dimanche 3 mai 2015

Education : le clavier enterrera-t-il le stylo ?



Bonjour les Êtres humains !

   Il y a quelques jours, je me suis arrêté à une station-service pour faire un petit transfert d’argent. Comme souvent dans ce genre de cas, je préfère rédiger les coordonnées nécessaires à l’opération sur un bout de papier, pour que l’opérateur (trice) n’ait pas à me demander de les répéter une demi-douzaine de fois. La jeune femme que j’ai trouvé alors a pris le bout de papier, l’a regardé en fronçant les sourcils avant de me faire : « Monsieur, vous écrivez très mal ! » Bon, ce n’est pas une découverte pour moi : cela fait tant d’années qu’on me le dit, que j’ai fini par m’y habituer, et même que j’ai adopté une réponse systématique que je donne presque toujours : « désolé, mais je n’ai pas fait la maternelle, alors je n’ai pas appris à dessiner correctement les lettres. » La remarque que m’a fait alors la jeune femme n’a pas manqué de me faire réfléchir. En effet, en me rendant mon bout de papier, elle me dit : « vous savez, ce n’est pas bien grave, parce qu’avec l’expansion de l’usage des ordinateurs, tablettes et autres Smartphones, on aura bientôt plus besoin de savoir bien écrire, du moins, avec un stylo. » Cette remarque, qui au départ, était surement destinée à me rassurer, à eu l’effet d’une bombe dans ma tête : bientôt, je n’aurais plus besoin de savoir me servir d’un stylo ? Est-ce là l’avenir qui m’attend ? Un monde où le stylo, le Bic, la plume, n’existeraient plus, remplacés par les claviers Azerty ou Qwerty, physiques ou virtuels, de ces nouveaux appareils, extensions de notre cerveau ?



   En sortant de la station-service, je n’ai cessé de me demandé si cela pouvait vraiment arriver : que les Humains ne se servent plus jamais de stylos ! Je n’arrivais pas à le croire. Surtout quand je repensais à tout ce que j’ai eu à subir pour être capable de m’en servir convenablement. Parce, comme je lai dit, je n’ai pas fait la maternelle. J’ai débarqué du village où je vivais ma petite vie tranquille, sans problème, sans contraintes, et au bout de quelques jours avec mes parents, il a fallu me séparer d’eux pour aller à l’école. Direction CP1 A, porte jaune ! Et dès le premier jour, je me suis senti totalement désemparé, non seulement parce qu’il fallait à nouveau me séparer me ma mère, mais surtout, parce qu’il fallait supporter les cris de la maitresse qui n’arrêtait pas de me taper sur les doigts parce que je n’arrivais pas à dessiner correctement la lettre « O ». Lorsque ma mère vint me chercher à la sortie des classes, cette dernière ne manqua pas de préciser à ma mère qu’il fallait m’exercer tous les jours à la calligraphie. Et le calvaire commença. Et des « O », et des « A », et des « P » et « A », « Pa », « Papa »… Ceux qui ont appris dans les écoles primaires de mon pays savent bien de quoi je parle. C’était ainsi tous les soirs, et tous les week-ends ! Sans compter qu’avant de tenir pour la première fois de ma vie un crayon, j’étais gaucher. Et pour ma mère, il n’était pas question que j’écrive de la main gauche ! Je sens presqu’encore les coups de règle sur les doigts, à chaque faute, à chaque lettre imparfaite, difforme, ou même si je m’avisais de saisir mon crayon, stylo ou bout de craie de la main gauche ! Et cela a duré une grande partie de l’école primaire, parce qu’aucun enseignant n’arrivait à lire facilement mes « pattes de mouches ». Avec le temps, j’ai quand même fourni des efforts considérables pour m’améliorer. Ce n’est pas la perfection, mais je sais qu’une grande partie du commun des mortels peut déchiffrer mes « hiéroglyphes ».

