussi le remplir, lui, de confiance en soi, pour faire face au monde terrible dans lequel il entre, finit par se dire que : « si papa, ou maman, ou la maîtresse, pensent que je suis un idiot, c’est que je le suis vraiment et que je devrais me contenter de cette place dans le monde, celle d’un idiot » Chers amis, je vous invite à faire cette expérience : vous connaissez peut-être une famille, un milieu, dans lequel un enfant vit ce genre de situation ? Regardez-le bien : il n’est pas heureux, et il le sera de moins en moins dans la vie, si les choses continuent ainsi ! Des adultes qui insultent des enfants devraient juste être condamnés par la loi !

D’ailleurs, souvent, il arrive que ce comportement des adultes dépeigne sur les autres enfants. C’est ainsi qu’il y a un autre phénomène qui m’a toujours choqué, tout au long de mon cycle primaire. C’était ce que les écoliers appelaient « importunation » : des bandes de gamins qui se regroupaient pour se lancer les injures les plus vulgaires, allant même jusqu’à dire des choses sales sur les parents des uns et des autres ! Je me suis toujours demandé qui avait pu inventer une horreur pareille… La cruauté des ados faisait qu’ils ne voyaient que le côté amusant de la chose. Parce que, se moquer de l’autre, tout le monde trouve toujours cela marrant... Donc, chers amis, prenez garde à ne jamais lancer des injures envers des enfants, que ce soient les vôtres ou pas. Parce qu’à chaque fois que vous le ferez, pour les moins fragiles, vous ne ferez que leur donner un très mauvais exemple qu’ils ne se gêneront pas de suivre, et pour les plus faibles mentalement, vous pouvez être sûrs que vous serez en train de leur préparer un avenir plein d’incertitude et de manque d’assurance et de confiance en eux.


Et il y a les adultes qui s’insultent ! Déjà, il n’y a rien de plus ridicule que des adultes qui s’échangent des noms d’oiseaux ! Souvent, si vous prêtez bien attention à la scène, vous vous rendrez compte qu’elle commence toujours par une discussion, un échange d’arguments, chacun des protagonistes essayant de convaincre l’autre du bien-fondé de ce qu’il dit. Puis, les voix commencent à s’élever (je me demande où il est écrit qu’on se  fait mieux comprendre en élevant la voix…) et, au bout d’un moment, il y en a un qui lâche une grossièreté à laquelle l’autre se sent obligé de répondre, et la suite, vous la connaissez… Mais pourquoi en arrive-t-on là ? De mon point de vue, c’est une des pires formes de faiblesse  qui soit. Faiblesse intellectuelle, j’entends. Parce que, si vous prenez le temps de bien réfléchir, il y a toujours mieux à dire qu’une insulte. En réalité, celui qui insulte durant une discussion, une conversation ou une dispute est, en fait, celui qui n’a plus la possibilité de porter sa réflexion plus loin que là. Cela traduit une limite intellectuelle et morale au de-là de laquelle on pense ne plus être capable d’aller. Croire qu’on fait du mal à quelqu’un en l’injuriant, c’est dévoilé son incapacité à trouver quelque chose de plus intelligent et de plus constructif à dire ou à faire.    

 Ce qui est à remarquer, c’est qu’en réalité, une insulte, qu’elle soit adressée à un enfant ou à un adulte, est la preuve que la personne qui la prononce est simplement emplie d’une volonté manifeste de nuire, juste nuire et rien d’autre. Car beaucoup vous diront : « c’est pour gronder, pour ramener à l’ordre, pour interpeller celui à qui l’on s’adresse ! » Or, la plupart du temps, les insultes ne sont que des flèches qu’on décoche pour agresser l’autre, sans rien lui apporter d’instructif, d’éducatif, de constructif ! Car, une fois que vous lui avez dit, à votre gamin désobéissant ou à votre collègue agaçant qu’il est un imbécile, qu’avez-vous changé à son sort ? Pensez-vous vraiment que le simple fait de le lui dire, et de la manière la plus blessante possible, suffise à le rendre moins « imbécile » qu’il ne l’est ? Comment saura-t-il pourquoi ou comment il est de cette nature ? Comment la changera-t-il ? C’est comme de crier « attention » à un aveugle qui essaie de traverser la route : en aucun cas, vous ne le sortez du danger, puisque vous ne lui donner aucune information pouvant lui être réellement utile, sinon lui dire qu’il est en danger !



