dimanche 21 juin 2015

Music is the weapon of the future !

Bonjour les Êtres humains !


Il y a une semaine, j’ai dû jouer les apprentis informaticiens avec mon ordinateur. Et, après avoir réinstallé le système d’exploitation (je vous épargne les détails techniques), je me suis rendu compte qu’il me manquait le pilote de la carte son. En gros, je n’avais pas de son du tout, et pas de chance, je n’avais pas de connexion internet. J’ai dû passer quelques jours avant que les choses ne revinrent à la normale. Toutefois, ces quelques jours d’attente m’ont fait remarquer combien de fois je suis littéralement accro à la musique. Le fait de ne pas pouvoir écouter un titre que j’aime bien, le matin au réveil, ou après le sport, me faisait presque déprimer… Il faut dire que je suis un gros consommateur de musiques de tous genres et de tous les styles, pourvu que ça sonne juste. Et c’est comme ça depuis que je suis enfant.
Tout le monde à la maison n’a de cesse de me rappeler que lorsque j’avais moins de cinq ans, mon oncle, chez qui je vivais, achetait des disques vinyles juste pour moi. Je me rappelle encore de la pochette de l’album « Thriller », que sa veuve conserve toujours précieusement. Il y avait griffonné mon nom pour bien signifier que c’était pour moi qu’il l’avait acheté. Mais s’il y a une chose qui m’a beaucoup marqué, c’est que le premier compact-disc qui me fut offert par mon père était un double-single de Bob Marley. Drôle de choix pour quelqu’un qui n’écoute que de la Rumba congolaise ! Ce cadeau eut tout de même l’effet que je crois qu’il recherchait. Je me suis mis à m’ouvrir à tous les styles de musiques possibles, au lieu de n’écouter exclusivement que du Hip-hop et du R’n’B.



Aujourd'hui, ma discothèque est totalement hétéroclite, allant d’Otis Redding à Drake, en passant par Miriam Makeba, Fela Kuti, Akendegué, Malvoi ou encore Nneka, Ayo, Chris Brown, parmi tant d’autres. Parfois, en écoutant certains, et en me renseignant un peu sur leur vie, je me dis que les chanteurs des décennies passés étaient de vrais artistes, dans le sens que je donne à ce mot. Car, pour moi, un artiste c’est quelqu’un qui utilise ses sens et son corps pour EXPRIMER autrement la vie, et qui donc est sensé COMMUNIQUER à ses auditeurs, et à la société en général, un MESSAGE constructif. C’est, d’après moi, pour cela qu’on paie pour les écouter et les voir se produire. Ce n’est pas seulement pour nous distraire. Certes, il y a eu ceux qui ont su répondre à cette définition. Je ne peux pas tous les citer ici, mais je vais vous parler de quelques uns de ceux que j’admire le plus.
Je commencerai par la personne qui m’a toujours le plus impressionné, tant de par son talent, de part sa notoriété que par son engagement dans une cause juste. C’est Miriam Makéba. Cette femme d’une beauté à couper le souffle, qui a connu le succès dès les années 50 avec son titre le plus connu, « Pata Pata », a vécu une enfance difficile avant de devenir celle qu’on appelait affectueusement « Mama Afrika » et qui sera, bien avant Nelson Mandela et les autres Peter Biko, le symbole de la lutte anti-apartheid dans, et au de-là de son Afrique du sud natale. Elle envoûtait, dans diverses langues, allant de l’anglais à l’espagnol, en passant par le français, sans compter toutes les langues africaines qu’elle pratiquait, tout son auditoire. Elle a longtemps vécu hors de son pays natal, et a obtenu les citoyennetés guinéenne, algérienne et française. Il faut dire que le régime sud-africain d’alors l’avait condamné à un exil qui durera 31 ans, pour être apparue dans une production anti-apartheid titrée « Come Back Africa ». Elle ne cessa pourtant pas de s’exprimer contre l’oppression noire sur sa terre natale, tout le long de son périple à travers le globe. J’ai le bonheur d’avoir en ma possession une véritable discographie de cette grande dame, et parfois, je tombe sur une piste sur laquelle elle parle plus qu’elle ne chante, dénonçant la triste situation dans laquelle se trouvait l’Afrique du Sud. Et je me dis toujours à cet instant : « ça, c’était vraiment une femme qui aimait son pays ! »




Il y en a un autre que j’admire presque autant que la grande Miriam, sur le continent. Il s’agit de M. Fela Anikulapo Kuti. Il y a tant à dire sur cet homme ! Chanteur, saxophoniste, chef d'orchestre et homme politique nigérian, Fela a connu plusieurs dictatures dans son pays, dès la sortie de la crise du Biafra. Tout au long de sa carrière, son œuvre musicale aura autant d'influence que son engagement politique, puisqu'il est le père de l'Afrobeat, un mélange entre les sonorités américaines que sont le Jazz et le Funk, et des rythmes populaires africains de son époque, le Highlife et le Ju-ju. C'est grâce à ce nouveau courant musical qu'il dénoncera la corruption, la dictature et l'emprise des multinationales dans son pays, à peine devenu grand producteur de pétrole. Son combat lui a valu plusieurs séjours en prison, sous divers régimes dictatoriaux. Mais Fela ne fit pas que de la dénonciation, puisqu'en 1979, celui qui se fait appeler « Black President » fonde le Mouvement of the People, parti politique à la tête duquel il promet de se présenter au élections présidentielles de 1983. Il n'ira pas jusqu'au bout de son engagement, puisqu'après une énième arrestation, son parti et sa branche culturelle, les Young African Pionners, seront interdits dès 1981. de tous les faits d'armes de ce fils d'une grande activiste nigériane, celui qui retient le plus mon attention est son boycott du Festival mondial des Arts Nègres, qui se tien en janvier 1977, à Lagos. Fela aura passé une grande partie de sa vie et de sa carrière à lutter contre les maux qui minent son pays, et laissera une trace indélébile dans l'histoire du Nigeria et de l'Afrique noire en général. Pour moi, lui et Miriam Makeba sont les deux plus grandes figures du militantisme dans la musique africaine. Ils ne sont pourtant pas les seuls, et feront de nombreux émules, au fil du temps.




