mercredi 24 décembre 2014

Les "enfants-fous"

     Bonjour les Êtres humains ! Cela fait cinq ans que je vis dans la ville de Dakar, au Sénégal, et au fil du temps, il y a quelque chose qui ne cesse de m’interpeller : c’est l’accroissement rapide du nombre des personnes souffrants de troubles mentaux, qu’on appelle communément « fous » dans les rues de la capitale sénégalaise. Ce qui me frappe le plus, c’est de voir que parmi ces laissés pour compte de la société, on remarque de plus en plus d’adolescentes, de jeunes hommes, et même des enfants, à peine sortis de la puberté.

   Il y a, par exemple, dans les environs de Dieupeul-Derklé, un quartier voisin du mien, que je fréquente beaucoup, une jeune femme à laquelle on donnerait facilement entre 17 et 19 ans. C’est une fille élancée, mince, avec une jolie petite tête aux cheveux tondus à ras, et un de ces sourires radieux spécifiques aux belles femmes à la peau cuivrée du pays de la Téranga. De temps à autres, elle arbore un air assez inquiétant, bien que je ne l’ai jamais vu agresser qui que ce soi. Mais, en général, lorsque je la croise, elle se balade toute souriante dans les artères du quartier. Sa physionomie de mannequin lui aurait surement valu l’attention de beaucoup d’hommes, n’eut été sa santé mentale. Ils sont nombreux comme elle dans les rues de Dakar. J’ai fini par constaté, en prêtant un peu plus attention à ces concitoyens assez particuliers, que ceux que je vois dans les environs de mon lieu d’habitation sont souvent sous la tutelle d’une famille qui est général la leur. Ce qui leur épargne les violences liées à la stigmatisation dont ils sont presque tout le temps victimes. Mais qu’en est-il de ces « enfants-fous » qui parcourent les grands axes de la ville, dorment sous les échangeurs, et se nourrissent dans les poubelles ? Ceux qui, visiblement, n’ont aucun parent pour prendre soin d’eux ?

   C’est la question que je me suis posé à l’élaboration de ce billet, et que je m’étais fixé pour objectif de tenter d’élucider. J’avais l’intention de me renseigner sur l’état actuel des choses, pour ce qui est de la gestion des enfants souffrants de troubles mentaux graves, en Afrique, en général, et au Sénégal, en particulier. Mais, il y a quelques jours, en rentrant de l’Université, je suis tombé sur une scène qui a provoqué en moi autant de colère que de profonde tristesse. Cela se passait aux environs de midi, au rond point du quartier Médina qui se situe juste à la sortie du Magasin Casino, ancien Score Sahm. Je me trouvais du coté de l’Hôpital …, et attendais de pouvoir traverser la route, juste en face de l’arrêt des cars dits « Rapid », qui vont vers Ouakam. Et là, prêt de ces véhicules, déambulait un garçon qui paraissait, à première vue, avoir entre 14 et 16 ans, selon sa physionomie. Il marchait d’un pas chancelant, tentant de se frayer un chemin entre les piétons, les chargeurs de cars (apprentis, qu’on les appelle), et les voitures. Il avait le regard perdu d’un enfant de quatre ans et ce sourire niais qui caractérise les personnes déficientes mentales. Son tee-shirt, dont il était impossible de deviner la couleur originelle, tant il était crasseux, était en grande partie trempé par la bave qui dégoulinait en permanence de sa bouche. Sa culotte, trop court pour quelqu’un de sa taille, n’était pas plus propre que le haut. Il trainait ses pieds nus et tous blancs à même le bitume. Son état était des plus pitoyables ! Mais ce qui m’a vraiment révolté, c’est le comportement qu’affichaient les gens autour de lui. La majorité des hommes qui attendait leur bus ou car lui lançait des regards remplis de mépris et de dégout. Les femmes, quand à elles, s’enfuyaient presque qu’en le voyant. Les lycéens et collégiens en uniformes qui passaient par là le montraient du doigt, comme une bête de foire, tandis que les apprentis lui hurlaient dessus à chaque fois qu’il tentait de s’appuyer sur un des véhicules pour ne pas perdre son équilibre déjà fragile. Je ne parle même pas de ceux qui crachaient à sa vue, ou lorsqu’il passait près d’eux. J’étais horrifié, écœuré de voir des êtres humains traiter ainsi un autre être humain, qui plus est, un adolescent.

   Cette scène n’est pas un fait isolé, encore que, cela ne lui retirerait en rien son importance, vu le nombre de personnes qui ont affiché une attitude aussi méprisante envers ce garçon. Je ne sais si c’est parce que je me sens très facilement affecté par la solitude que vivent ceux qui n’ont que la rue comme demeure, mais j’ai souvent tendance à prêter une attention particulière à ceux que l’on désigne comme  « fous », à chaque fois que j’en croise un, et aussi à la façon dont les personnes dites « normales », les traitent. Et je peux vous assurer que le constat est désolant : les personnes atteintes de maladies mentales sont généralement vues comme des « monstres », des « bêtes », en tous cas, des parias, par une grande partie de la société. Et lorsqu’on essaie de réfléchir sur les causes de cette stigmatisation systématique dont ils font l’objet, on se rend compte qu’elles sont liées, en grande partie, à des considérations culturelles d’un autre temps.

   Je ne sais pas pour ce qui est du Sénégal, n’ayant malheureusement pas encore eu l’occasion de discuter du sujet assez en profondeur avec mes actuels concitoyens pour en avoir une idée assez nette, mais je me souviens que dans mon pays d’origine, le Gabon, on a longtemps pensé (j’ignore malheureusement si ce n’est plus le cas), que les personnes dites « folles » l’étaient souvent parce qu’elles s’étaient adonnées à des pratiques ésotériques peu recommandées qui s’étaient retournées contre elles. D’autres pensaient que la folie était due à la possession du malade par un démon ou quelconque autre esprit malfaisant, ou encore que c’était le fruit d’une malédiction qui aurait été affligée à la famille du malade pour une faute commise par l’un des membres de celle-ci, dans un passé relativement lointain. Toutes ces considérations, vous en conviendrez avec moi, ne se basant sur aucun fondement médical, donc scientifique, n’ont pas lieu de se perpétuer en ce troisième millénaire ! Elles peuvent tout de même expliquer que l’on ait souvent tendance à se tenir à distance des malades mentaux. Mais la question que je me pose, en admettant l’éventualité que ces croyances soient vraies, c’est de savoir si le fait qu’on ait été « maudit », qu’on soit « possédé » ou qu’on subisse le retour de manivelle d’une « pratique de sorcellerie » fait en sorte qu’on ne soit plus humain ?