Chers amis, collègues, parents, proches, lecteurs : ne soyez pas de simples dénonciateurs ! Vous ne seriez d’aucune utilité pour le reste de l’humanité ! Parce que des dénonciateurs, il y en a des milliers à la pelle à travers le monde, en ce moment ! Ne vous attendez pas à ce que les choses, les gens, changent autour de vous juste parce que vous dénoncez ! Soyez des acteurs, soyez des contributeurs à ce changement, que ce soit dans votre maison, au travail, en classe, en famille, avec les amis, au quartier, dans votre association, dans votre parti politique ou au sein de votre communauté religieuse, dites toujours des choses qui servent, qui sont utiles et concrètes ! En le faisant, vous serez de vrais Êtres humains : des êtres qui vivent, qui respirent, qui travaillent et qui ne se donnent du mal que pour tendre vers un mieux pour tous. 

dimanche 21 juin 2015

Music is the weapon of the future !

Bonjour les Êtres humains !


Il y a une semaine, j’ai dû jouer les apprentis informaticiens avec mon ordinateur. Et, après avoir réinstallé le système d’exploitation (je vous épargne les détails techniques), je me suis rendu compte qu’il me manquait le pilote de la carte son. En gros, je n’avais pas de son du tout, et pas de chance, je n’avais pas de connexion internet. J’ai dû passer quelques jours avant que les choses ne revinrent à la normale. Toutefois, ces quelques jours d’attente m’ont fait remarquer combien de fois je suis littéralement accro à la musique. Le fait de ne pas pouvoir écouter un titre que j’aime bien, le matin au réveil, ou après le sport, me faisait presque déprimer… Il faut dire que je suis un gros consommateur de musiques de tous genres et de tous les styles, pourvu que ça sonne juste. Et c’est comme ça depuis que je suis enfant.
Tout le monde à la maison n’a de cesse de me rappeler que lorsque j’avais moins de cinq ans, mon oncle, chez qui je vivais, achetait des disques vinyles juste pour moi. Je me rappelle encore de la pochette de l’album « Thriller », que sa veuve conserve toujours précieusement. Il y avait griffonné mon nom pour bien signifier que c’était pour moi qu’il l’avait acheté. Mais s’il y a une chose qui m’a beaucoup marqué, c’est que le premier compact-disc qui me fut offert par mon père était un double-single de Bob Marley. Drôle de choix pour quelqu’un qui n’écoute que de la Rumba congolaise ! Ce cadeau eut tout de même l’effet que je crois qu’il recherchait. Je me suis mis à m’ouvrir à tous les styles de musiques possibles, au lieu de n’écouter exclusivement que du Hip-hop et du R’n’B.



Aujourd'hui, ma discothèque est totalement hétéroclite, allant d’Otis Redding à Drake, en passant par Miriam Makeba, Fela Kuti, Akendegué, Malvoi ou encore Nneka, Ayo, Chris Brown, parmi tant d’autres. Parfois, en écoutant certains, et en me renseignant un peu sur leur vie, je me dis que les chanteurs des décennies passés étaient de vrais artistes, dans le sens que je donne à ce mot. Car, pour moi, un artiste c’est quelqu’un qui utilise ses sens et son corps pour EXPRIMER autrement la vie, et qui donc est sensé COMMUNIQUER à ses auditeurs, et à la société en général, un MESSAGE constructif. C’est, d’après moi, pour cela qu’on paie pour les écouter et les voir se produire. Ce n’est pas seulement pour nous distraire. Certes, il y a eu ceux qui ont su répondre à cette définition. Je ne peux pas tous les citer ici, mais je vais vous parler de quelques uns de ceux que j’admire le plus.
Je commencerai par la personne qui m’a toujours le plus impressionné, tant de par son talent, de part sa notoriété que par son engagement dans une cause juste. C’est Miriam Makéba. Cette femme d’une beauté à couper le souffle, qui a connu le succès dès les années 50 avec son titre le plus connu, « Pata Pata », a vécu une enfance difficile avant de devenir celle qu’on appelait affectueusement « Mama Afrika » et qui sera, bien avant Nelson Mandela et les autres Peter Biko, le symbole de la lutte anti-apartheid dans, et au de-là de son Afrique du sud natale. Elle envoûtait, dans diverses langues, allant de l’anglais à l’espagnol, en passant par le français, sans compter toutes les langues africaines qu’elle pratiquait, tout son auditoire. Elle a longtemps vécu hors de son pays natal, et a obtenu les citoyennetés guinéenne, algérienne et française. Il faut dire que le régime sud-africain d’alors l’avait condamné à un exil qui durera 31 ans, pour être apparue dans une production anti-apartheid titrée « Come Back Africa ». Elle ne cessa pourtant pas de s’exprimer contre l’oppression noire sur sa terre natale, tout le long de son périple à travers le globe. J’ai le bonheur d’avoir en ma possession une véritable discographie de cette grande dame, et parfois, je tombe sur une piste sur laquelle elle parle plus qu’elle ne chante, dénonçant la triste situation dans laquelle se trouvait l’Afrique du Sud. Et je me dis toujours à cet instant : « ça, c’était vraiment une femme qui aimait son pays ! »