Ces deux grands artistes ont laissé un lourd héritage que plusieurs artistes ont tenté, tant bien que mal, d'incarner après eux. Étrangement, ceux qui reflètent, pour moi, dans les générations suivantes, ce même engagement, sont des artistes d'un style de musique qui n'est devenu vraiment populaire qu'à partir des années 70. Il s'agit du reggae. Ce courant naturellement activiste a donné naissance à une multitude de porte-voix en Afrique, dont les derniers vrais représentants encore vivants sont les Ivoiriens Alpha Blondy et Tiken Jah Facoly. Ce que je trouve dommage, c'est que ces derniers ne soient plus juste que des dénonciateurs. En effet, leur combat ne s'arrête plus que sur le plan artistique, dans les paroles de leurs opus, dans quelques mouvements culturels, ou encore dans des titres collectifs qui portent des messages aussi nobles que la lutte contre le virus Ebola, par exemple. Il faut tout de même reconnaître qu'ils ne sont plus très jeunes...


En écoutant tous ces nouveaux styles de musiques qui ont émergés un peu partout sur le continent ces vingt dernières années, je peux citer en exemple le Ndombolo du Congo, le Coupé Décalé de Côte d'Ivoire, tous ces jeunes artistes nigérians et ghanéens qui ne cessent de faire l'apologie de la célébration et de l'amour fusionnel, j'en suis arrivé à me demander à quoi sert vraiment la musique actuellement, sur le continent. Le pire est que si la majeure partie des nouveaux courants musicaux du continent ne semblent pas trop s'intéresser aux réalités même que vivent les Africains, beaucoup participent plutôt à abrutir et dépraver nos jeunes frères et sœurs. Je ne citerai aucun de ces styles musicaux ici, pour ne pas donner l'impression de montrer certains du doigts, tant il y en a, mais j'aimerais tout de même faire remarquer une drôle de tendance actuelle. J'ai un ami qui fait de la musique. Il est rappeur. Il y a quelques années, lorsque je l'ai rencontré, il venait de sortir un album qui, en résumé, appelait au changement des mœurs et avait un regard critique sur les dirigeants africains. Chose que je trouvait assez bien. Or, il y a quelques mois, lorsque nous nous sommes revus, il avait changé de message. Aujourd'hui, ses titres ressemblent plus à ceux du rappeur Franco-Sénégalais Booba, qu'autre chose : des histoires d'argent,de pouvoir et de sexe... je lui ai subtilement demandé pourquoi ce revirement : « il faut bien suivre la tendance, car c'est ce qui se vend le mieux en ce moment ! », m'a-t-il répondu. Aïe ! Si même le rap, qui, à l'origine, est un mouvement culturel né d'une grosse crise politico-sociale dans le Bronx de la fin des années 70, ne sert plus à « réveiller les consciences », il ne me reste plus qu'à jeter ma discothèque...


Toutefois, depuis 2012, il y a une poignée d'artistes qui ont réussi à me redonner espoir dans la valeur militante de la musique. Ce ne sont, bien évidement, pas de grosses célébrités ou des grands noms connus de la musique africaine, mais plutôt des jeunes de ma génération, peu connus sur la scène internationale. Pourtant, en se servant de leur petite notoriété et leurs voix, ils ont réussi à chasser deux chefs d’États ! Je veux bien sûr parler du mouvement « Y en a marre », du Sénégal, et du « Balai citoyen », au Burkina Faso. Le premier est composé à sa naissance des rappeurs du groupe Keur Gui et des journalistes Cheick Fadel Barro et Alioune Sané. Ce mouvement de contestation pacifique, né à la suite des coupures intempestives d'électricité dans la capitale sénégalaise, a largement milité pour convaincre les jeunes de s'inscrire sur les listes électorales en vue des élections présidentielles de 2012, qui ont sonnées la fin de la présidence de Me Wade et ont permis au pays de passer à une transition démocratique, faisant du Sénégal un modèle en la matière, en Afrique noire francophone.



Le Balai citoyen, quant à lui, a été fondé dans le sillage de « Y en a marre », au pays des Hommes intègres, par deux jeunes artistes. Le rappeur Smokey et Sams K le Jah, qui fait du reggae. Ce mouvement, qui naît suite au désir du pouvoir en place de mettre en place un Sénat, grandit peu à peu jusqu'à jouer un rôle primordial dans le soulèvement à l'origine de la fuite du président Blaise Compaoré.