   Il m’est d’avis que si ce genre de comportements dégradants vis-à-vis des personnes souffrantes de maladies mentales existe toujours de nos jours, c’est en grande partie parce que leur état n’a pas été assez explicité à tout un chacun. Je me rappelle que pendant mon enfance, j’ai plusieurs fois été confronté directement à ces personnes marginalisées. Je me souviens de cet homme qui trainait dans les rues de Libreville, et dont la zone de prédilection se situait entre les quartiers Louis, Derrière la prison  et Trois-quartiers. Il avait une incroyable touffe de cheveux et avait bien la dégaine de celui qui avait « perdu la boule ». Un jour, en rentrant du centre de soins du quartier Louis (je ne devais pas avoir plus de sept ans), nous le croisâmes sur la route, ma mère et moi. Vous imaginez bien que je fus totalement apeuré ! Mais chose étrange, cet homme dont tout le monde autour de nous évitait soigneusement de croiser, tant la route que le regard, interpella ma mère en l’appelant par son nom de jeune fille. Il tenta tant bien que mal de tenir une conversation avec elle. Celle-ci ne dura pas très longtemps, et je ne compris pas un trait de ce dont ils parlaient (je ne pourrais d’ailleurs pas m’en souvenir), mais je fus surpris du calme dont fit preuve ma mère, et de la gentillesse avec laquelle elle le considéra. Elle m’expliqua plus tard qu’il s’agissait d’un ressortissant de son village natal. Ils avaient grandi ensemble, ce qui fait qu’il se souvenait encore bien d’elle. Elle s’efforça de me faire comprendre que ce n’était pas de sa faute s’il était dans cet état, qu’il était « malade », au sens clinique du terme. Cette expérience me servit beaucoup lorsque je découvris pour la première fois tantine Arlette, cette jeune cousine de mon père qui avait, elle aussi, « perdu la tête ». Elle connaissait à peu près les domiciles de tous ses cousins et pouvait ainsi débarquer quand bon lui semblait. A chaque fois que c’était le cas, elle avait droit à un copieux repas et une boisson gazeuse de son choix. Le résultat de ce traitement était qu’à chaque fois qu’elle croisait quelqu’un de la famille sur la route, elle lui adressait le plus grand respect. Si elle vous demandait de lui trouver quelques pièces, elle vous laissait tranquille dès lors que vous lui répondiez tranquillement que vous n’en aviez pas.

   Vous me direz surement que tout le monde n’a pas la même appréhension ou la même considération pour ces personnes que les membres de ma famille. Je vous le concède, mais alors, je voudrais savoir comment vous réagiriez si l’on crachait au passage d’une personne, parce qu’elle est diabétique, ou qu’elle est atteinte du VIH, du cancer, ou d’une quelconque autre maladie ? Parce que, quoi qu’on dise, quoi qu’on veuille bien croire, ces personnes sont avant tout malades ! On peut, c’est vrai, être indirectement à l’origine de sa maladie, et dans la plupart des cas, on l’est, de par notre hygiène de vie, de par nos comportements vis-à-vis des facteurs à risques. Mais qui, selon vous, est directement responsable de l’affection dont il peut souffrir ? Y a t-il une maladie sur cette terre, qui fait que ceux qui en sont affectés ne sont plus des êtres humains ? Qu’ils n’ont plus aucun droit, qu’ils méritent mépris, insultes et humiliations ?  Surtout si ce sont des enfants ou des adolescents ! Pensez-vous réellement qu’un enfant, quel que soit la maladie dont il peut être atteint, mérite d’être publiquement montré du doigt, comme une « chose » ? Quand on connait la fragilité des êtres humains à ces stades cruciaux de leur existence, malgré le fait qu’ils soient « normaux », bien portants, peut-on imaginer combien ils sont encore plus vulnérables à l’image que la société a d’eux ? À celle qu’elle leur colle comme un boulet, et qui les poursuivra tout au long de leur vie ?

Je salue les efforts qui ont été faits par tous, que ce soient les pouvoirs publics, la société et tous ceux qui la composent, pour que les malades du Sida soient moins stigmatisés, quand on sait le traitement qui leur était réservé par leurs concitoyens aux débuts de cette affreuse épidémie. Il est même étonnant de voir qu’aujourd’hui, les personnes souffrant de cette maladie sont beaucoup moins marginalisées et stigmatisées que celles présentant un handicap physique, bien que de ce côté-là aussi, l’on ait noté des améliorations globales. Toutes ces campagnes pour sensibiliser les populations sur le comportement à adopter face à ceux souffrants de ces deux types d’affections sont louables et doivent être continuellement renouvelées. Mais pour ce qui est de celles atteintes de déficiences mentales ? Doit-on vraiment continuer à les traiter comme les seules responsables de leurs affections ? D’autant plus que si elles ont « perdu l’esprit », je me demande comment elles pourraient remédier, d’elles-mêmes, à leur sort ! Finalement, ne serions-nous pas les vrais fous, à croire qu’un être humain, vivant, ne fait plus partie de l’Humanité et n’a plus droit au respect, à l’amour, à l’attention, et à tout ce à quoi chacun de nous aspire au fond de lui ? je voudrais tenter de croire que non, et de ce pas, je vais adresser une prière à Sainte Dympa, patronne des fous, pour que l’homme ne voit plus l’autre comme un « fou », mais comme un autre homme, qui est souffrant, mais qui reste bien un Etre humain !

    A vous, par contre, j’aimerais adresser celle-ci : je vous supplie de faire l’effort de ne plus voir en ces enfants malades des « fous », de les considérer en pensant que cela aurait pu être vous, ou votre enfant, et surtout, d’expliquer à ce dernier, à votre fils, votre fille, votre neveu, votre nièce, vos petits-enfants, vos élèves, etc.  que ce ne sont autres choses que des ENFANTS, et qu’ils doivent être traités comme tels ! 

dimanche 14 décembre 2014

Un avion en vadrouille dans les rues de la Capitale Gabonaise !

   Bonjour les Êtres humains ! Les choses de mon pays d’origine, le Gabon, ne cesseront jamais de me surprendre…

   Ce samedi 13 décembre 2014, en parcourant le fil d’actualités de ma page Facebook, je suis tombé sur une publication étrange et ahurissante : il s’agissait d’une photo montrant un avion de type gros porteur (visiblement un Boeing 737) des « Forces Aériennes Gabonaises », en plein milieu de la route, quelque part dans la capitale du pays, Libreville. J’ai voulu en avoir le cœur net et me suis donc lancé à la recherches d’informations expliquant ce drôle de fait.





   Je me suis d’abord intéressé aux commentaires laissés par les uns et les autres sur cette publication. Beaucoup parlaient, ou du moins, croyaient qu’il s’agissait d’un appareil qui se serait craché. Quelques heures plus tard, certaines personnes ont pu apporter un début d’éclaircissement : selon eux, l’appareil actuellement en panne, devait, en fait, être acheminé de l’aéroport de Libreville, vers le port situé dans la commune d’Owendo, où il devait être embarqué sur un navire, en partance pour les USA. C’est là-bas qu’il doit être réparé.