Il y en a un autre que j’admire presque autant que la grande Miriam, sur le continent. Il s’agit de M. Fela Anikulapo Kuti. Il y a tant à dire sur cet homme ! Chanteur, saxophoniste, chef d'orchestre et homme politique nigérian, Fela a connu plusieurs dictatures dans son pays, dès la sortie de la crise du Biafra. Tout au long de sa carrière, son œuvre musicale aura autant d'influence que son engagement politique, puisqu'il est le père de l'Afrobeat, un mélange entre les sonorités américaines que sont le Jazz et le Funk, et des rythmes populaires africains de son époque, le Highlife et le Ju-ju. C'est grâce à ce nouveau courant musical qu'il dénoncera la corruption, la dictature et l'emprise des multinationales dans son pays, à peine devenu grand producteur de pétrole. Son combat lui a valu plusieurs séjours en prison, sous divers régimes dictatoriaux. Mais Fela ne fit pas que de la dénonciation, puisqu'en 1979, celui qui se fait appeler « Black President » fonde le Mouvement of the People, parti politique à la tête duquel il promet de se présenter au élections présidentielles de 1983. Il n'ira pas jusqu'au bout de son engagement, puisqu'après une énième arrestation, son parti et sa branche culturelle, les Young African Pionners, seront interdits dès 1981. de tous les faits d'armes de ce fils d'une grande activiste nigériane, celui qui retient le plus mon attention est son boycott du Festival mondial des Arts Nègres, qui se tien en janvier 1977, à Lagos. Fela aura passé une grande partie de sa vie et de sa carrière à lutter contre les maux qui minent son pays, et laissera une trace indélébile dans l'histoire du Nigeria et de l'Afrique noire en général. Pour moi, lui et Miriam Makeba sont les deux plus grandes figures du militantisme dans la musique africaine. Ils ne sont pourtant pas les seuls, et feront de nombreux émules, au fil du temps.




Ces deux grands artistes ont laissé un lourd héritage que plusieurs artistes ont tenté, tant bien que mal, d'incarner après eux. Étrangement, ceux qui reflètent, pour moi, dans les générations suivantes, ce même engagement, sont des artistes d'un style de musique qui n'est devenu vraiment populaire qu'à partir des années 70. Il s'agit du reggae. Ce courant naturellement activiste a donné naissance à une multitude de porte-voix en Afrique, dont les derniers vrais représentants encore vivants sont les Ivoiriens Alpha Blondy et Tiken Jah Facoly. Ce que je trouve dommage, c'est que ces derniers ne soient plus juste que des dénonciateurs. En effet, leur combat ne s'arrête plus que sur le plan artistique, dans les paroles de leurs opus, dans quelques mouvements culturels, ou encore dans des titres collectifs qui portent des messages aussi nobles que la lutte contre le virus Ebola, par exemple. Il faut tout de même reconnaître qu'ils ne sont plus très jeunes...