   Ce n’est qu’à la fin du primaire que j’ai été, pour la première fois, face à un ordinateur. Bien évidemment, entre les années 90 et 2000, il était totalement improbable de pouvoir se servir, ou même rencontrer une ancienne machine à écrire. C’est donc au lycée qu’apprendre à « taper » un texte est devenu important pour moi. Etrangement, bien que très ouvert aux nouvelles technologies depuis très jeune, je ne sais pas pourquoi il ne m’est jamais venu à l’esprit que cela deviendrait, un jour, une nécessité. Il y a une chose qui m’a tout de même longtemps fasciné durant ces années lycée. C’était l’image que nous donnait le cinéma américain de cette méthode d’écriture totalement nouvelle pour moi : c’était juste de la magie pour nous, alors ados, de voir ces personnages, dans les films, souvent des femmes, qui étaient assises devant des écrans et pianotaient sur leurs claviers tout en discutant tranquillement, sans jamais poser une seule fois les yeux sur les touches. Non seulement je trouvais cela hallucinant, mais je me suis dit : il faut que je sois capable de faire comme elles un jour ! Aujourd’hui, plus de vingt ans plus tard, je ne peux pas dire que je sois devenu un virtuose de l’Azerty, mais il y a eu beaucoup de progrès. Parfois, je m’étonne même de la facilité que j’ai à taper certains mots, sans baisser les yeux sur le clavier. Quand je repense à tous les efforts et tout le temps qu’il m’a fallu pour arriver là, je suis moins enclin à rire lorsque je vois quelqu’un tapoter un mot pendant une dizaine de secondes, les majeurs en l’air, comme s’il cherchait à écraser des bestioles qui se baladent sur le clavier. Parfois même, dans les transports ou dans la rue, j’ai souvent envie de conseiller les passants quand je les vois, le Smartphone vissé dans une main, et l’autre, tentant du mieux qu’ils peuvent d’atteindre les petites touches de leur clavier virtuel avec l’index. Aux amis et proches, je n’hésite souvent pas à demander pourquoi ils croient qu’ils ont dix doigts, s’ils ne se servent que d’un seul…

    Encore que, là, je parle de nos parents de la génération précédente, qui sont souvent très réfractaires à tout ce qui concerne les nouveaux outils technologiques. Parce que, pour ce qui est de ceux de ma génération, et même de la suivante, le clavier a, je pense, largement été adopté. Il suffit de voir combien de personnes se servent aujourd’hui d’un ordinateur, d’une tablette ou d’un Smartphone dans votre entourage pour s’en rendre compte. Certes, dans certains pays comme le Gabon, par exemple, les bureaux administratifs sont encore tellement remplis d’ « anciens » qu’on ne peut pas vraiment dire que le monde professionnel s’y soit arrimé à l’usage du clavier. Mais dans d’autres (je parle bien sûr de ceux au sud du Sahara) comme le Sénégal par exemple, vous trouverez dans la quasi-totalité des bureaux dans lesquels vous entrerez, au moins un ordinateur, dont presque tout le monde sait se servir. Je ne parle même pas de l’usage des claviers de Smartphones, même si je me demande comment les constructeurs de terminaux mobiles, authentiques ou contrefaits, peuvent vendre autant d’appareils à écran totalement tactile, compte tenu du taux d’alphabétisation relativement bas. Mais, ça c’est un autre débat. Retenons juste qu’une grande partie des jeunes, à ce jour, savent se servir d’un clavier de Smartphone, tactile ou physique. Et l’usage des claviers est sans cesse en croissance ! Il suffit de voir, par exemple, dans les réunions, les ateliers et séminaires, le nombre de personnes qui préfèrent prendre des notes sur leur ordinateur. Il en est de même dans les salles de classes, à l’université ou dans les écoles supérieures privées, où l’ordinateur remplace de plus en plus le cahier de notes.   

   Si, de prime abord, on peut justifier ce phénomène par un effet de mode et l’accès plus facilité à ces outils technologiques, il faut bien reconnaître qu’il y a des avantages indéniables à utiliser le clavier, plutôt que la feuille et la plume. Celui qui est le plus souvent évoqué par les adeptes de cette méthode est le gain de temps. En effet, beaucoup considèrent qu’à l’heure où tout ce qui est appelé à être archivé tant à systématiquement être numérisé, il est beaucoup plus utile de « taper » directement les textes sur son ordinateur que de prendre des notes sur une feuille (qu’en plus on risque de perdre, de déchirer ou même de mouiller), ensuite devoir les copier sur un support numérique. Le deuxième argument le plus souvent avancé en faveur de l’usage du clavier plutôt que de l’écriture manuscrite est d’ordre économique. En effet, pourquoi gâcher du papier et de l’encre pour noter quelque chose qu’on peut directement taper ? Et qui dit économie de papier et d’encre dit dépenses financières en moins. Et surtout, diminution de l’emploi des ressources naturelles, et donc, une grande contribution à la conservation de la nature. N’oublions pas que le papier est fabriqué à partir d’arbres, l’encre demande une multitude de procédés chimiques, et bien entendu, le cheminement de tout ce matériel jusqu’à votre domicile ou lieu de travail nécessite de l’énergie…  


   Au cours de mes réflexions sur le sujet, je me suis rendu compte qu’il y a bien une possibilité pour que le stylo, ou plutôt, l’écriture manuscrite, vienne à disparaître. Et chose étrange, tandis que je préparais ce billet, je marquais mes idées, notes, et autres remarques sur du papier. C’est à cet instant que je me suis rendu compte qu’en cette période où tout le monde se met à adopter le clavier, moi, je reviens de plus en plus à la feuille et au Bic.

