samedi 22 août 2015

Temps pluvieux et orageux à Dakar




Bonjour les Êtres humains !


Pour la majeure partie des touristes européens, et même pour ceux qui viennent d’autres pays africains visiter le pays de la Teranga, le Sénégal, c’est la chaleur, les paysages sahéliens et le soleil qui brille toute l’année. Mais pour nous qui y vivons du 1er janvier au 31 décembre, ce n’est pas que cela. En effet, le Sénégal est, certes, un pays au climat tropical sec, ce qui n’empêche pas qu’il reçoit des précipitations durant deux à trois mois l’an. Pour moi, qui suit originaire d’Afrique centrale, et d’un pays traversé par l’équateur, une poignée de précipitations sporadiques mal réparties sur un trimestre, ce n’est pas vraiment une saison des pluies, au sens de celles que l’on connait dans mon pays d’origine, le Gabon. Là-bas, il y a une grande et une petite saison des pluies, et l’une ou l’autre sont juste un calvaire pour les populations, surtout en milieu urbain : il arrive que des torrents d’eau se déversent sur la capitale, Libreville, sur deux, voire trois jours, presque sans interruption. Là-bas, lorsque le ciel s’obscurcit, que de gros nuages noirs tapissent la voûte céleste et que des éclairs viennent à zébrer l’horizon, les habitants ne pensent qu’à une chose : rester bien au chaud chez eux, en attendant que ça se passe.



Ici à Dakar, les choses ne se passent pas vraiment de la même manière. D’abord, les pluies, qui, la plupart du temps, ressemblent à de simples rosées, durent rarement plus d’une heure. D’ailleurs, il arrive fréquemment que le ciel s’assombrisse et déverse ses quelques gouttes et qu’une heure et demie plus tard, mes amis et moi soyons en train de courir au terrain de basket. Et je dois vous avouez que j’aime bien voir des cumulonimbus s’agglomérer au-dessus de Dakar, cela me donne la nostalgie de ma terre natale. Je me suis même créer un petit rituel : chaque année, dès que j’entends les premières gouttes de pluie, si j’en ai l’occasion, je sors sous l’averse et me laisse tremper quelques minutes. Ma grand-mère nous disait, lorsque nous étions enfants, que la première pluie de l’année est une eau purificatrice et bénéfique… oui, je suis africain, mélancolique et superstitieux ! Il y a juste une chose qui m’énerve quand il pleut ici : versez un peu d’eau sur une terre habituellement poussiéreuse ou vous êtes sûrs de vous retrouver avec un de ces bourbiers ! Alors, gare à vos nouvelles Nike, vos beaux habits blancs ou vos jolies sandales d’été… Et c’est comme cela chaque année, entre Juillet et septembre. Ou plutôt, c’était ainsi jusqu’à cette année 2015 !


Depuis que les pluies ont commencé, il y a déjà plus d’un mois, je crois qu’à voir l’allure qu’elles ont, beaucoup de Dakarois doivent se dire que les changements climatiques dont tout le monde nous rabâche tant les oreilles en ce moment ne sont surement pas de vains mots. Et la pluie de ce vendredi 21 août n’a fait que le confirmer.