   Cette information a été confirmée ce dimanche 14 décembre dans un article publié sur le site d’informations locales Gabonews, entre autres. Cet article, qui relate un résumé du déroulement de l’opération, nous apprend qu’aux environs de sept heures du matin, l’appareil aurait été vu en plein milieu de la route, vers la commune d’Owendo. Selon le rédacteur de l’article, il aurait surement chuté du camion qui le transportait. Bon, déjà, je me demande quel est ce camion capable de contenir un avion gros porteur. Mais passons.

   Les quelques illustrations qu’on peut voir de l’appareil sur la toile le montrent, un peu plus tard, visiblement coincé sous un de ces échangeurs qui ont été récemment érigés dans Libreville.




   Alors, Engo, moi, je commence à me poser des questions : la toute première est de savoir qui était responsable de cette opération. Parce que, je me dis quand même qu’elle ne peut pas avoir été confiée à un simple militaire, mais probablement à quelqu’un qui a des compétences avérées en logistique, car c’est bien d’un exercice de ce type dont il s’agissait ici. Comment se fait-il que cet appareil, confié, j’ose le croire, à des mains expertes, commence par endommagé un mur, selon les dires des témoins, non loin de l’aéroport, et se retrouve ensuite encastré sous un échangeur ? Ceux qui ont préparé cette opération n’ont-il pas pris en compte l’envergure de l’avion, les dimensions de la route qu’ils allaient emprunter, ainsi que la hauteur maximale permise par les dits échangeurs ?

   La deuxième question qui m’est venue à l’esprit m’a été suscitée par les quelques vidéos montrant l’appareil dans les rues de la ville, postées sur Facebook par quelques amateurs (malheureusement, je n’ai pas pu me les procurer et les partager avec vous). Sur ces vidéos, on constate le grand étonnement des populations devant cet étrange spectacle. Alors, je me demande comment une opération pareille a pu être réparée et amorcée sans préalablement avertir les populations ? Parce que si les gens sont si surpris, il est certain que c’est parce qu’ils n’ont pas été avertis. Donc, il n’y a pas eu d’informations annonçant la manœuvre aux citoyens de Libreville ? Pas de communiqué de presse, pas de note dans le journal l’Union, rien ? Cette interrogation n’est pas fortuite, parce que j’imagine bien que l’opération, qui a duré toute la nuit et qui n’était pas encore achevée après le levé du jour, a bien dû perturber le trafic sur les axes empruntés par le convoi.

   Ce qui me surprend le plus, c’est la façon dont les médias locaux ont relayé l’information, et en particulier la chaîne de télévision nationale, Gabon télévision : pas de reportage, aucune annonce sur les rasions de cette opération, ni sur le déroulement de celle-ci, et encore mois sur son issue ! Le présentateur du journal de 20H du samedi 13 décembre s’est contenté d’évoquer le fait, comme s’il ne méritait pas qu’on s’y attarde. Et de la part des « Forces aériennes Gabonaises », des forces nationales de défense, du ministère en charge de la défense, silence de fond de recoin de cimetière !  Comme si, en réalité, personne n’avait rien à dire là-dessus ! Comme s’il n’y avait, à vrai dire, aucun responsable de cette opération ! Moi, je me suis alors demandé : si, lorsque cet avion était coincé sous l’échangeur et perturbait la circulation, un élève en route par taxi vers son établissement, où il devait passer une importante évaluation, la manquait, ou plus grave encore, un automobiliste transportant un blessé grave en urgence à l’hôpital, voyait ce dernier perdre la vie, à cause de ce désagrément, à qui auraient-ils demandé des comptes ?

   Je crois que, autant pour un projet personnel, une opération d’une si grande envergure que pour un projet de portée nationale, la planification, l'organisation, la rigueur, et surtout, la communication, sont les clés de la réussite. Il serait temps que tout un chacun sache en faire preuve, pour le bien de tous !

vendredi 12 décembre 2014

La valeur de la parole donnée!



   Bonjour les Êtres humains ! Il y a quelques mois, je regardais l’émission « Le grand rendez-vous » sur la chaîne sénégalaise 2sTV, dans laquelle officie l’activiste Kemi Séba en tant que chroniqueur. Durant une de ses interventions, il a soulevé un point qui m’a titillé. Il disait que l’une des grandes caractéristiques du peuple américain est le respect de la parole donnée. Selon lui, aux pays de l’Oncle Sam, lorsque quelqu’un vous dit : « dans trois heures, je serai chez toi », ou encore qu’il vous emprunte de l’argent et vous promet de vous le rendre dans dix jours, vous pouvez être certain qu’il le fera. Il faisait ainsi une comparaison avec les Africains qui passent leur temps à faire des promesses, soit pour se débarrasser de ceux à qui ils les adressent, soit pour gagner du temps et se plier à leurs obligations quand bon leur semblera. Bon, moi, Engo, je ne connais pas les Américains, mais les Africains, je peux vous dire que je les connais très bien ! Et je me demande comment et pourquoi ils se comportent, pour une grande part, de la sorte.

   Déjà, il y a une chose qu’il ne faut pas oublier : l’Africain, dans son histoire, a toujours accordé une grande place à l’engagement verbal. Ce qui est tout à fait normal, l’écriture n’ayant  été découverte et répandue sur le continent que très tardivement. Nos ancêtres, il y a une dizaine de générations, devaient bien avoir un moyen de signer les divers et multiples contrats qui les liaient chaque jour les uns aux autres.  Si quelqu’un voulait engager un cultivateur pour s’occuper de ses champs, en contre partie d’une rémunération (souvent en nature), par exemple, ne lui faisait pas signer un papier sur lequel avaient été consigné les closes de leur tractation ! Il n’y avait que la parole donnée qui importait. Quand, dans les confins des forêts tropicales, où vivaient mes aïeux, ces derniers voulaient se donner rendez-vous, ils n’avaient, ni agenda, ni réseau internet ou encore  l’un de ces autres moyens d’extensions du cerveau humain que sont les Smartphones ! Ils n’avaient que leur parole ! Si Mba promettait à Ondo qu’il passerait chez lui dans trois lunes pour lui demander officiellement la main de sa fille, il avait grand intérêt à être sur place dans trois lunes, au risque de passer pour un homme « sans parole ». Comment aurait-il pu garantir à Ondo qu’il allait bien prendre soin de sa fille, s’il n’était même pas capable de respecter un simple rendez-vous ?