   Pour moi, le premier avantage de l’écriture manuscrite, c’est la possibilité de l’utiliser partout, en tout temps et en toute circonstance. Prenons un exemple : vous êtes dans un endroit assez isolé, et vous y secourez quelqu’un qui fait une grave hémorragie. La logique voudrait que, dans le cas où vous posez un garrot à cette personne, vous marquiez, sur celui-ci, l’heure de la pose de ce dernier. Vous serez bien avancé si vous ne savez pas vous servir d’un stylo ! De plus, pour nous autres étudiants et professionnels, il faut tout le temps prendre des notes : de cours, de conférences, de réunions et que s’ai-je encore ! L’écriture manuscrite est, pour nous, d’une grande utilité. Vous-vous imaginez en pleine sortie de terrain, dans une zone accidentée, sans électricité, à devoir retenir les explications de l’enseignant, du formateur ou de votre supérieur ? Si vous n’êtes plus adepte de l’écriture manuscrite, vous risquez d’être totalement largué ! Enfin, et là, ce n’est que mon humble avis, on retient plus facilement ce qu’on écrit soi-même. Je vous invite à tenter l’expérience, si vous ne l’avez pas encore constaté : prenez un texte que vous voulez retenir et réécrivez le de votre main. Vous vous en souviendrez plus rapidement que si vous l’aviez juste lu trois ou quatre fois.  D’ailleurs, je ne suis pas le seul à avoir fait ce constat. Il y a quelques semaines, j’ai suivi une émission sur RFI qui traitait justement de ce sujet et dans laquelle un des intervenants évoquait une étude faite en milieu universitaire aux USA. La chercheuse qui l’a mené est arrivée à la conclusion que, entre les étudiants qui prenaient leurs notes sur ordinateurs et ceux qui les écrivaient sur papier, ce sont ces derniers qui s’en sortaient le mieux lorsqu’on interrogeait les deux groupes sur des questions de synthèse ayant attrait à leurs cours. Une étude qui a son importance dans un pays ou une grande partie des Etats sont en train d’abandonner l’enseignement de l’écriture manuscrite dans les écoles. 
    
   Il est vrai que les appréhensions, les sensations et les priorités ne sont pas les mêmes sur l’étendue du globe. Toutefois, je ne sais pas pour vous, mais, pour moi, il y a quelque chose de quasiment magique dans le fait de voir les pensées, qui naissent et croissent dans le cerveau, sur un plan purement immatériel, se transformer en traits, qui deviennent des lettres, qui à leur tour s’associent pour former des mots, des phrases, des lignes et finalement le texte que vous lisez en ce moment. Tout ceci, grâce à quelques mouvements de la main. De plus, il y a quelque chose d’enivrant, d’excitant, lorsque le stylo se pose sur la feuille et laisse une première tâche d’encre sur celle-ci : une fois le mouvement enclenché, c’est comme une drogue qui vous monte à la tête et décuple la réflexion. Les mots viennent ensuite tout simplement. Ainsi, il m’arrive très rarement d’être confronté à la feuille blanche.



   Enfin, pour moi, la capacité qu’a acquise l’homme, au fil de son évolution, de transcrire ses pensées par des mots, juste par le geste de la main, est aussi importante que la bipédie ou la station debout. Or, je ne  crois pas que la meilleure solution pour l’Humain soit de se débarrasser des aptitudes qu’il a su développer durant son court séjour sur la planète.  Au contraire, je crois plutôt qu’il devrait savoir combiner les techniques et méthodes acquises afin de les harmoniser et d’en tirer le meilleur. Au lieu de chercher à faire régresser la race humaine, il serait plus profitable d’encourager les constructeurs de terminaux, mobiles ou non, à vulgariser l’usage du stylet électronique sur les écrans tactiles. Ainsi, on conserverait cette aptitude formidable qu’est l’écriture manuscrite, tout en promouvant un peu plus les atouts indéniables des nouvelles technologies. En attendant, continuons à apprendre à nos enfants l’art de coucher les pensées sur du papier !

Lettre à André



Bonjour grand frère !