Déjà, il faut dire qu’il pleut quasiment tous les jours, sinon, un jour sur deux, depuis près d’une semaine, ici à Dakar. En plus, pour beaucoup, surtout les jeunes qui sont nés après la grande période de sécheresse qu’a connu le pays dans les années 70, ça devait être la première fois de leur vie qu’ils voyaient des pluies qui durent toute la nuit, et qui se poursuivent le jour suivant ! Mais revenons à ce vendredi. Le temps était déjà bien maussade depuis la mi-journée, bien qu’aucun nuage inquiétant n’ait pointé son nez à l’horizon. Je profitai de cette accalmie pour aller travailler un devoir de maison avec des collègues, chez l’un d’entre eux. Et jusqu’à six heures du soir environ, rien n’augurait une quelconque averse : le soleil avait gratifié la ville de quelques chaleureux, bien que timides rayons, tout au long du jour, et allait tranquillement finir sa course derrière la limite entre le ciel et la mer. Et nous, nous allions commencer une nouvelle étape de notre évaluation environnementale virtuelle lorsque des bourrasques se sont levées dehors. Un coup d’œil rapide au balcon nous a fait comprendre la raison de l’agitation humaine qui accompagnait ces coups de vent : le ciel venait de passer d’un clair dégagé à une lugubre masse grise qui menaçait de s’effondrer sur la terre d’un moment à l’autre. « Pas question qu’elle me trouve hors de chez moi ! », ai-je dit à mes condisciples pour abréger la séance de travail. Quelques minutes plus tard, je sortais de l’immeuble où nous étions avec l’un d’entre eux, mais à peine avons-nous parcouru une poignée de mètres que les vannes célestes se sont ouvertes. Nous avons juste eu le temps de nous abriter à la véranda d’une dibiterie voisine. Impossible de faire demi-tour, ni de tenter de braver le déluge qui venait de commencer, surtout que chacun de nous avait son ordinateur portable avec lui. Nous avons donc décidé d’attendre tranquillement que ça se calme pour nous en aller. Nous étions pris sous une véritable pluie torrentielle, accompagnée d’impressionnants éclairs !

Paradoxalement, nous n’avons pas eu à attendre longtemps avant de pouvoir nous en aller : au bout de, quoi, vingt minutes, à tout casser, la pluie diluvienne s’est changée en un crachin qui s’estompait aussi vite que les minutes filaient. Nous nous sommes donc séparés, chacun allant dans une direction opposée, vers l’arrêt de bus qui le conduirait chez lui. J’ai dû patauger avec mes pauvres belles Nike dans les véritables rivières d’eaux usées qui avaient, en un rien de temps, inondé les artères de la capitale sénégalaises. C’est vraiment aberrant de se trouver dans une rue bordée de part et d’autre d’ambassades, de villas luxueuses et autres grands immeubles abritant des banques ou des opérateurs de téléphonie mobile, et de ne pas voir un seul caniveau, une seule bouche d’évacuation des eaux usées, rien ! Surtout dans un pays doté d’une structure aussi bien organisée que l’Office Nationale d’Assainissement du Sénégal (ONAS) ! Et c’est ainsi dans presque tous les quartiers de la ville. À la moindre petite averse, les rues et mêmes les grandes artères deviennent des lacs, alimentés par les rivières qui convergent de tous les points un peu surélevés de Dakar. Je ne parlerai même pas des inondations qui n’épargnent que le centre-ville, perché sur la corniche. En banlieue, on comptera surement encore des morts, et les familles sinistrées et obligées de dormir à la belle étoile seront à la une de tous les journaux, au moins sur les trois jours à venir !

Lorsque je suis arrivé à l’arrêt du bus, il y avait un de ces vieux tacots baptisés « Ndyara djaye », qui faisait le plein de clients. Ne voulant plus rester debout, en maillot de basket et short, les pieds plongés dans mes aqua-baskets, avec mon PC sous la main, j’ai préféré y grimper sans plus attendre. « Au moins, je serai à l’abri de l’eau, même s’il démarre dans trente minutes ».

Depuis ma jeunesse, j’ai toujours eu l’impression que, dès qu’il pleut, les gens sont un peu plus calmes, détendus, à la limite, mélancoliques. En tout cas, c’est l’effet que ça me fait. Étrangement, c’est tout le contraire, ici. Car, à peine ai-je pu m’asseoir sur une des banquettes serrées du bus qu’une jeune femme s’est levé, l’air très énervée, ordonnant à l’homme qui était avec elle de le suivre hors du bus. Mais, arrivée à la sortie de celui-ci, des voix ont commencé à s’élever : l’apprenti (boy-chauffeur, ou chargeur, sous d’autres cieux) empêchait la jeune femme et son compagnon d’en descendre. Pour quelle raison ? je ne saurai vous le dire ! Il a tout de même fallu l’intervention du chauffeur, à l’autre bout du véhicule, pour que le jeune apprenti les laisse enfin passer. Mais cependant que le bus ne démarrait toujours pas, et que le couple s’est posté à quelques pas de là, attendant surement un autre bus, une dispute nourrie d’horribles noms d’oiseaux a éclatée entre l’apprenti et le chauffeur, qui hurlait depuis sa cabine, d’une part, et la jeune femme, décidée à en découdre avec l’un ou l’autre. Dans le bus, un brouhaha diffus s’est élevé, entre ceux qui défendaient la jeune femme, arguant qu’elle a bien le droit de descendre si elle le veut, et ceux qui étaient du camp du conducteur du véhicule et de son apprenti, eux soutenant que la jeune femme était juste arrogante et méprisante…