Ces deux mouvements, à eux seuls, suffisent à prouver qu'un vent nouveau souffle sur le continent. Le même que celui qui avait souffler à l'aube des indépendances africaines, et qui avait produit des hommes et des femmes comme Miriam Makeba, Fela Kuti, Tiken Jah Fakoly, Alpha Blondy ? Ce vent saura-t-il emporter vers le haut d'autres personnalités issus d'autres secteurs de la société que la musique, comme il éleva, à l'époque, des hommes de la trempe de kwame Nkrumah, Amilcar Cabral, Patrice Lumumba, Thomas Sankara, Nelson Mandela ? Seule l'histoire nous le dira... En attendant, je vous laisse méditer sur les paroles de ce titre de Bob Marley, un autre artiste noir dont le message, bien que peu écouté, a toujours eu une portée militante et éducative. Elles sont inspirées d'un discours de l'empereur Hailé Sélassié 1er à l'Assemblée Générale des Nations Unies. Espérons, comme l'avait dit Fela Kuti, de son temps, que cette fois si, on n'aura pas tord de penser que la musique est l'arme du futur,  pour lutter contre la pauvreté et l'injustice. Bonne fête de la musique à tous !



samedi 20 juin 2015

Immigration : Respect pour ceux qui ne reviendront jamais

Bonjour les Êtres humains !



Ce samedi 20 Juin, le monde célèbre la journée mondiale des réfugiés. Encore que, célébrer, c'est un bien grand mot, vue la situation mondiale actuelle. C'est tout de même étrange : les Africains transhument vers l'Europe depuis l'apparition de l'homme sur terre, puisque celui-ci voit la vie sur le continent, d'où il peuple le reste du globe, mais depuis le début de cette année 2015, il semble que le monde vienne de découvrir que des milliers de jeunes perdent la vie dans le désert et en pleine méditerranée, en voulant gagner le vieux continent.

source: http://www.la-croix.com



Je n'ai pas ici l'intention de faire le procès de ceux qui sont candidats à l'émigration. Ils ont leurs raisons, qui, pour eux, doivent être les plus importantes. Entre ceux qui fuient les conflits, ceux qui veulent échapper aux politiques et aux gouvernements dictatoriaux, ceux qui espèrent de meilleures conditions de vie, et ceux qui rêvent juste de ce qu'on appelle couramment ici le « mythe de l'Europe », les motivations ne manquent pas, et chacun de ceux qui partent sont, j'en suis sûr, capables de défendre les leurs.

Je n'ai pas, non plus, l'intention de montrer du doigt les comportements irresponsables, d'une part, de l'Union Européenne, qui n'arrive pas à prendre une décision concrète et consensuelle pour la prise en charge de ceux qui affluent à ses frontières, et de l'Union Africaine, d'autre part, qui brille dans le firmament de l'indifférence par le silence, voir le mutisme dans lequel cette institution s'est murée depuis plus de six mois, pour ne pas dire, depuis toujours, face au véritable génocide qui a lieu entre le désert du Sahara et le détroit de Gibraltar.



Ce dont je voudrais parler ici aujourd'hui, c'est du courage de ces hommes et femmes qui partent. Du courage, oui, car, en ces années où les informations sont mondialisées et disponibles pour tous, je me dis qu'il faut une poigne de courage pour décider à partir à l'aventure en sachant, ou du moins, en ayant une idée de tous les risques que ce départ comporte. Ces risques sont divers, d'ampleur variée et se situent à toutes les étapes du voyage. Il y a, tout d'abord, ceux qui menacent les futurs migrants avant même que ceux-ci n'aient pris le départ. Imaginez-vous comment peut vivre un jeune Dakarois qui a décidé de partir. Il doit craindre les jugements de ces pairs, les refus et mêmes les remontrances des membres de sa famille, les moqueries des amis... bref, il devient bien souvent l'objet d'une stigmatisation qui ne peut être évitée qu'en cachant ses intentions à tous et en vivant donc dans le mensonge jusqu'au jour du départ.

Après ce fameux jour de départ, les risques ne se dissipent pas. Au contraire, ils semblent se multiplier. Il y a, bien sûr, ceux liés à la santé : se lancer dans la traversée du plus grand désert du monde n'est pas un périple de tout repos pour l'organisme, même pour celui qui est bien préparé à cette épreuve. Ensuite, il y a les risques financiers : la plupart du temps, il faut payer une certaine somme à des guides qui conduisent les migrants à travers le Sahara, avant que ceux-ci n'arrivent sur les bords de la méditerranée. Multiples sont les histoires de personnes qui se sont faites, soit arnaquer, soit même voler par ceux qui devaient les conduire à destination. Sans compter qu'il faut traverser plusieurs frontières, avec tous les dangers que cela comporte. Je suis juste hors de moi lorsque j'entends les récits sur les traitements inhumains que certains Libyens font subir aux migrants noirs qui transitent par leur... Je ne sais pas trop comment appeler cela.. pays ! Entre les sévices corporels, l'exploitation et la confiscation des papiers, je me demande comment on peut appeler ces actes, si ce n'est de l'esclavage moderne. Il y a aussi, durant cette traversée du désert, le risque de tomber sur un quelconque groupe sectaire de terroristes (AQMI, Azawad, Shebab, et j'en passe). Il y a, enfin, toujours à cette étape de la traversée du désert, les risques liés à ce qui peut être une véritable remontée du continent, pour ceux qui viennent expressément des régions plus centrales de l'Afrique. Je pense à ces dizaines de Camerounais qui traînaient déjà durant des années à Bamako, quand j'y vivais, en attendant de trouver une opportunité de départ. Je n'imagine pas assez leur frustration de partir un matin de chez eux en espérant gagner l'Espagne ou l'Italie et se retrouver coincé, en transit durant des années, dans un autre pays africain, dans les mêmes conditions de vie difficiles qui les ont emmenés à partir, et parfois même, dans de pires conditions que celles qu'ils vivaient chez eux. Beaucoup se retrouvent bien vite sans le sous et sans papiers dans un pays qu'ils devaient juste traverser. Maintenant que j'y pense, je comprends mieux la situation de tous ces jeunes Libériens, Camerounais, Nigérians, Ghanéens, et d'autres communautés, que j'ai tant croisé depuis que je vis en Afrique de l'Ouest, et qui vous donnent toujours l'impression de ne pas être là pour des études ou pour le travail, ni non plus pour le tourisme. Ces jeunes qui sont toujours en quête d'on ne sait pas trop quoi, mais qui semblent très motivés à vite gagner quelques millions de francs CFA, pour on ne sait jamais quel grand projet. Mais là n'est pas le sujet du jour.