   Ainsi donc, il y a u peu plus de cent ans encore, nous respections la valeur de la parole donnée comme le code d’honneur du peuple Japonais : elle était plus qu’un engagement. C’était la preuve de notre propre valeur et elle définissait, en quelque sorte, notre place dans la société. C’était elle qui faisait de vous un homme respectable et respecté, quand vous saviez la tenir, ou qui vous rabaissait au même niveau qu’un simple enfant, ou même moins, lorsque vous étiez connu comme quelqu’un qui ne sait pas « tenir parole ».

   Mais l’arrivée des colons, avec ses règles et ses propres critères sociaux, a commencé à changer l’Africain et ses meurs. C’est ainsi que les choses ont commencé à dégringoler. Les hommes ont commencé à oublier le sens et l’importance de la parole donnée, juste pour pouvoir assouvir le vice le plus pernicieux de notre époque : amasser de l’argent, encore plus d’argent ! Avec l’évolution du monde, et surtout l’avancée des technologies, il est devenu de plus en plus facile et de moins en moins coûteux sur le plan moral, de ne pas respecter ses paroles. Il suffit de voir combien de gens autour de vous disent, sans aucun scrupule, à leur épouse, ou à quelqu’un avec qui ils ont rendez-vous : « je suis juste là, à quelques pas du lieu de notre rendez-vous ! », au lieu qu’ils se trouvent à des kilomètres de là, avec on ne sait qui, en train de faire on ne sait quoi !

   Et il n’y pas que dans la vie conjugale, ou dans les rapports humains les plus simples que l’on retrouve ce phénomène. Il gangrène notre société à tous les niveaux de celle-ci ! Prenez un exemple simple, celui de la situation rocambolesque dans laquelle je me trouve en ce moment : le propriétaire de la demeure que j’habite actuellement, je ne sais pour quelle raison, n’a pas pu solder la dernière facture d’eau (déjà, c’est juste de la folie pure de relier tout un immeuble, avec plus d’une douzaine de locataires, à un seul compteur, mais passons…). Bien évidement, les agents de la société de distribution d’eau sont passés pour couper l’alimentation du bâtiment. Et cela a eu lieu, il y a maintenant trois semaines. Bon, on peut encore supporter la situation. Il peut bien arriver à tout le monde de se retrouver sans eau pour cause d’impayés. Nous ne sommes, ni les premiers, ni les derniers à vivre cela. Ce qui me dépasse, c’est qu’au bout de la première semaine, lorsque nous avons discuté avec le bayeur qui gère toutes les locations de l’immeuble, celui-ci nous a expliqué que l’affaire était en cours de règlement. Que ce n’était plus qu’une histoire de quelques transactions bancaires, et que la situation reviendrait à la normale sous 48h. Une semaine après, pas d’évolution ! Lorsque nous rencontrons le quidam, il nous fait comprendre, cette fois, qu’il ne s’agit plus que d’une affaire d’heures, les agents de la société de distribution d’eau étant quelques fois lents dans leurs activités. Cela fait maintenant une semaine de plus que nous n’avons pas vu une goutte d’eau tomber d’un robinet dans tout l’immeuble. Je n’ai pas besoin de préciser que, la fin du mois étant encore toute proche, il a déjà encaissé l’argent du loyer, ce qui ne l’empêche pas de continuer à nous raconter des histoires !   

   Ce qui me désole le plus dans cette affaire, c’est de voir que ce sont des pères de familles, des hommes de pas moins de quarante-cinq ans, qui passent devant tous leurs amis, parents et proches pour des hommes sérieux et intègres qui se comportent ainsi ! Et le pire, c’est qu’il n’y pas qu’eux qui le font ! Il suffit de regarder le comportement de certains chefs de partis politiques, à l’approche de quelques élections : ils gavent les populations de promesses à n’en plus finir ! Et de futures avancées dans tels domaines, et de prochaines améliorations dans d’autres ! Parfois même, ceux qui défendent leurs postes vont jusqu’à amorcer la réalisation de quelques projets. Mais, en général, ceux-ci tombent dans les abîmes de l’oubli dès qu’ils ont obtenu les suffrages qu’ils désiraient. C’est comme cela que, par exemple, dans les grandes capitales, un peu partout en Afrique, à l’approche des élections municipales, on voit souvent apparaître, comme par magie, des engins qui raclent un bout de terre, soit disant pour rénover les artères semblables à des pistes d’éléphants, qu’on finira par ignorer dès les trois premiers mois à la tête de la mairie.  Le pire, c’est que même ceux qui briguent la magistrature suprême sont touchés du même syndrome : combien de fois n’a-t-on pas entendu des candidats aux élections présidentielles vantez les mérites de projets de développement dont ils  s’empressent de revoir l’ampleur à la baisse, une fois assis sur leur trône ? Et là encore, c’est quand ils ne les jettent pas tout simplement aux oubliettes ! Aujourd’hui, on vous promet dix mille logements sur cinq ans, et demain on ne vous parle plus que de deux mille. Là, on vous appâte avec une couverture maladie universelle qui finalement ne voit jamais le jour ! Les exemples sont légions, et mes sœurs et frères qui vivent sur ce continent où des présidents de la République peuvent se permettre de se « dédire », peuvent vous en apporter des centaines à la pelle ! Finalement, tout le monde se comporte à l’image de ces dirigeants. « Traite les serments imprudemment et ton peuple en fera de même », disait quelqu’un…  




   Pour ma part, je crois qu’il faudrait vraiment que chacun de nous prenne le temps de bien réfléchir aux moyens et à la possibilité qu’il a de réaliser ce qu’il prend comme engagement, même si ce n’est que verbalement. Si chacun de nous, chaque jour de sa vie, s’astreignait à respecter au moins un, juste un seul de ses engagements, une seule de milliards de promesses qu’il est capable de faire en vingt-quatre heures, juste une seule, chacun à son niveau, je crois bien qu’on aurait moins de raisons de se plaindre les uns des autres. Et surtout, avant de faire une promesse que vous ne pouvez pas tenir, si vous vous mettiez à la place de la personne à qui vous la faite ? Si vous vous demandiez comment vous, vous sentiriez si l’on vous faisait une telle promesse et qu’on ne la tenait pas ? Essayons au moins d’envisager les choses sous cet autre angle, et on verra bien ce que cela donnera. Parce que, quelque part, c’est cela, « aimer son prochain comme soi-même » : c’est savoir se mettre à la place de l’autre ! À bon entendeur…   

dimanche 7 décembre 2014

Journée mondiale de lutte contre le SIDA 2014: la jeunesse volontairement mise en danger!




   Bonjour les Êtres humains ! La semaine qui vient de s’achever a été marquée par un événement qui m’a particulièrement interpellé, parce qu’étant lié à une partie de ma vie. Il s’agissait de la journée mondiale de lutte contre le Sida.



