dimanche 21 juin 2015

Music is the weapon of the future !

Bonjour les Êtres humains !


Il y a une semaine, j’ai dû jouer les apprentis informaticiens avec mon ordinateur. Et, après avoir réinstallé le système d’exploitation (je vous épargne les détails techniques), je me suis rendu compte qu’il me manquait le pilote de la carte son. En gros, je n’avais pas de son du tout, et pas de chance, je n’avais pas de connexion internet. J’ai dû passer quelques jours avant que les choses ne revinrent à la normale. Toutefois, ces quelques jours d’attente m’ont fait remarquer combien de fois je suis littéralement accro à la musique. Le fait de ne pas pouvoir écouter un titre que j’aime bien, le matin au réveil, ou après le sport, me faisait presque déprimer… Il faut dire que je suis un gros consommateur de musiques de tous genres et de tous les styles, pourvu que ça sonne juste. Et c’est comme ça depuis que je suis enfant.
Tout le monde à la maison n’a de cesse de me rappeler que lorsque j’avais moins de cinq ans, mon oncle, chez qui je vivais, achetait des disques vinyles juste pour moi. Je me rappelle encore de la pochette de l’album « Thriller », que sa veuve conserve toujours précieusement. Il y avait griffonné mon nom pour bien signifier que c’était pour moi qu’il l’avait acheté. Mais s’il y a une chose qui m’a beaucoup marqué, c’est que le premier compact-disc qui me fut offert par mon père était un double-single de Bob Marley. Drôle de choix pour quelqu’un qui n’écoute que de la Rumba congolaise ! Ce cadeau eut tout de même l’effet que je crois qu’il recherchait. Je me suis mis à m’ouvrir à tous les styles de musiques possibles, au lieu de n’écouter exclusivement que du Hip-hop et du R’n’B.



Aujourd'hui, ma discothèque est totalement hétéroclite, allant d’Otis Redding à Drake, en passant par Miriam Makeba, Fela Kuti, Akendegué, Malvoi ou encore Nneka, Ayo, Chris Brown, parmi tant d’autres. Parfois, en écoutant certains, et en me renseignant un peu sur leur vie, je me dis que les chanteurs des décennies passés étaient de vrais artistes, dans le sens que je donne à ce mot. Car, pour moi, un artiste c’est quelqu’un qui utilise ses sens et son corps pour EXPRIMER autrement la vie, et qui donc est sensé COMMUNIQUER à ses auditeurs, et à la société en général, un MESSAGE constructif. C’est, d’après moi, pour cela qu’on paie pour les écouter et les voir se produire. Ce n’est pas seulement pour nous distraire. Certes, il y a eu ceux qui ont su répondre à cette définition. Je ne peux pas tous les citer ici, mais je vais vous parler de quelques uns de ceux que j’admire le plus.
Je commencerai par la personne qui m’a toujours le plus impressionné, tant de par son talent, de part sa notoriété que par son engagement dans une cause juste. C’est Miriam Makéba. Cette femme d’une beauté à couper le souffle, qui a connu le succès dès les années 50 avec son titre le plus connu, « Pata Pata », a vécu une enfance difficile avant de devenir celle qu’on appelait affectueusement « Mama Afrika » et qui sera, bien avant Nelson Mandela et les autres Peter Biko, le symbole de la lutte anti-apartheid dans, et au de-là de son Afrique du sud natale. Elle envoûtait, dans diverses langues, allant de l’anglais à l’espagnol, en passant par le français, sans compter toutes les langues africaines qu’elle pratiquait, tout son auditoire. Elle a longtemps vécu hors de son pays natal, et a obtenu les citoyennetés guinéenne, algérienne et française. Il faut dire que le régime sud-africain d’alors l’avait condamné à un exil qui durera 31 ans, pour être apparue dans une production anti-apartheid titrée « Come Back Africa ». Elle ne cessa pourtant pas de s’exprimer contre l’oppression noire sur sa terre natale, tout le long de son périple à travers le globe. J’ai le bonheur d’avoir en ma possession une véritable discographie de cette grande dame, et parfois, je tombe sur une piste sur laquelle elle parle plus qu’elle ne chante, dénonçant la triste situation dans laquelle se trouvait l’Afrique du Sud. Et je me dis toujours à cet instant : « ça, c’était vraiment une femme qui aimait son pays ! »