C’est dans cette drôle d’ambiance que le bus a fini par démarrer, une bonne quinzaine de minutes après que je m’y sois installé. Mais, à peine avons-nous roulé trente mètres qu’un vieillard, visiblement courroucé par le comportement de l’apprenti et du chauffeur, à demander à descendre, en vociférant, lui aussi, des insultes envers les deux hommes. Le bus s’est arrêté, il en est sorti, tandis que d’autres passagers s’y engouffraient. Parmi ces derniers, une femme d’âge mûr a commencé à se disputer avec l’apprenti : celui-ci lui demandait de s’asseoir, vu qu’il y avait encore beaucoup de sièges vides, mais elle rétorquait qu’elle préférait rester debout devant l’entrée du véhicule (gênant, du coup, ceux qui voulaient y accéder) ; parce qu’elle allait bientôt descendre. « Dans quel drôle de véhicule suis-je monté ? C’est la pluie qui les met tous sur les nerfs comme cela ? », me suis-je demandé.

Au bout d’environ quinze minutes de trajet, je me suis dit que ce devait vraiment être le cas… l’apprenti, qui se charge d’encaisser le « passe », a commencé sa tournée. Pour nous autres qui avions des pièces, il n’y a pas eu de soucis. Par contre, pour tous ceux qui avaient des billets de cinq cent, mille, voire deux mille francs, il assurait, en prenant le billet de banque, qu’il allait rendre la monnaie dès qu’il en aurait. Arrivés à l’arrêt du rond-point baptisé « jet d’eau », la situation a totalement basculée. C’est une jeune femme qui a été l’élément déclencheur : elle était monté à l’arrêt précédent et avait remis cinq cents francs à l’aide-chauffeur, pour un trajet de cinquante francs, et celui-ci lui a rendu trois cent cinquante francs. Comme elle était déjà hors du véhicule quand elle s’en est rendu compte, l’apprenti a demandé au chauffeur de démarrer, tandis qu’elle criait en réclamant son argent. Lorsque le bruit du moteur s’est fait entendre, une vague déferlante d’insultes, de cris et de menaces s’est abattue sur le conducteur du véhicule : visiblement, tout le bus s’est ligué contre l’apprenti et hurlait que le véhicule ne démarrerait pas tant que la jeune femme n’aurait pas eu ses cent francs ! L’apprenti, quant à lui, jurait qu’il avait bien remis quatre cent cinquante francs à la passagère énervée. Mes chers amis, croyez-le ou non, nous sommes restés là, près de quinze bonne minutes, immobilisés par la dispute entre, cette fois, tous les passagers du bus et la jeune femme, d’une part, et l’apprenti et son chauffeur, dans l’autre camp ! Les insultes, les menaces, les parties intimes des mères des uns et des autres… tout y est passé ! Un passager exaspéré, qui devait sûrement aller très loin, a proposé de donner une pièce de cent francs à la jeune femme, mais tous les autres l’en ont dissuadés : « ils le font exprès, ces voleurs d’apprentis ! Il va lui rendre son argent, sinon rien d’autre ! » Finalement, le chauffeur du bus est allé retrouver son apprenti, que la jeune femme tenait déjà par le col du tee-shirt, et lui a arraché des mains la sacoche qui lui sert de caisse. Après avoir réglé le problème de la jeune femme, il est monté dans le bus, la sacoche en main, et a commencé à rembourser la monnaie de tous ceux qui avaient remis à son apprenti un billet de banque, demandant même aux passagers, lorsqu’il était à court de pièces, de lui changer des billets. Ceci réglé, le bus a enfin pu redémarrer.
             