Des risques, il y en a encore plus après la traverser du désert. Car, à l'arrivée sur les côtes africaines de la méditerranée, il faut trouver une pirogue, un bateau, une chaloupe... bref, de quoi naviguer pour la traversée. Je me suis souvent demandé comment font ceux qui viennent de pays enclavés comme le Niger ou le Mali, et qui n'ont jamais, ne fusse qu’aperçu la mer, face au défi de braver les eaux marines. Je ne sais pas pour vous, mais je suis persuadé qu'il faut une bonne dose de courage et surtout de détermination ! Quand je pense qu'il y en a qui tentent l'aventure avec des enfants ! Un des autres risques de cette étape de la traversée est la bonne foi de ceux qui servent de passeurs. S'ils en ont une... Parce qu'entre ceux qui vous escroquent et ne vous font jamais voir le ponton, voir le fond d'une « piroguette », et ceux qui sont près à vous jeter à l'eau, en haute mer, juste pour leurs intérêts, il faut être vraiment à bout, et se dire qu'il n'y a plus, dans la vie, aucune autre solution que de confier son existence à ce genre de personnes. Mais s'il y a une chose qui me terrifie plus que tous les risques que courent ceux qui veulent gagner l'Europe par la mer, c'est justement cette dernière. Comment supporte-t-on de vivre des jours et des nuits entières en pleine mer, avec rien à l'horizon, rien à manger et à boire, dans l'impossibilité de dormir... Comment fait-on pour passer une nuit « normale » lorsque qu'au milieu d'une nuit noire, on ne peut même pas apercevoir le bout du nez de son voisin ?

Enfin, pour ceux qui ont la chance d'atteindre les côtes européennes, ce n'est pas la fin du cauchemar. Parce que débarquer d'une pirogue dans un pays où l'on ne veut pas de vous et l'on ne sait quoi faire de vous, ce n'est sûrement pas la joie ! Il y a dors et déjà, en premier lieu, le risque d'être directement refouler et renvoyé chez vous et d'avoir fait tout ce trajet pour rien ! Il y a aussi les conditions dans lesquelles ces migrants sont accueillis. Entassés dans des camps de fortune, comme des troupeaux, et traités comme une gangrène qu'on tente à tous prix d'éloigner des populations locales, les migrants sont mêmes vus par certains comme une « grosse fuite d'eau » ! Pour beaucoup, le rapatriement est la seule solution pour ces personnes. D'autres s'insurgent contre l'idée de quotas d’accueil pour les pays membres de l'Union, tandis que d'autres encore parlent de risque « d'appel d'air », comme si tous les Africains avaient l'intention de quitter le continent et de le laisser complètement vide pour se réfugier en Europe. Enfin, pour les quelques rares qui survivent à toute cette aventure et arrivent à obtenir un quelconque papier leur permettant de vivre sur le vieux continent, il faut se demander ce qu'ils y font. Vivent-ils vraiment la vie pour laquelle il ont fait tout ce voyage ? Ont-ils bravé autant d'obstacles et de dangers juste pour traîner à mendier dans les rues de Paris, Madrid ou Londres ? Tous ces millions de franc CFA perdus en frais de passage et autres juste pour quelques centaines d'euros comme magasinier ou planchiste ? Toute cette énergie dépensée, pour n'être vu que comme un être envahissant, voir un parasite sur la terre qu'on a tant souhaité fouler ? Voilà bien pour moi le risque le plus élevé : celui d'arriver en Europe et de continuer à vivre la misère, la pauvreté, l'angoisse, la haine, la stigmatisation et tous ces maux qu'on a tellement voulu fuir...