   Je n’ai, certes, jamais eu l’occasion de te rencontrer ou même d’échanger avec toi, bien que tu ais eu un influence indéniable sur mon encore bien courte existence. Je me rappelle très bien des premières fois que j’ai entendu parler de toi. Je ne pourrais pas dire exactement en quelque année c’était, mais je me souviens bien que j’étais en plein milieu de mon cursus secondaire. Je me rappelle encore de l’impression que j’eue la première fois que je te vis au journal télévisé. Occupant alors la fonction de ministre de l’éducation nationale, tu annonçais la mise en place du système « Turn Over », ce système qui visait à permettre de désencombrer les salles de classe aux effectifs déjà pléthoriques alors. Je n’ai jamais bien compris en quoi consistait ce système auquel je n’ai jamais été directement confronté, mais je sais qu’ils sont des milliers de ma génération et des suivantes aussi, qui n’oublierons jamais ton nom, rien qu’à cause de système.  Je dois t’avouer que comme la majeure partie de mes concitoyens, j’avais été séduit, dès le début, non seulement par ta grande jeunesse d’alors, mais surtout par ton incroyable charisme. Honnêtement, je m’étais dis en te voyant : « voilà au moins un qui semble vouloir sincèrement le bien de la Nation et l’évolution de celle-ci vers un avenir meilleur que ce que nous avions connu jusqu’à lors. » Comme je ne crois que très peu aux dires des politiciens et préfère m’attacher aux actes qu’ils posent, j’ai encore plus eu confiance en ton engagement pour la Nation lorsque j’appris que tu étais propriétaire, entre autres, des chaines de radio « Nostalgie Gabon », et de télévision TV+, qui deviendra, au fil des ans, une des médias les plus suivis et les plus influents du pays. Pour moi, tu avais eu le parcours rêvé de celui qui veut se positionner comme un grand leader dans son pays : brillantes études, carrière professionnelle influente à des postes de hautes responsabilités dans la machine étatique et enfin, une certaine aisance sociale acquise aux prix de ses propres efforts. La seule chose qui ne me fit pas très plaisir, ce fut ton appartenance au parti au pouvoir.

   Je te revois encore à la télévision, quelques années plus tard, cette fois en temps que ministre de l’intérieur et porte-parole du gouvernement. Tu annonçais alors les résultats de l’élection présidentielle qui donnait le grand opposant d’alors, Pierre MANBOUNDOU, perdant devant le PDG du père BONGO. Dès lors, les critiques négatives envers toi non plus cessées, de ceux qui t’accusaient de traitrise envers le peuple Fang, dont tu étais issu, à ceux qui te soupçonnaient d’avoir voulu vendre l’île de Mbanié à la Guinée Equatoriale. Je me suis toujours demandé ce que les gens attendaient, concrètement, de quelqu’un qui se considérait comme un des « fils » d’Omar.


   Mais ce sont tes agissements depuis le mois de mai 2009 qui me firent réellement découvrir la dimension que tu avais dans le cœur des Gabonais. Je me rappelle encore des cris de liesse qui suivirent les larmes, peu de temps après le décès du patriarche Omar. « Tu n’as pas entendu l’appel de Barcelone ? » disait-on alors, en parlant de ce discours dans lequel tu te déclarais candidat à la succession de ton « père spirituel.» Je te l’avoue, je n’ai pas vue d’un bon œil cette annonce. Comme je l’ai dis plus haut, je ne me fis qu’aux actes, et pour moi, quelqu’un qui est capable de retourner sa veste, de renier les idéaux qu’il a défendu pendant des années, n’est pas quelque en qui je peux confier mon entière confiance pour gérer ma vie et celle de mes parents, de mes enfants, de mes cousins, de mes amis, de mes voisins, bref, de la Nation. Mais l’heure n’est pas encore venue de faire ton éventuel procès. Chacun a le droit de choisir son penchant politique, et d’en changer quand bon lui semble.