En écoutant tous ces nouveaux styles de musiques qui ont émergés un peu partout sur le continent ces vingt dernières années, je peux citer en exemple le Ndombolo du Congo, le Coupé Décalé de Côte d'Ivoire, tous ces jeunes artistes nigérians et ghanéens qui ne cessent de faire l'apologie de la célébration et de l'amour fusionnel, j'en suis arrivé à me demander à quoi sert vraiment la musique actuellement, sur le continent. Le pire est que si la majeure partie des nouveaux courants musicaux du continent ne semblent pas trop s'intéresser aux réalités même que vivent les Africains, beaucoup participent plutôt à abrutir et dépraver nos jeunes frères et sœurs. Je ne citerai aucun de ces styles musicaux ici, pour ne pas donner l'impression de montrer certains du doigts, tant il y en a, mais j'aimerais tout de même faire remarquer une drôle de tendance actuelle. J'ai un ami qui fait de la musique. Il est rappeur. Il y a quelques années, lorsque je l'ai rencontré, il venait de sortir un album qui, en résumé, appelait au changement des mœurs et avait un regard critique sur les dirigeants africains. Chose que je trouvait assez bien. Or, il y a quelques mois, lorsque nous nous sommes revus, il avait changé de message. Aujourd'hui, ses titres ressemblent plus à ceux du rappeur Franco-Sénégalais Booba, qu'autre chose : des histoires d'argent,de pouvoir et de sexe... je lui ai subtilement demandé pourquoi ce revirement : « il faut bien suivre la tendance, car c'est ce qui se vend le mieux en ce moment ! », m'a-t-il répondu. Aïe ! Si même le rap, qui, à l'origine, est un mouvement culturel né d'une grosse crise politico-sociale dans le Bronx de la fin des années 70, ne sert plus à « réveiller les consciences », il ne me reste plus qu'à jeter ma discothèque...


Toutefois, depuis 2012, il y a une poignée d'artistes qui ont réussi à me redonner espoir dans la valeur militante de la musique. Ce ne sont, bien évidement, pas de grosses célébrités ou des grands noms connus de la musique africaine, mais plutôt des jeunes de ma génération, peu connus sur la scène internationale. Pourtant, en se servant de leur petite notoriété et leurs voix, ils ont réussi à chasser deux chefs d’États ! Je veux bien sûr parler du mouvement « Y en a marre », du Sénégal, et du « Balai citoyen », au Burkina Faso. Le premier est composé à sa naissance des rappeurs du groupe Keur Gui et des journalistes Cheick Fadel Barro et Alioune Sané. Ce mouvement de contestation pacifique, né à la suite des coupures intempestives d'électricité dans la capitale sénégalaise, a largement milité pour convaincre les jeunes de s'inscrire sur les listes électorales en vue des élections présidentielles de 2012, qui ont sonnées la fin de la présidence de Me Wade et ont permis au pays de passer à une transition démocratique, faisant du Sénégal un modèle en la matière, en Afrique noire francophone.



Le Balai citoyen, quant à lui, a été fondé dans le sillage de « Y en a marre », au pays des Hommes intègres, par deux jeunes artistes. Le rappeur Smokey et Sams K le Jah, qui fait du reggae. Ce mouvement, qui naît suite au désir du pouvoir en place de mettre en place un Sénat, grandit peu à peu jusqu'à jouer un rôle primordial dans le soulèvement à l'origine de la fuite du président Blaise Compaoré.


Ces deux mouvements, à eux seuls, suffisent à prouver qu'un vent nouveau souffle sur le continent. Le même que celui qui avait souffler à l'aube des indépendances africaines, et qui avait produit des hommes et des femmes comme Miriam Makeba, Fela Kuti, Tiken Jah Fakoly, Alpha Blondy ? Ce vent saura-t-il emporter vers le haut d'autres personnalités issus d'autres secteurs de la société que la musique, comme il éleva, à l'époque, des hommes de la trempe de kwame Nkrumah, Amilcar Cabral, Patrice Lumumba, Thomas Sankara, Nelson Mandela ? Seule l'histoire nous le dira... En attendant, je vous laisse méditer sur les paroles de ce titre de Bob Marley, un autre artiste noir dont le message, bien que peu écouté, a toujours eu une portée militante et éducative. Elles sont inspirées d'un discours de l'empereur Hailé Sélassié 1er à l'Assemblée Générale des Nations Unies. Espérons, comme l'avait dit Fela Kuti, de son temps, que cette fois si, on n'aura pas tord de penser que la musique est l'arme du futur,  pour lutter contre la pauvreté et l'injustice. Bonne fête de la musique à tous !