Alors, compte tenu de tous ces risques que nous venons de passer en revu, j'aimerais sincèrement saluer le courage de ceux qui prennent la décision de partir. Car, je suis persuadé que personne ne prend cette décision sans avoir sous-pesé ces risques, sans au moins les avoir envisagés. Je leur tire mon chapeau parce que, quoi qu'on dise, il n'est jamais facile de prendre une décision. Certains le font plus aisément parce que conduits par leurs motivations ou contraints par la guerre ou la famine ou les pressions politiques. Mais, à votre avis, parmi tous ceux qui vivent dans ces mêmes conditions difficiles en Afrique, quelle est la véritable proportion de ceux qui prennent la décision de partir pour changer leur existence ? Car, au fond, c'est bien ce qu'ils cherchent : un moyen de changer leur vie. À votre avis, quelle est la proportion de ceux qui, eux, restent à vivre dans ces conditions ? Et surtout, que font ces derniers pour, eux aussi, tenter d'améliorer leur conditions de vie ? Bien souvent, pas grand-chose... La plupart s'agrippent à un fallacieux déterminisme qui prône à tort que comme on est né en Afrique, on a été condamné à vivre dans la pauvreté et la misère et qu'on n'y peut rien ! Je trouve que ceux qui prennent la décision de partir ont au moins le mérite de vouloir donner une autre orientation à leur vie. Ils ont au moins le courage de faire quelque chose pour cela. Ils ne restent pas assis à attendre qu'un jour il fasse mieux vivre, non ! Ils vont à la recherche de ce mieux vivre, même si, souvent, ils courent derrières des sirènes... La personnalité se mesure à la capacité à prendre des décisions au moment où tout est perdu, ai-je entendu récemment.

Ce qui m'impressionne le plus,c'est la détermination qui accompagne souvent cette décision. Parce qu'avec tous les risques qu'on a vu plus haut, toutes les tentatives extérieures de découragement, tous les obstacles, familiaux, amicaux, financiers, géographiques, physiques, qui jalonnent le parcours du migrant, celui-ci, arrive à franchir chaque étape, jusqu'à ce retrouver un jour déguerpi d'un camp de clandestins sous un pont de Paris... je me suis dis, en suivant les informations sur le sujet ces derniers jours, que les personnes qui croisent ces migrants dans les rues de leurs belles villes occidentales devraient se montrer plus respectueux envers ces personnes qui ont dû faire preuve de courage, de détermination et d'abnégation pour en arriver là, au lieu de les traiter avec mépris. Parce que si on le demandait, même sous la contrainte, une grande partie d'entre nous n'aurait pas pu survivre à un tel périple. Essayez de vous imaginer un instant que vous avez le projet de matérialiser un désir, que vous concevez un plan pour y arriver, que vous vous donnez les moyens d'atteindre votre objectif et que, après de très longs et coûteux efforts, sur tous les plans, vous atteigniez enfin votre but et que, juste après avoir passé la ligne d'arrivée, un policier venait vous dire « Monsieur, on doit vous déguerpir de là... » Je me demande comment chacun se sentirait. Moi, je vous dirait « Bravo, vous avez réussi à matérialiser un désir, chose dont beaucoup d'entre nous ne sont pas capables ! »

Je dirais aussi Bravo à ceux qui, ayant pris la décision de partir, et face aux difficultés du trajet ou à leurs faiblesses, décident de rebrousser chemin. Ceux-là sont, pour moi, parmi les plus courageux, car, il faut du cran pour prendre une décision, mais il en faut encore plus pour reconnaître qu'on s'est trompé et revenir sur celle-ci. Ce qui est triste, c'est que l'expérience de ces derniers ne serve pas assez pour faire comprendre à ceux qui sont plus jeunes que cela ne vaut pas tant la peine de partir et qu'il y a d'autres façons moins radicales et aussi moins périlleuses de tenter de changer son existence.



Pour terminer, en cette journée spécialement dédiés aux réfugiés, je voudrais saluer avec un profond respect ceux qui sont partis un jour, qui ne sont jamais arrivés, et qui ne reviendrons jamais.



samedi 13 juin 2015

Je suis chrétien et j’aime l’Islam

Bonjour les Êtres humains !



Je suis né et j’ai grandi dans un pays à forte dominance catholique. Cela n’empêche que le Gabon est un pays d’une grande diversité religieuse, dans lequel on retrouve aussi bien les traditionnels chrétiens « protestants », les églises dites « éveillées », fortement dominées par les courants venus du Nigeria, avec des noms aussi explicites que « Arrêtez de souffrir ! », les courants qui tendent plus vers des sectes, comme l’Eglise Ekankar, ou encore les loges maçonniques les plus connues, telles que l’AMORC ou la célèbre Grande Loge Equatoriale. Je ne parle même pas des animistes et leur large éventail de rites traditionnels ! Et bien sûr l’Islam. Etrangement, durant toute ma prime enfance, je n’ai été que très peu confronté à cette dernière religion. A bien y réfléchir, il n’y avait que le vendredi, vers quatorze heures, lorsque toutes les boutiques étaient fermées parce que leurs tenanciers, majoritairement des   musulmans ressortissants de l’Afrique de l’Ouest, étaient tous à la mosquée, que je me souvenais qu’il y avait des musulmans dans le pays. Il faut dire que le Gabon est un Etat dans lequel les gens n’accordent pas une importance capitale à votre appartenance religieuse. Ce n’est vraiment qu’au lycée, en classe de quatrième, que j’ai commencé à avoir un regard différent sur cette religion.