En définitive, pour un trajet qui me prend, au trop, trente minutes, je suis arrivé chez moi au bout de presque deux heures. En descendant du véhicule, un monsieur près de moi, qui était, lui aussi arrivé à destination, a demandé ce que je pensais déjà plus tôt : est-ce cette pluie orageuse qui a rendu les gens aussi nerveux et belliqueux ? « Ce sont les changements climatiques, grand, lui ai-je lancé, ça dérègle tout, même les humeurs des hommes ! » 

dimanche 16 août 2015

On va encore faire comment ?




Bonjour les Êtres humains !



Il y a des mots, des phrases, des expressions que vous entendez souvent autour de vous et qui, au fil du temps, finissent par devenir, pour ceux qui les utilisent, ou même qui se les entendent répéter tous les jours, une sorte de vérité absolue, telles des mantras. De celles que mes oreilles ne peuvent vraiment pas souffrir d’entendre, il y en a une qui est très célèbre dans mon pays d’origine, le Gabon. Il s’agit de l’expression : « on va encore faire comment ? »

Elle est employée dans tellement de situations, de contextes, pour tant de motifs et de raisons, que j’ai fini par me demander quelle est vraiment la signification de ces quelques mots. Qu’impliquent-ils dans la tête de celui qui les prononce ? Et pour celui qui les entend ?



Il est des situations dans lesquelles vous êtes sûrs que vous ne pouvez pas y échapper. Lorsqu’on me raconte que dans une capitale où il suffisait de cent francs CFA pour se déplacer il y a à peine dix ans, prendre le taxi est devenu un vrai calvaire, car il faut proposer aux chauffeurs au moins mille francs pour une distance qui vous prendrait trente minutes à pieds, je me demande ce qui se passe. Pourquoi les choses en sont arrivées là ? Pourquoi des populations qui n’ont déjà pas grand-chose en poches, doivent se créer des budgets « taxi » aussi conséquents que ce qu’ils doivent consacrer pour certaines factures ? Et presque comme toujours, on me jette à la figure un « on va encore faire comment ? »

Quand des milliers de familles passent des mois sans voir une goutte d’eau couler à leurs robinets, que les gens sont contraints de faire le tour de la ville à la recherche d’une ressource aussi abondante que l’eau, dans un pays avec un bassin hydrographique aussi vaste que le Gabon, et que vous demandez comment ce genre d’aberrations peuvent exister, vous êtes sûrs de recevoir un « on va encore faire comment ? » à la figure.

C’est aussi la même réponse que vous recevrez si vous demandez pourquoi des jeunes fraichement diplômés, en quête d’un emploi, sont encore obligés, en 2015, de se faire « pistonner », c’est-à-dire, systématiquement recommander par un parent influent du système ; sont contraints de rejoindre des mouvements, soit politiques, soit mystico-ésotériques, ou sont même obligés de payer un « droit de cuissage » (les hommes comme les femmes !), pour pouvoir s’assurer un poste pour lequel ils ne doivent faire que ce que leurs imposent ceux qui ont « bien voulu » le leur offrir. « On va encore faire comment, mon petit ? C’est le système qui est comme ça ! » C’est, dans plus de 90 pour cent des cas, la réponse qu’on vous donnera si vous posez ce genre de questions.  

C’est le système qui est comme ça ? Mais pourquoi acceptons-nous un tel système ? Pourquoi laissons-nous le « système » nous traiter ainsi ? Pourquoi ? À mon avis, il n’y a qu’une raison pour laquelle on accepte toutes ces choses et que l’on croit, que l’on prétend qu’il n’y a rien d’autre à faire : c’est juste de la lâcheté.