   Bon, juste une petite parenthèse en passant : j’aimerais bien savoir qui, assis dans son bureau, signe le papier qui officialise une Journée Mondiale, parce que, en y regardant de plus près, j’ai l’impression qu’il y en a pour tout un tas de choses. Et il y en a tellement qu’on finit par se demander si les 365 jours de l’an sont suffisants pour les célébrer! En tout cas, il faudrait que l’on me dise comment et pourquoi, en réalité, on instaure ces journées, d’autant plus qu’en général, à part les gens qui se sentent concernés de près, qui sont vraiment impliqués par le thème retenu, peu s’y intéressent. D'ailleurs, autour de moi, je constate que la majeure partie des gens les ignorent totalement !

   Ceci dit, revenons à cette fameuse journée de lutte contre le virus du siècle, que dis-je ! Du millénaire ! Ici à Dakar, et j’imagine que près de chez vous aussi, elle n’est pas passée inaperçue. Dans toute la capitale sénégalaise, qui se réveillait encore aux rythmes d’une gueule de bois francophone (le XVème sommet de la Francophonie ayant pris fin la veille), les dispositions liées à la journée officielle avaient déjà été prise : programmes d’informations et de sensibilisation audiovisuels, radiophoniques et dans la presse écrite, un large éventail de manifestations organisés dans toute la ville, dans les hôpitaux (par exemple, l’inauguration du centre de prise en charge intégrée des addictions de Dakar, au centre hospitalier universitaire de Fann, par Mme le ministre de la santé), dans les centres de conférences, avec notamment une rencontre de tous les acteurs étatiques, non-gouvernementaux et internationaux à l’hôtel King Fahd Palace, sous le thème : « élimination de la transmission mère-enfant (éTME) : état des lieux et perspectives post 2015 », ou encore une journée de sensibilisation sur le Sida au Lycée Jean Mermoz, pour ne citer que ceux-là. Pour ma part, j’étais tellement pris par d’autres obligations que je n’ai franchement pas eu le temps de participer, ou du moins, d’assister à un seul de ces événements. Qu’à cela ne tienne, le sujet ne m’a pas laissé indifférent.
   En rentrant chez moi le soir, et en regardant les résumés de toutes ces manifestations au journal de 20H, je me suis dit qu’il fallait au moins que je me documente un peu sur ce fléau qui, quelques fois, me sort complètement de l’esprit. Et là, je me suis rendu compte d’une chose : moi qui suis né au début des années 80, j’ai presque totalement vécu toute l’évolution de cette épidémie, depuis sa première détection au USA, dans la communauté homosexuelle, en 1981 (bon, c’est vrai que je n’étais pas encore né), en passant par l’identification du virus (VIH), l’année de ma naissance, jusqu’à maintenant . On peut dire que, je fais parti d’une sorte de « Génération Sida » !

  La première question qui m’est venue à l’esprit est toute simple : comment ce virus, que l’on découvre dans les villes de New York et Los Angeles, en 1981, devient-il la cause d’une si vaste épidémie, moins de cinq ans plus tard, en Afrique noire ? Il faudra qu’on nous apporte une réponse claire à cette interrogation.

   En tout cas, je me souviens encore de mes premiers contacts avec la maladie : cela devait être dans es années 90-92. C’était un de mes voisins, le père d’une amie, qui était tombé gravement malade, quelques temps après son épouse. Cette dernière était devenue complètement méconnaissable, et l’on nous disait, à nous qui étions encore à l’école primaire, qu’elle souffrait de la tuberculose. Ce n’est que quelques années plus tard que nous saurons qu’ils sont tous les deux décédés du Sida. Je me souviens encore de la psychose qui s’était alors emparée de nos parents. Je me souviens surtout qu’à cette époque, cette maladie était qualifiée de honteuse du fait qu’elle se transmet principalement par voie sexuelle.  
   Ce qui me reviens le plus à l’esprit, c’est l’image des quelques membres de ma famille qui l’ont contracté. Ces flashs m’arrachent toujours une larme aujourd’hui, bien que certains soient bien portants en ce moment. Ce qui me fait tout de même plaisir, c’est le fait de voir mes tantes, à l’heure actuelle, aussi physiologiquement bien constituées que vous et moi. Je finis par me dire que les mesures prises par les gouvernements, avec le concours des Nations Unies, pour ralentir l’avancée de cette épidémie, ont tout de même été efficaces, même si les chiffres actuels (que vous pourrez consulter sur le site de l’ONUSIDA : http://www.unaids.org/fr) montrent qu’il reste encore beaucoup à faire.

   Il faut, tout d’abord, souligner que le Gabon, à l’instar de la majeure partie des pays membres de l’ONU, s’est pleinement engagé dans la riposte à l’épidémie de VIH/Sida, en adoptant un grand nombre de mesures et d’initiatives en vue de la réalisation du sixième objectif du millénaire pour le développement qui est de stopper et commencer à renverser l’épidémie d’ici à 2015. Les campagnes de sensibilisations sur les modes de transmission du virus, les moyens de s’en protéger et les attitudes à adopter, tant par l’Etat, les personnes infectées que par leur entourage et tous les citoyens, ne manquent pas. La gratuité du traitement ARV (antirétroviral) et du dépistage, la gratuité de la prise en charge des femmes enceintes séropositives, la prise en charge des bilans biologiques et l’augmentation généralisée des ressources allouées          à la lutte contre le VIH/Sida prouvent à suffisance que la volonté est ce qui manque le moins. Mais qu’en est-il de l’adaptation des mentalités, tant des malades que des bien portants, face à ce fléau ?
   Rappelons aussi que, le Gabon, c’est un taux de prévalence du VIH de 4,1% en 2012, avec 5,8% de séroprévalence chez les femmes, contre 2,2% pour les hommes. Ces données, issues du Rapport National du Ministère de la santé sur la réponse au VIH/Sida en 2013 (également disponible sur le site de l’ONUSIDA, sur la page consacrée au Gabon) nous apprennent aussi que, sur les dix zones étudiées (les neuf provinces du pays, plus les villes de Libreville et Port-Gentil, rassemblées en une zone distincte), il n’y a que quatre dans lesquelles le taux de prévalence est inférieur à la moyenne nationale, traduisant ainsi une épidémie de type généralisée sur l’ensemble du territoire national.  