La mosquée de la Divinité, à Dakar, un de mes endroits préférés



A cette époque, je partageais ma chambre avec le petit frère de mon père, de quelques années plus âgé que moi. Comme j’aimais déjà la lecture, je m’amusais à dévorer chaque nouveau livre qu’il ajoutait à sa modeste bibliothèque d’alors. C’est ainsi qu’un jour, je tombai sur L’Aventure Ambigüe de Cheick Amidou Kane. De ce très beau roman qui décrit, entre autres, les relations père-fils dans une Afrique de l’Ouest au tournant des indépendances, ce qui m’a le plus marqué, c’est l’omniprésence de l’Islam. C’était la première fois que j’entendais parler des écoles coraniques, par exemple. Je crois que l’image qui a eu la plus forte impression sur moi, à cette époque, ce fut celle de l’enfant qui, sorti de l’école coranique, devait, pour démontrer qu’il était devenu un musulman à part entière, réciter, des heures durant, le Coran, devant ses parents. C’est de là que j’ai toujours considéré qu’au de-là de son objectif de quête spirituelle, la religion est aussi un outil pour l’éducation, et donc pour le développement de l’homme, tout au long de sa vie. C’est donc l’image que je m’étais faite de l’Islam, un système qui donne une importance capitale à l’éducation. Mais il faut dire que c’e n’était alors qu’une conception que je m’en faisais, n’ayant jamais vécu dans un environnement véritablement influencé par cette religion.

La première fois que j’eu cette chance, je débarquai à Bamako, au Mali, il y a quelques années. C’est fou le nombre de choses qui peuvent échapper à l’œil de l’étranger ! Mon premier jour sur place, je n’avais pas remarqué la multitude de mosquées qu’il y avait autour de l’immeuble que nous habitions alors. Je ne m’étais pas, non plus, rendu compte de leur proximité. C’est le lendemain aux aurores, au premier appel du muezzin, que je pris conscience de l’endroit où j’étais. Et cela dura un bon mois ! Tous les matins, c’était la même voix rouillée qui me réveillait vers cinq heures moins. Bien que quelques fois, cela me servait de réveil lorsque j’avais un programme très important le matin, la plupart du temps, cette routine m’empêchait juste de profiter d’une agréable grâce matinée. Heureusement, j’ai finis par m’y habituer. Ou plutôt, j’ai finis par accepter cette contrainte qui, au départ, était pour moi un phénomène plutôt dérangeant. La preuve en est qu’aujourd’hui, je me sers de l’appel à la prière du matin pour me repérer et savoir combien de temps il me reste pour me préparer à aller à la messe de six heures et demi, aux Martyrs de l’Ouganda, l’église la plus proche de mon domicile actuel, ici à Dakar. Et ce n’est qu’un des aspects positifs que je trouve à côtoyer un monde dominé par l’Islam. Encore que, j’ai finis par découvrir, avec le temps et les expériences, qu’il n’y a pas qu’une, mais plutôt différentes Islam. Je ne veux pas, ici, m’appesantir sur les divers courants islamiques. D’ailleurs, je n’y comprends strictement rien aux différences entre les Sunnites, les Shiites, les Wahhabites, et j’en passe. En réalité, je n’ai jamais vraiment voulu chercher à les comprendre, parce que je me dis que cela ne sert à rien de se diviser si on croit au même Dieu, et surtout lorsqu’on le connait tous à travers un même messager.  


De mon point de vue, ce sont ces divisions internes qui donnent de la religion musulmane l’image ternie qu’elle a aujourd’hui auprès d’une grande partie des non-musulmans. Parce que quelques illuminés profitent de l’origine de ces divisions, et des conditions dans lesquelles elles sont nées et ont évoluées pour, aujourd’hui, en faire une interprétation qui ne sert que leurs intérêts personnels. Intérêts qu’ils réussissent à masquer derrière des idéologies que, tout compte fait, ceux qui y croient ne comprennent d’ailleurs pas toujours. Je ne parlerai pas des conflits qui morcellent tout le Moyen-Orient : je crois que tout le monde a une idée des dégâts de ceux-ci. Ce qui me sidère le plus, ce sont les informations, à la télévision, à la radio ou sur internet. A chaque fois que je regarde les nouvelles internationales, j’ai toujours l’impression que les pires atrocités commises en ce moment sont l’œuvre de personnes qui se justifient en disant défendre l’Islam. Cela ne devrait pas beaucoup étonné que l’on soit stigmatisé dès qu’on a un prénom d’origine arabe ou qu’on porte une grande barbe. Certains groupuscules se sont évertués à donner une image guerrière des musulmans, et les évènements qui minent le monde et qui se rapportent à l’Islam ne sont pas pour adoucir cette image. Au contraire, ils ne font que l’endiabler, au point qu’à première vue, on a l’impression d’être revenu au temps des Croisades. Encore que, si cette image déformée de la religion musulmane n’était perçue que par les occidentaux, qui ne sont pas directement en rapport avec l’Islam et qui peuvent le vivre comme une étrangeté, je comprendrais encore. Mais il faut avouer que je suis souvent choqué par l’attitude de certains de mes frères et sœurs d’Afrique Centrale, vis-à-vis de l’Islam, ici à Dakar.

Ce qui m’horripile le plus, c’est lorsque j’entends des étudiants Gabonais ou Congolais, qui vivent parfois depuis des années à Dakar, se plaindre lorsqu’ils entendent, au loin (ou pas), la voix du muezzin qui appelle à la prière : « encore ce vacarme ! », « il ne se repose jamais ! », lâchent-ils souvent. Moi, je me demande alors comment l’on peut vivre au milieu des gens, en tant qu’étranger, et ne pas vouloir accepter leurs pratiques. Si encore elles relevaient des simples mœurs, ou des habitudes culturelles, on pourrait pardonner, encore que, dans les deux cas, on touche des questions purement subjectives, que l’on se doit d’accepter, qu’on les juge bonnes ou pas. Mais la religion ! La foi ! Ce en quoi un Être humain croit le plus, qu’il place au centre de son existence et qui régie celle-ci ! Non, vraiment, je n’accepte pas qu’on y porte des jugements, surtout s’ils ne servent qu’à critiquer et ne conduisent à aucune réflexion constructive.