Il y en a un autre que j’admire presque autant que la grande Miriam, sur le continent. Il s’agit de M. Fela Anikulapo Kuti. Il y a tant à dire sur cet homme ! Chanteur, saxophoniste, chef d'orchestre et homme politique nigérian, Fela a connu plusieurs dictatures dans son pays, dès la sortie de la crise du Biafra. Tout au long de sa carrière, son œuvre musicale aura autant d'influence que son engagement politique, puisqu'il est le père de l'Afrobeat, un mélange entre les sonorités américaines que sont le Jazz et le Funk, et des rythmes populaires africains de son époque, le Highlife et le Ju-ju. C'est grâce à ce nouveau courant musical qu'il dénoncera la corruption, la dictature et l'emprise des multinationales dans son pays, à peine devenu grand producteur de pétrole. Son combat lui a valu plusieurs séjours en prison, sous divers régimes dictatoriaux. Mais Fela ne fit pas que de la dénonciation, puisqu'en 1979, celui qui se fait appeler « Black President » fonde le Mouvement of the People, parti politique à la tête duquel il promet de se présenter au élections présidentielles de 1983. Il n'ira pas jusqu'au bout de son engagement, puisqu'après une énième arrestation, son parti et sa branche culturelle, les Young African Pionners, seront interdits dès 1981. de tous les faits d'armes de ce fils d'une grande activiste nigériane, celui qui retient le plus mon attention est son boycott du Festival mondial des Arts Nègres, qui se tien en janvier 1977, à Lagos. Fela aura passé une grande partie de sa vie et de sa carrière à lutter contre les maux qui minent son pays, et laissera une trace indélébile dans l'histoire du Nigeria et de l'Afrique noire en général. Pour moi, lui et Miriam Makeba sont les deux plus grandes figures du militantisme dans la musique africaine. Ils ne sont pourtant pas les seuls, et feront de nombreux émules, au fil du temps.




Ces deux grands artistes ont laissé un lourd héritage que plusieurs artistes ont tenté, tant bien que mal, d'incarner après eux. Étrangement, ceux qui reflètent, pour moi, dans les générations suivantes, ce même engagement, sont des artistes d'un style de musique qui n'est devenu vraiment populaire qu'à partir des années 70. Il s'agit du reggae. Ce courant naturellement activiste a donné naissance à une multitude de porte-voix en Afrique, dont les derniers vrais représentants encore vivants sont les Ivoiriens Alpha Blondy et Tiken Jah Facoly. Ce que je trouve dommage, c'est que ces derniers ne soient plus juste que des dénonciateurs. En effet, leur combat ne s'arrête plus que sur le plan artistique, dans les paroles de leurs opus, dans quelques mouvements culturels, ou encore dans des titres collectifs qui portent des messages aussi nobles que la lutte contre le virus Ebola, par exemple. Il faut tout de même reconnaître qu'ils ne sont plus très jeunes...