   En écrivant ce billet, j’étais un peu distrait par une conversation que je tenais avec mon oncle, fraîchement débarqué à Dakar pour un stage, et qui travaille pour le ministère de la santé du Gabon, dans le domaine de la santé public. Cette digression m’a tout de même permis d’apprendre une chose épouvantable, que je ne peux vraiment pas passer sous silence : il existe encore, dans mon pays d’origine, en 2014 et malgré toutes les avancées qui ont été faite dans cette lutte, des gens qui se permettent de propager volontairement le virus, qui plus est, à des enfants. Mon oncle me relate ainsi le comportement d’un de ses supérieurs hiérarchiques. Il m’explique que la secrétaire de cet homme n’a cessé, depuis des mois, de lui faire part du défilé de fillettes en uniformes des lycées et collèges de la ville d’Oyem (province du Woleu-Ntem, dans le nord du pays) dans le bureau de son patron. Les adolescentes, qui doivent, pour la plupart, être entre la classe de sixième et celle de quatrième, étaient soupçonnées de coucher avec le quidam, pour quelques billets de banque. Un jour, la secrétaire, exaspérée par les agissements de son patron et l’indifférence de mon oncle, vint le voir et lui avoua que le monsieur est atteint du VIH. Mon oncle fut bien évidement choqué de cette nouvelle qu’il alla partager avec son épouse. Cette dernière lui fit comprendre que dans le service dans lequel elle travaille, il y a des hommes, dont l’état sérologique est connu de tous, qui ne cachent pas qu’ils ont un fort penchant pour les adolescentes incrédules. Quelques discussions avec d’autres habitants de la capitale provinciale de la province lui apprendront que ces hommes se sont regroupés en une sorte de réseau, embarquant les jeunes filles pour des weekends, de l’autre côté de la frontière, dans les villes les plus proches du Cameroun voisin. Là-bas, après avoir terminé leurs besognes avec les fillettes, ils racontent eux-mêmes qu’ils leurs refilent vingt ou trente milles francs Cfa (un peu moins de cinquante euros) pour quelles fassent quelques emplettes, avant de les ramener à Oyem. Mon oncle m’assure d’ailleurs que son collaborateur, ayant transmis le VIH à une jeune femme, étudiante à l’UOB (Université Omar Bongo, située à Libreville), dont les parents ont appris l’état de santé, a été contraint de l’épouser. Elle vit dans la capitale du pays, ce qui lui permet de continuer ses agissements en toute tranquillité.

   Quand on connait les difficultés que rencontrent les jeunes dans les provinces, surtout dans celle du Woleu-Ntem, dont je suis originaire, on ne s’étonne pas que des enfants, toutes naïves, soient prêtes à se donner à un homme, pour peu qu’il leur offre de l’argent. On ne s’étonne pas, non plus, que le taux de prévalence dans cette région du pays soit de 7,2%, bien au-dessus de la moyenne nationale. Surtout que, dans un pays où le pourcentage des jeunes de 15 à 24 ans qui ont eu un rapport sexuel avant l’âge de 15 ans est de 21,9% (en 2012), celui des personnes de 15 à 49 ans ayant eu un rapport sexuel avec plus d’un partenaire au cours des douze deniers mois étant de 17,2%, il est très courant que ces jeunes filles, non contentes de coucher avec des hommes plus âgés pour de l’argent, aient un petit-ami au lycée ou dans leur  quartier.

   Ce qui est le plus triste, c’est que, dans ce réseau, on retrouve, non seulement, de hauts responsables de la santé public, qui devraient, en principe, montrer l’exemple pour ce qui est de la lutte contre l’expansion de l’épidémie du VIH/Sida, mais on y retrouve aussi de hauts fonctionnaires de la République, qui jouissent d’une totale impunité. Il n’est donc pas question pour les victimes de les attaquer en justice, au risque faire l’objet, physiquement ou socialement, de leur courroux ; si toutefois, la législation en vigueur permet de sanctionner ce genre de faits déplorables. 

   Alors, moi, Engo, je me pose la question : si ce sont ceux qui doivent protéger les enfants de mon pays contre cette terrible maladie qu’est le Sida, qui décident, par perversion perfide, de les contaminer, qui les défendra ? Qui donc ?      

   Une chose est sûre, pour l’atteinte du sixième objectif du millénaire pour le développement au Gabon, pour 2015, c’est raté !




lundi 1 décembre 2014

Les choses de la Francophonie!

Engo avec les choses de l'Afrique !

Bonjour les Êtres humains. Vous le savez peut-être, ou pas, ces derniers jours ont été marqué par les festivités du XVème sommet de la Francophonie qui s'est tenu ce week-end (les 29 et 30 Novembre 2014), ici à Dakar. Il n'est point nécessaire ici d'écrire quoi que soit sur cette remarquable institution. Tout a déjà assez dit et redit sur le sujet, et les informations à son propos ne maquent pas, loin de là !

Le fait est juste que j'en ai eu un peu ras la calebasse, moi, de la Francophonie ! Ce n'est pas que je sois contre cette respectable organisation qui prône le partage de la langue dans laquelle j'ai tout appris et par laquelle j'ai l'immense chance de pouvoir m'exprimer et être entendu et peut-être compris, quelque part dans le monde. C'est l’événement du XVème sommet de la Francophonie et et tout le cérémonial qui l'entoure qui me turlupinent, quoi !

Déjà, côté communication, ils n'y sont pas allé par le dos de la cuillère, les organisateurs ! Et de géants panneaux annonciateurs, des mois avant la date prévue ! Et les décorations urbaines les plus bluffantes six jours avant ! Je ne parle même pas des moyens matériels mobilisés : une couverture audiovisuelle dignes des présidentielles américaines, des mesures de sécurité plus qu'exceptionnelles déployées pour l'occasion ! Pour le reste, on peut dire que le Sénégal a encore su faire montre de son légendaire sens de l'hospitalité !

Bon, en même temps, les journaux télévisés qui radotent les mêmes infos depuis cinq jours, ça commence à ennuyer... Jusqu'ici, je suis les programmes dédiés un peu de loin, comme si je regardais la Coupe du monde de football ou les Jeux Olympiques : c'est juste une grande rencontre mondiale qui n'affecte pas directement mon existence présente. Ma première vraie confrontation directe avec l'impact de ce grand sommet sur la vie de mes concitoyens, les Dakarois, qui s'est produite ce vendredi 28 Novembre 2014, m'a donné un plan différent pour appréhender cette grande fête et son influence, non seulement sur moi, mais aussi sur les populations du pays qui l’accueille cette année.

La date du 28 Novembre est d'abord pour moi, celle à laquelle devait arriver sur Dakar un de mes jeunes oncles qui vient pour un stage. En ce jour de veille d'ouverture officielle du quinzième sommet de la Francophonie, depuis le matin, il est bien difficile de passez dix minutes sans entendre, voir ou lire quelque chose en rapport avec le grand événement à venir. La ville entière, du moins, ses grands édifices et grandes places, ainsi que les lieux majeurs de la culture, accueillent diverses animations, conférences, spectacles de musique, et tant d'autres choses encore. Au niveau du tout nouveau Grand Théâtre, un village de la Francophonie a même été érigé ! Et ce n'est que la partie visible de l'Iceberg, quand on pense que tout le flambant neuf Centre International des Conférences de Diamniadio (CICD) a été pour la première fois mis à contribution pour cet événement.