Lorsque j’entends parler ce genre de personnes, ou que j’entends les critiques des médias internationaux, j’ai l’impression que, selon eux, il n’y a rien de bon dans l’Islam, sinon imposer le port du voile, la Charia, et toutes ces autres règles, toutefois dogmatiques, mais qui le rende semblable à toutes les autres confessions monothéistes. Pourtant, à bien y regarder, on pourrait lui citer une multitude de vertus et de points positifs. S’il fallait que je les cite tous ici, on y passerait la journée ! Mais, il y a quelque chose que j’admire énormément chez les musulmans. C’est leur esprit enclin à l’altruisme. Il est vrai que la majeure partie des religions préconisent que l’homme développe, d’abords, sa relation avec son dieu, ensuite, celle avec lui-même, et enfin, celle avec ceux qui l’entourent, mais j’ai noté que c’est le troisième point sur lequel les musulmans que j’ai le plus fréquenté s’appesantissent le plus. Je suis toujours fasciné par la grande communion qui existe ici, au Sénégal, entre les chrétiens et les musulmans. Je me souviens d’ailleurs qu’un jour, mon ancien bailleur, un vieillard de plus de soixante-dix ans, fervent pratiquant de l’Islam, m’a montré, posé sur son petit bureau, dans son salon, sa Bible. « Il faut bien connaitre ceux avec qui on vit, non ? », me disait-il alors. Oui, je suis d’avis qu’il faut bien connaitre et comprendre ceux qui vivent avec nous, tant pour notre bien que pour le leur. Et surtout, il faut savoir respecter leurs différences, que ce soit de sexe, d’idéologie politique, philosophique ou religieuse. Ma jeune voisine, Fatou, me rappelle souvent qu’un des messages les plus importants de l’Islam est le respect et la sollicitude envers son prochain. Message auquel je veux bien adhérer, bien que non-musulman. Parce je me dis qu’en réalité, Chrétiens, Musulmans, Juifs, autres, nous croyons tous à la même chose : la foi dans l’avènement d’un monde meilleur. Un monde que nous n’avons pas à attendre, assis, guettant un hypothétique apocalypse qui viendrait nettoyer la terre de tout ce qui ne serait pas bon ou juste, mais plutôt un monde que nous pouvons, que nous devons construire, chacun d’entre nous, chaque jour de notre vie, en commençant par apprendre à accpeter, à épouser et à intégrer les différences des uns et des autres. C’est pourquoi, j’affirme mon appartenance à l’Eglise catholique, mais je n’ai pas honte de dire que J’AIME L’ISLAM ! 

lundi 8 juin 2015

Education : plantez la graine environnementale

Bonjour les Êtres humains !


Cela fait un bon moment que je n’ai pas eu la possibilité de partager quelques pensées avec vous. Il faut dire que j’ai été assez accaparé ces dernières semaines par ma formation. Les examens ont commencé, alors les temps libres se raréfient. C’est d’ailleurs cette formation qui m’a inspiré le thème d’aujourd’hui : l’environnement. Je ne suis pas exactement une formation en environnement, mais plutôt un master en qualité-hygiène-sécurité-environnement. Mais c’est cette dernière composante qui m’intéresse le plus. En réalité, je dirais que c’est plus une passion qu’autre chose pour moi. Justement, ce vendredi 05 juin, c’étai la journée mondiale de l’environnement. Après des heures de réflexion infructueuses à chercher comment aborder le sujet avec vous, je me suis finalement dis que, la meilleure façon de vous en parler, c’est de vous raconter comment je suis tombé amoureux de la nature.   



Je ne sais pas pour vous, mais moi, s’il y a une question qui m’a longtemps terrifiée durant mon enfance, c’est bien : « tu veux faire quoi dans la vie ? » Comme je ne savais jamais quoi répondre, je disais la première chose qui me passait par la tête : Michael Jackson, Bruce Lee, X-Or (les initiés sauront de quoi je parle…J). Je me suis longtemps demandé comment et à quel moment un Être humain sait ce qu’il veut faire le restant de son existence. Mais, étrangement, je me souviens exactement du moment où, moi, je l’ai su. C’était un 17 août, jour de la fête nationale de mon pays, le Gabon. J’étais encore au lycée et mes distractions favorites à cette époque étaient le basket, la lecture, le cinéma et les documentaires. Justement, ce jour-là, aux environs de dix-sept heures, j’étais en train de regarder un épisode d’Ushuaia Nature (le passionnant programme de Nicolas Hulot), qui portait sur la biodiversité des forêts gabonaises, lorsque que quelqu’un arriva à la maison pour nous annoncer le décès d’une de mes tantes préférées. J’eu tellement envie de rejeter cette terrible douleur que je me plongeai littéralement dans le documentaire. A la fin de celui-ci, je décidai que, quoi que je fasse dans la vie, il faudrait que ce soit en rapport avec la protection de l’environnement. Toutefois, en y regardant bien, je crois que j’étais, en quelque sorte, « prédestiné » à m’y intéresser.