Il n’y a vraiment rien qu’on puisse faire lorsque le prix du transport augmente de 100% dans un pays ? Je me remémore souvent une anecdote qui m’a souvent fait réfléchir : il est étonnant de voir, dans l’histoire récente, comment a réagi le peuple français à chaque tentative d’augmentation du prix de la baguette de pain. Ça a toujours été un évènement national, qui soulevait les réactions de toutes les couches de la société, en passant du simple consommateur aux élus nationaux, et le débat passait même jusqu’au palais de l’Élysée. Vous me direz que l’Afrique n’est pas la France, que les mentalités, les réglementations, les institutions ne sont pas les mêmes, certes. Mais, au fond, ce sont des Êtres humains qui sont les victimes. Ce sont des Êtres humains qui prennent aussi des décisions, qui posent des actes, qui font ce qui est en leur pouvoir, et même au de-là, pour que tout le monde puisse vivre décemment.

Il y a quelques jours, je parlais des conditions de recrutements et d’emploi des jeunes dans mon pays d’origine avec quelques amis. Lorsque je demandai comment un homme peut accepter d’être pris par un autre homme dans une chambre d’hôtel, au lieu qu’il a une femme et des enfants, sous prétexte que s’il ne le fait pas, il perdra son boulot, quelqu’un m’a répondu : « il faut bien qu’il nourrisse sa famille ! » Alors, il n’a pas le choix ! Il ne peut donc rien faire d’autre que subir de telles humiliations, se prostituer, pour nourrir sa famille ? Il ne peut rien faire d’autre qu’aller assister à des séances de spiritisme d’une obédience dont il ne connait, ni les véritables raisons d’être, ni les objectifs ? Il n’a d’autre choix que de faire l’apologie d’un parti politique quelconque, dont, en général, il ne sait ni les idéaux, ni la philosophie ? Parce que c’est le « système » qui en est ainsi ?

Pourtant, un système, ça se change ! Et ce ne sont pas les moyens pour le faire qui manquent ! Ni les exemples. Il suffit de voir ce qui se passe dans le monde c’est dernière années pour être inspirer. Il suffit de jeter un coup d’œil aux dernières élections présidentielles sénégalaises, à celles qui ont eu lieu récemment au Nigeria. J’entends déjà les voix qui se lèvent pour me dire : « mais Engo, ce ne sont pas les mêmes contextes politiques ? Ces deux pays ont une certaine maturité en matière de démocratie ! » Je l’entends bien. Pourtant,  Blaise Compaoré n’est plus à la tête du Burkina Faso. Où sont les Ben Ali, et autres Moubarak ? Les peuples qui les ont fait tombé, qui ont décidé qu’ils ne voulaient plus de leurs « systèmes », auraient pu, eux aussi, se dire qu’ils n’ont pas le choix ! Qu’ils vont encore faire comment ? Regardez ce qui se passe au Burundi : ce peuple brave est en train d’user de tous les moyens qu’il peut employer pour ne pas continuer à accepter un système qu’il ne supporte plus ! Chaque jour, il y a des hommes et des femmes qu’on enterre à Bujumbura et dans les régions du pays, juste parce qu’un Être humain a décidé que c’est lui et lui seul qui mérite de diriger cette nation. Il y a des opposants qui meurent, des membres du parti au pouvoir qui sont assassinés, un coup d’état a déjà échouer, et je suis d’avis qu’il y aura d’autres tentatives.