Alors, Engo, quel est ton problème avec ce sommet ? En quoi il te dérange ? Et bien, moi, toute au long de cette fameuse journée du 28 novembre, je me suis demandé : qu'en pense réellement le Sénégalais lambda ? Le récit de cette journée vous fera peut-être entrevoir la réponse que j'en ai tiré...

Déjà, la journée commence très tôt pour moi : levé à cinq heures et demie, vers six heures, mon ventre commence à réclamer sa part (je sais, c'est un peu tôt, mais ventre affamé n'a point d'heure!). Je décide de me rendre à la boulangerie la plus proche, qui appartient à une grande chaîne souvent plébiscitée par ses clients, la classant parmi les plus accueillantes et où le respect du client est une règle d'or. J'arrive devant une vendeuse :

_ Bonjour Madame, je voudrais une baguette s'il vous plaît.

_ Un instant, Monsieur, mon collègue va venir vous servir.

Elle s'en va et un jeune homme chauve se pointe devant moi. Il commence à s'exprimer en Wolof. Bon, je comprends quand même un peu l'idiome, mais je ne suis pas un bon pratiquant. Et d'ailleurs, j'ai faim, il fait froid, ce n'est vraiment pas le bon moment pour les révisions linguistiques. «  Bonjour Monsieur, je voudrais une baguette » Je tends en même temps le billet de mille francs cfa que j'ai. Le type me regarde d'un drôle d'air, puis me répond d'un ton un peu nerveux, toujours en Wolof. « Monsieur, je ne comprends pas ce que vous dites. Moi je voudrais juste une baguette ». Là, il s'énerve et me lance sur un ton méprisant un « Y a pas de monnaie ! ». Bon, sur le coup, je me dis : soit il a mal dormi, soit il a du mal avec le français. Dans le premier cas, ce n'est pas la peine de venir au boulot pourrir la journée de tes clients si tu es de mauvaise humeur. Le second cas ne me semble pas envisageable, compte tenu du grand nombre d'occidentaux, de ''Toubabs'' comme on dit ici, qui viennent tous les jours faire leurs courses dans cette boulangerie. Là, déjà, j'ai envie de lui demander à lui, vivant dans un pays francophone, pays qui fut, rappelons-le, la plus ancienne colonie française d'Afrique, et qui, de surcroît, reçoit un événement comme le sommet de la Francophonie, s'il ne se sent pas un peu bête d'être agaçant et de se montrer discourtois envers certains de ces clients parce que ceux-ci préfèrent s'exprimer en Français plutôt qu'en Wolof. Bon, il n'est que six heures, me dis-je. Il y en a qui ont le réveil difficile... je préfère m'en aller. J'irai à la boutique du coin, où je sais que je suis contraint de supporter le wolof, les boutiquiers étant très souvent mal à l'aise avec la langue de Molière.

Depuis le levé du jour, je surveille l'heure à laquelle le vol de mon parent doit débarquer : 14h00. Entre temps, j'ai eu le temps de suivre quelques nouvelles à la télévision, en compagnie de ma voisine Bintou. Bien évidemment, le sujet principal tourne autour du sommet. On nous retransmet en direct, sur la chaîne nationale, les activités au CICD ou à d'autres endroits, où, curieusement, on ne voit que très peu d'Africains ! Les arrivées des chefs d’États et de gouvernements, ou quelques reportages historiques sur les grands hommes du Sénégal qui ont marqué d'une solide empreinte l'évolution de la grande institution, défilent sur le petit écran : revue des faits et paroles du poète-président : Léopold Sédar Senghor, énoncé de toutes les avancées engagées dans le fonctionnement de la gigantesque organisation par l'autre ancien grand président du pays de la Téranga, Abdou Diouf.

_ Au fait, Bintou, que penses-tu du président Diouf ?

_ Lui ? Il a beaucoup travaillé pour la Francophonie, et tout le monde sait que c'est quelqu'un de très rigoureux, mais, franchement, en près de vingt ans au pouvoir, il n'a pas fait grand-chose pour le pays !

Bon, ceci peut être son avis à elle, qui ne reflète pas forcément celui de la majorité des Sénégalais. En tous cas, ce n'est pas celui des journalistes qui n'ont pas fini d'encenser l'homme.

Il est bientôt quatorze heure. Il serait temps que j'aille attendre mon oncle à l'aéroport. Je me réjouis déjà à l'idée du spectacle de grande ferveur auquel je vais assister dans les rues de la ville. Bien grande sera ma déception de voir que la majorité de mes concitoyens ont l'air bien plus préoccupés par leurs soucis quotidiens que par la grande cérémonie qui se déroule dans leurs murs : dans les rues, à part les panneaux géants et les drapeaux qui flottent un peu partout, rien ne semble faire croire que c'est dans cette ville qu'a lieu ce grand sommet. Dans le taxi qui me conduis à l'aéroport, je veux bien participer à la fête à ma façon : je m'amuse à deviner les pays auxquels appartiennent les étendards que nous dépassons. Le taximan, un peu agacé, me jette des coups d’œil étranges! Il doit sûrement me prendre pour un de ces touristes à l'humeur bonne enfant. À la radio, les débats vont bon train sur le Sénégal dans la Francophonie : tel intervenant se demande si ce grand événement n'est pas une sorte de pied de nez que fait le président Macky Sall à son prédécesseur, Me Abdoulaye Wade, en organisant ce qui semble, pour lui, être des noces en l'honneur de celui qui fut longtemps leur adversaire commun. Tel autre déclare que, de toutes les façons, la Francophonie n'est qu'un autre visage de la Françafrique, et que les Africains gagneraient plus à s'en détacher, et promouvoir la montée des langues locales au rang de langue nationale et professionnelle, plutôt que de continuer à se laisser dicter les modes et moyens de gestion de leurs États par l'ancien colon, et en Français en plus ! Quant au chauffeur du taxi, il ne cesse de rappeler les personnes avec lesquelles il a rendez-vous, sûrement juste après ma course, pour leur demander de patienter un peu. Pour lui, le sommet de la Francophonie n'est juste qu'une raison de plus d'encombrer le trafic terrestre déjà saturé de la ville. C'est vrai qu'on a dû passer une bonne quarantaine de minutes à « limacer », jusqu'à l'aéroport.