   Bien que le projet que tu semblais nourrir pour le pays ne soit pas arrivé à terme, il y a une chose que j’ai pu en tirer : c’est ce que désire vraiment le Gabonais. Je parle du Gabonais qui vit à Atsibe Ntsoss, lalala ou Akébé, ou encore dans les coins les plus reculés du pays, celui -là qui  est contraint de vivre au jour le jour, parce que, n’ayant pas eu droit à une formation adéquate, il ne peut exercer qu’un métier qui ne lui rapporte même pas de quoi pouvoir épargner à la fin du mois, le Gabonais qui se demande pourquoi ses enfants ne vont pas à l’école pendant au moins un mois, chaque année, qui se demande pourquoi les crimes rituels restent impunis, ou encore pourquoi il y a pénurie de carburant dans un pays dit pétrolier…  J’ai finis par comprendre, en voyant toute la ferveur que tu avais suscité autour de ta personne, que ce dont ce Gabonais là a vraiment besoin, c’est d’un leader, un vrai ! Une personne qui sache, non seulement comprendre ses attentes, mais qui sache se les imprégner et les porter au plus profond de lui, et surtout, le Gabonais a besoin de quelqu’un qui puisse dire un jour : « ça suffit comme ça ! », et qui agisse en conséquence, quoi qu’il advienne.

   Quand j’appris, il y a quelques années, ton état de santé qui se dégradait au fil du temps, je fis semblant de réfléchir comme si nous étions dans un monde idéal : « Bon, le temps  qu’il se rétablisse et qu’il se prépare pour remonter un vrai parti d’opposition avec ses compagnons, d’ici 2016, ce sera un peu juste », me dis-je. Bien évidement, il m’importait peu de savoir si vous alliez gagner cette échéance électorale, et il n’est pas sûr que je vous aurais accordé ma voix, ni à vous, ni à vos adversaires, mais je voulais, pour une fois, assister à un semblant de confrontation d’idées dans l’arène politique gabonaise. Après ta disparition du territoire national, suite à tes problèmes de santé, je me suis dis qu’en ce qui te concernait, il n’y avait plus, politiquement, rien de concret à attendre, au moins, à court terme. Je me suis donc, naturellement désintéressé de ce qui pouvait te concerner.

   Ce Dimanche 12 Avril 2015, en entendant une journaliste de la chaine nationale gabonaise annoncé, en ouverture du journal de 20h, que tu étais décédé le matin à Yaoundé (Cameroun), je me suis senti confondu entre deux sentiments. D’une part, je me suis senti assez mélancolique. C’était cette sorte de pincement au cœur que j’avais ressenti quelques années plus tôt, à l’annonce du décès d’Omar Bongo, ou quelques semaines après, quand le monde entier apprenait la mort de Michael Jackson, ou encore il ya un a, lors du décès de Nelson Mandela, tu sais, cette étrange sensation qu’on a quand on apprend le décès de quelqu’un qui ne nous a jamais été proche, mais qui, du manière ou d’une autre, a eu une place importante dans notre vie, directement ou pas. L’autre sentiment qui m’a envahi ce soir là, devant le poste de téléviseur, c’était la colère. De la colère, oui, et pour une raison assez valable : ton décès, annoncé comme un fait divers, en deux phrases sur lesquelles personne ne reviendra d’ailleurs au cours de l’édition du journal. Quelles sont donc ces façons d’agir ? Même dans les régimes les plus totalitaires, on a une once de respect pour les opposants politiques… Et cette colère n’a fait que croitre avec les folies qui ont suivies le rapatriement de ta dépouille à Libreville. Empêcher qu’un mort puisse être transférer sur sa terre natale pour être inhumer ! Pourquoi ? Dans quel but ? Seuls les instigateurs de ces actes en connaissent les motivations.

   Toutefois, je me demande bien où va notre pays ? Parce que je m’étonne que, dans un pays où les traditions et les coutumes ont encre une place notable, on n’ait plus aucun respect pour les morts. Qu’on fasse d’un cadavre humain l’objet de calculs et d’affrontements ethno-politico-mystiques ? Est-ce vraiment la voie que nous devons suivre ? Est-ce vraiment ce que veut inculquer le pouvoir en place à nos enfants ? Est-ce vraiment le changement que prône tant l’union de l’opposition ? Opposition qui, soit dit en passant, semble tout-à-coup avoir tourné le dos à ceux qui sont toujours vivants et dont le sort n’a pas changé depuis ton départ pour l’au-delà… Je me demande, enfin, que deviendra cette vacillante lueur que tu as eu à allumer dans les cœurs de certains. Va-t-elle s’éteindre comme ton souffle vient de se tarir ? L’avenir seul nous le dira. En attenant de voir cela, je terminerai avec ces deux phrases : la première, pour ceux qui, pour  certains, on déjà commencer à danser sur ta tombe, et pour les autres qui sortent leurs tambours pour le faire. A ceux-là, je rappellerais juste ces mots de Birago DIOP, connus de tous : « les morts ne sont pas morts… » La seconde phrase, que je t’adresse, n’est que la simple formule consacrée pour la circonstance : repose en paix, André !