Ce n’est pas que je croie au déterminisme, non, mais j’ai l’intime conviction que les conditions dans lesquels l’on grandit influences beaucoup nos choix à l’âge adulte. J’ai fort à penser que c’est ce qui m’est arrivé. Parce que, déjà, dès ma prime enfance, j’ai vécu au plus près de la nature. J’ai, en effet, passer les premières années de ma vie dans le village de ma mère. On y allait aux champs tous les matins comme les autres vont à l’école en ville. J’ai toujours été émerveillé en traversant les forêts et les rivières, ou en apercevant, au loin, un pangolin, en jouant avec un mille-pattes ou encore en m’amusant à effleurer les sensitives, ces plantes dont les feuilles se referment les unes contre les autres quand on les touche. Ma grand-mère m’apprenait quelques noms de plantes ou d’arbres. Dans cet univers, parler de protection de la nature aurait été inutile : tout le monde vivait en harmonie avec tout ce qui la constitue (arbres, plantes, animaux, insectes, cours d’eau…). Bizarrement, aujourd’hui, ce qui me manque le plus de cette période, c’est l’odeur fraiche et humide de la forêt. Je me suis vraiment senti dépaysé en arrivant à la capitale quelques années plus tard.

La chance que j’ai eue est que les parents de mon père, à Libreville, avaient un certain rapport à la nature. Mon oncle, chez qui nous vivions, avait planté quelques arbres tout autour de la maison : badamiers, avocatiers, bananiers, dont nous devions tous prendre soin si nous voulions nous délecter de leurs fruits. De plus, sa femme avait l’habitude, quand elle en avait envie, d’aménager un verger derrière la maison principale. Ainsi, je n’allais plus aux champs, mais j’avais toujours les mains dans la terre. Après ce fameux 17 août, c’est plutôt ma curiosité qui pris le relai pour m’attirer dans les fourrées environnementales.

Je dois tout de même vous avouer que, lorsque je dis à mon père que je voulais faire une seconde scientifique, ce n’état pas du tout la protection de l’environnement qui m’intéressait. A cette époque, j’étais totalement fasciner par le cerveau humain. Jusqu’en deuxième année d’université, je voulais étudier les neurosciences. Mais, en arrivant à Bamako, pour ma troisième année, je me rendis compte en ours d’année que j’avais choisi une licence orientée vers l’écologie. L’idée que tout ce qui vie sur la terre est entièrement lié (directement ou pas) et que les actions des uns et des autres envers eux-mêmes, envers ceux qui les entourent et aussi le milieu dans lequel ils vivent conditionnent le devenir de tout un chacun m’a beaucoup séduite. A partir de là, j’ai commencé à me documenter un peu plus sur le sujet, et surtout sur le rôle que cette discipline pouvait avoir pour mon pays. C’est à partir de cette période que j’ai vraiment eu envie de me consacrer à la protection de l’environnement.  

Après ma maitrise en biologie, j’ai eu l’impression de redécouvrir mon pays et toutes les richesses naturelles qu’il recèle à travers la documentation existante. Malheureusement, j’ai constaté qu’il y a encore beaucoup à faire au Gabon. Surtout en matière d’éducation. Je ne peux qu’être heureux des mesures qui ont été prises dans le pays, en matière de conservation de la biodiversité, comme la création de 13 parcs nationaux en 2002, la révision du code forestier ou de l’environnement, qui vont effectivement dans le sens d’un développement durable. Mais je me demande comment l’on peut vouloir atteindre un si noble objectif si l’on n’implique pas assez les populations. Parce que, je ne suis pas sur que trois gabonais sur dix puissent vous dire à quoi servent ces parcs. A votre avis, combien de Gabonais peuvent vous citer les noms de dix espèces animales ou végétales typiques de leur pays ? Combien même ont déjà planté quoi que ce soit de leur vie ? Combien s’intéressent au sort de notre si belle nature ?



L’article 3 du code de l’environnement national nous dit que l'environnement, en tant que cadre de toutes les activités humaines, constitue le patrimoine national qui comporte pour l'ensemble de citoyens des droits et des obligations. Pour moi, l’un de ces devoirs est, pour tout citoyen, de consacrer un peu de temps pour découvrir cet environnement, et tacher, à son échelle, de contribuer à sa protection. Surtout, il est important de le faire pour nos enfants. Car, on le sait tous bien, ceux-ci sont d’excellents mimes qui assimilent facilement ce qu’ils voient les adultes faire autour d’eux. Nous nous devons d’avoir une philosophie commune portée vers la préservation de cette immense richesse dont nous disposons. Et de la transmettre aux générations futures. J’ai été agréablement surpris d’apprendre, il y a peu de temps, que le Costa-Rica, pays d’Amérique du sud, est vu comme le champion du monde en matière de protection de l’environnement. Dans ce pays dont le tiers des terres est protégé, tout le monde, dans tous les secteurs d’activités et au sein de toutes les couches sociales, est totalement impliqué dans ce processus de développement durable. Ses dirigeants envisagent même de devenir carbone neutre (d’absorber autant de carbone que le pays rejette) d’ici quelques années. Ils espèrent même, après avoir dépasse ce cap, s’offrir une importante manne financière en revendant leurs quotas d’émission de carbone. Je me suis demandé pourquoi un pays aussi riche sur le plan naturel que le notre ne pourrait pas avoir de telles ambitions. Ce serait, certes, un projet à long terme, qui nécessiterait autant notre implication que celle de la génération suivante. Mais je veux bien me dire que cela est possible, si l’on commence déjà à semer, dans l’esprit de nos bambins, la graine environnementale.