En écoutant tous ces nouveaux styles de musiques qui ont émergés un peu partout sur le continent ces vingt dernières années, je peux citer en exemple le Ndombolo du Congo, le Coupé Décalé de Côte d'Ivoire, tous ces jeunes artistes nigérians et ghanéens qui ne cessent de faire l'apologie de la célébration et de l'amour fusionnel, j'en suis arrivé à me demander à quoi sert vraiment la musique actuellement, sur le continent. Le pire est que si la majeure partie des nouveaux courants musicaux du continent ne semblent pas trop s'intéresser aux réalités même que vivent les Africains, beaucoup participent plutôt à abrutir et dépraver nos jeunes frères et sœurs. Je ne citerai aucun de ces styles musicaux ici, pour ne pas donner l'impression de montrer certains du doigts, tant il y en a, mais j'aimerais tout de même faire remarquer une drôle de tendance actuelle. J'ai un ami qui fait de la musique. Il est rappeur. Il y a quelques années, lorsque je l'ai rencontré, il venait de sortir un album qui, en résumé, appelait au changement des mœurs et avait un regard critique sur les dirigeants africains. Chose que je trouvait assez bien. Or, il y a quelques mois, lorsque nous nous sommes revus, il avait changé de message. Aujourd'hui, ses titres ressemblent plus à ceux du rappeur Franco-Sénégalais Booba, qu'autre chose : des histoires d'argent,de pouvoir et de sexe... je lui ai subtilement demandé pourquoi ce revirement : « il faut bien suivre la tendance, car c'est ce qui se vend le mieux en ce moment ! », m'a-t-il répondu. Aïe ! Si même le rap, qui, à l'origine, est un mouvement culturel né d'une grosse crise politico-sociale dans le Bronx de la fin des années 70, ne sert plus à « réveiller les consciences », il ne me reste plus qu'à jeter ma discothèque...


Toutefois, depuis 2012, il y a une poignée d'artistes qui ont réussi à me redonner espoir dans la valeur militante de la musique. Ce ne sont, bien évidement, pas de grosses célébrités ou des grands noms connus de la musique africaine, mais plutôt des jeunes de ma génération, peu connus sur la scène internationale. Pourtant, en se servant de leur petite notoriété et leurs voix, ils ont réussi à chasser deux chefs d’États ! Je veux bien sûr parler du mouvement « Y en a marre », du Sénégal, et du « Balai citoyen », au Burkina Faso. Le premier est composé à sa naissance des rappeurs du groupe Keur Gui et des journalistes Cheick Fadel Barro et Alioune Sané. Ce mouvement de contestation pacifique, né à la suite des coupures intempestives d'électricité dans la capitale sénégalaise, a largement milité pour convaincre les jeunes de s'inscrire sur les listes électorales en vue des élections présidentielles de 2012, qui ont sonnées la fin de la présidence de Me Wade et ont permis au pays de passer à une transition démocratique, faisant du Sénégal un modèle en la matière, en Afrique noire francophone.



Le Balai citoyen, quant à lui, a été fondé dans le sillage de « Y en a marre », au pays des Hommes intègres, par deux jeunes artistes. Le rappeur Smokey et Sams K le Jah, qui fait du reggae. Ce mouvement, qui naît suite au désir du pouvoir en place de mettre en place un Sénat, grandit peu à peu jusqu'à jouer un rôle primordial dans le soulèvement à l'origine de la fuite du président Blaise Compaoré.


Ces deux mouvements, à eux seuls, suffisent à prouver qu'un vent nouveau souffle sur le continent. Le même que celui qui avait souffler à l'aube des indépendances africaines, et qui avait produit des hommes et des femmes comme Miriam Makeba, Fela Kuti, Tiken Jah Fakoly, Alpha Blondy ? Ce vent saura-t-il emporter vers le haut d'autres personnalités issus d'autres secteurs de la société que la musique, comme il éleva, à l'époque, des hommes de la trempe de kwame Nkrumah, Amilcar Cabral, Patrice Lumumba, Thomas Sankara, Nelson Mandela ? Seule l'histoire nous le dira... En attendant, je vous laisse méditer sur les paroles de ce titre de Bob Marley, un autre artiste noir dont le message, bien que peu écouté, a toujours eu une portée militante et éducative. Elles sont inspirées d'un discours de l'empereur Hailé Sélassié 1er à l'Assemblée Générale des Nations Unies. Espérons, comme l'avait dit Fela Kuti, de son temps, que cette fois si, on n'aura pas tord de penser que la musique est l'arme du futur,  pour lutter contre la pauvreté et l'injustice. Bonne fête de la musique à tous !



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