L'ambiance qu'on y trouve, à première vue, pourrait dissiper mes doutes sur l'implication de la population sénégalaise à l'événement : aux alentours de l'aéroport de Dakar, qui a fait peau neuve, avec un cordon de sécurité inviolable, des foules massées par endroits, tambours battants et bannières aux vents, scandent, accompagnées d'une grande fanfare, des chansons qui, néanmoins, ne semblent pas faire partie du folklore local. Bon, je ne me rapproche pas trop d'elles, en tout cas, pas tout de suite. Je cherche d'abord à savoir si le vol de mon oncle n'est pas arrivé et s'il n'est pas en train de me maudire de ne pas être venu le chercher à l'heure, égaré quelque part dans les environs. Heureusement, ou malheureusement, il n'est pas encore là. Aux abords de l'aéroport, la foule est aussi dense que bigarrée. On trouve de toutes les communautés : Maliens, Burkinabés, Béninois, Togolais, congolais, et aussi mes compatriotes Gabonais. Tous semblent n'être là que pour une seule chose : voir et acclamer le président ou le chef de gouvernement de leur pays à sa descente d'avion. D'ailleurs, celle du président Gabonais ne passera pas inaperçue : plus grande clameur, et même quelques agents au sol de l'aéroport qui chantonnent, en passant près de moi : « A-li Bon-go ».

A la sortie de la salle de débarquement, la diversité des nationalités, la grande présence d'occidentaux, et surtout d'Asiatiques me trouble un peu. Il y a combien de pays asiatiques membres de la Francophonie ou ayant été appelés comme pays invités ? Je ne sais pas du tout, mais une chose est sûre, ils ont l'air bien plus heureux que tous les Sénégalais que j'ai croisé depuis ce matin, du déroulement de cet événement.

À dix-neufs heures, l'avion de mon oncle n'est toujours pas arrivé. J'appendrai plus tard qu'ils ont été contraints de passer la nuit à Abidjan, à cause des changements d'horaires de vols inhérents au programme très complexe mis en place pour le XVème sommet de la Francophonie. Dans le bus qui me ramène chez moi, je me demande alors : ils y gagnent quoi, concrètement, les Sénégalais, de cette grande messe ? En quoi augmentera-t-elle le trop faible taux (de 10 à 15 %) de la population sénégalaise capable de parler, de lire et d'écrire le français?

J'ai été assez surpris d'entendre, un peu plus tard dans la soirée, que l'organisation a fortement contribué à la résolution de conflits et à la gestion de crise de toutes ordres en Afrique. Est-ce vraiment le rôle de la Francophonie ? Je n'en sais pas grand-chose. Mais, vu que le sujet est abordé, je me demande bien ce vous en pensé, vous autres, de la Francophonie, parce que, après, on va dire qu'Engo se mêle de ce qui ne le regarde pas ! Alors, pour ne pas me faire « pointer du doigt » tout seul, je vais vous mouiller avec moi : pour vous, francophones du Sénégal, d'Afrique et de partout dans le monde, quelle la place réelle du français dans votre vie ? Et quelle est celle de la Francophonie ? Et pour finir, dites-moi, vous, quel est le rôle que vous pensez qu'elle devrait réellement jouer ?







samedi 29 novembre 2014

Engo? C'est qui ça?!

   Bonjour les Êtres Humains ! Avant tout échange avec vous, je voudrais un peu me présenter. Je m'appelle Engo. Cela se prononce comme Enzo, ou même Kenzo, mais avec <G> à la place de <Z>. Ceci n'est, ni un surnom (petit nom de la maison ou du quartier), ni un pseudonyme. C'est mon nom de famille, mon « patronyme », pour faire sérieux. C'est la seule chose que je sais vraiment de mon grand-père. Avant, cela ne s'écrivait pas aussi simplement. L'orthograque originelle est : « Engho'o ». Cela ne se prononce bien évidement pas de la même manière. Ici, le second « O » est plus tiré, pour marquer son existence. La transformation qu'il a subit c'est passé lorsque j'étais en classe de CM2. Je devais passé le concours d'entrée en sixième, et quelqu'un a jugé que c'était trop compliqué à écrire. Ce « quelqu'un » a donc ordonné qu'il s'écrive comme actuellement. Ce changement m'a valu quelques disputes avec certains enseignants qui voulaient le « franciser », en le lisant « An », comme dans « Angoisse », comme si c'était un nom de Gaulois ou de Breton, pour le « franciser » !

C'est dans cette période que j'ai commencé à me considérer comme, disons, « différent ». Accepter de se faire appeler par un nom qui, en réalité, n'est pas le votre, car je ne suis pas « Engo », mais « ENGHO'O », cela m'a toujours donner l'impression d'être quelqu'un d'autre que celui que je suis vraiment. J'ai tout de même fini par adopté ce nom. Malgré moi. Et c'est dans cette état d'esprit que peu à peu je me suis définit au fond comme un anticonformiste. J'ai fini par me dire que si tous les sept milliards que nous sommes sur la planète devions « rentrer dans les rangs », on s’ennuierait bien vite ! Et quelle laideur ! Comme dit Salif Keita : « c'est la différence qui est jolie ! » Alors, j'adore la différence et souhaite contribuer à ce que les hommes vivent tous heureux, malgré, ou plutôt, grâce à leurs différences... Car nous sommes tous semblables, mais tous si uniques !

Mes différences, j'aime les exprimer en les mettant par écrit. Autant en prose qu'en vers, par coups de gueule ou dévoilant le fond de mon cœur. C'est mon moyen d'expression favori.

J'ai eu la chance de vivre, tout au long de ma bien courte existence, dans divers milieux culturels et sociaux, voués à d'autres traditions, d'autres règles et lois, et d'autres influences religieuses que celles dans lesquelles je suis né et j'ai grandi. D'ailleurs, cela a commencé très tôt ! Dès mes deux ans, j'ai du quitter la capitale de mon pays et les bras de ma mère pour aller vivre dans ceux de ma grand-mère, dans un petit village en pleine forêt équatoriale. Dieu merci, je suis revenu à la capitale où j'ai passé mon enfance et mon adolescence. Après mon baccalauréat, je suis allé en province, en faculté, et j'ai découvert une autre facette de mon fascinant pays, le Gabon. Par la suite, j'ai franchit les frontières et suis arrivé en Afrique de l'Ouest, d'abord au Mali, et maintenant au Sénégal. Tous ces environnements m'ont concerté dans ma conviction que rien ne peut marcher correctement dans ce monde, et surtout sur notre continent noir, si l'on ne prend pas en compte l’Être Humain, dans toute sa diversité et dans toute sa spécificité.

Mon désire le plus cher pour notre race, la race humaine, est qu'elle tende le plus possible vers ses aspects les plus positifs. Ces vertus qu'on admire tant chez peu, comme s'ils n'y avait qu'une poignée de personnes qui soient capables de charité, de compassion, d'humilité ou même d'amour !


Je m'exprime donc ici, fort de toutes ces diversités que j'ai déjà rencontré et celles que j’espère encore découvrir, en espérant qu'avec les mots, il est possible de réanimer les mentalités de mes semblables, qui me paraissent, pour trop, anesthésiées par les mirages que nous fait voir le monde actuellement, et les comme on redresserait le tronc courbé d'un arbre. Heureux de partager la vie avec vous!