Loin de moi l’idée de prôner la violence, de dire qu’il faut prendre les armes pour ne plus avoir à dire « on va encore faire comment ? » Ce que j’aimerais que vous notiez, c’est la détermination dont fait preuve ce peuple qui n’est pourtant pas le plus « modernisé », le plus « civilisé », d’Afrique. Ces hommes, femmes, vieux et jeunes, sont déterminés à ne pas baisser les bras tant qu’ils ne pourront pas avoir l’opportunité de faire autrement, de vivre autrement, d’être dirigé autrement. Quel qu’en soit le prix à payer. Eux au moins, ils ont compris qu’il n’y a pas de situation dans ce monde dans laquelle on n’a pas le choix. Cela est tout simplement impossible. On a toujours le choix, on a toujours une autre option, une autre voie à suivre, une autre manière de faire, que celle qu’on est contraint de subir. Il y a une chose qui m’amuse parfois lorsque je discute avec mes frères originaires du Congo Brazzaville. Ils sont souvent très étonnés de la liberté d’expression qui existe au Sénégal en matière de politique. Ils disent  presque tous la même chose : « les Sénégalais se permettent de critiquer ouvertement leur président à la télévision, à la radio, dans la presse écrite, sur internet… Chez nous, si tu oses dire une critique contre le président, tu vas te faire ramasser et torturer par les forces de l’ordre ». Vous savez ce qui me désole le plus ? C’est que, pour eux, les Congolais sont respectueux de leur président, et n’en disent pas de mal, tandis que le peuple sénégalais, par ses critiques, ne montre aucun respect pour l’institution qu’est le président de la République. Voyez où conduisent des expressions comme « on va encore faire comment ? » et les attitudes qu’elles traduisent : à croire que la dictature (car c’est bien de dictature qu’il s’agit lorsque le peuple ne peut pas dire à celui qu’il est censé avoir élu qu’il agit mal) est la normalité et que l’accepter est une preuve de respect.

Chaque matin, vous ouvrez les yeux sur votre lit, et là, vous avez le choix : vous pouvez rester au lit, continuer à dormir tranquillement, ou vous lever et aller affronter cette nouvelle journée. Vous avez le choix entre rester vautrer dans votre canapé ou aller travailler pour rapporter à manger à la maison. Vous avez le choix entre tellement de choses importantes dont dépend votre vie ! Pourquoi ne voulez-vous pas choisir entre celles que l’on veut vous imposer et celles auxquelles vous aspirez ? Pourquoi dire « oui » quand vous pensez « non » ? Pourquoi acceptez-vous ce qui ne vous  arrange pas ? Pourquoi acceptez-vous des situations qui ne vous apportent rien de positif ? Pourquoi subissez-vous des conditions de travail qui ne vous satisfont pas ? Les étudiants originaires d’Afrique Centrale qui vivent à Dakar sont souvent surpris la première fois qu’ils sont confrontés aux force de l’ordre sénégalaises : ils s’attendent, lors d’une interpellation, à du mépris, des insultes, des gifles, des coups de pieds et toutes ces autres formes d’abus qu’ils se disent contraints d’accepter chez eux. Alors, moi je leur demande souvent : croyez-vous vraiment qu’il y a quelque chose qui fait qu’un policier sénégalais n’a pas le droit de porter la main sur vous, et qu’un policier camerounais ou gabonais le fasse sans être inquiété ? Ces policiers ne sont-ils pas des Êtres humains comme vous ? Et vous, vous considérez-vous avoir moins de droits à l’étranger que dans votre propre pays ? N’êtes-vous pas le même Être humain, qui mérite d’être traité avec une dignité égale, quel que soit l’endroit où il se trouve ?



 « On va encre faire comment ? » On sait exactement comment faire autrement. On sait même très souvent ce qu’il faut faire autrement. Reste à avoir la volonté de faire autrement. Reste à avoir le courage de se lever et d’agir autrement. Reste, surtout, à avoir la détermination de faire autrement, quoi qu’il en coûte. Pour ceux qui veulent bien faire autrement, je ne peux que les encourager et leur rappeler que l’histoire a souvent montré que, lorsqu’on a la vérité de son côté, on finit toujours par avoir raison. Alors, levez-vous, bougez-vous, agissez, mais faites-le véritablement, vivez-le !

samedi 8 août 2015

Insultes: arguments faibles ou arguments des faibles?




Bonjours les Êtres humains !



Avant tout, je tiens à vous présenter mes excuses pour le long silence de ces dernières semaines, silence dû au manque de temps qu’occasionne, ces temps-ci, les cours et évaluations de ma formation qui tend à sa fin. Vous savez comment les choses se passent dans nos universités et écoles supérieures africaines : c’est souvent à un ou deux mois de la fin de l’année académique que tous les enseignants veulent boucler leurs programmes, et vous surchargent de devoirs de maison, d’exposés en groupe et j’en passe… Bref, ce n’est pas le sujet du jour. Aujourd’hui, nous allons parler des insultes et injures.





Mon dictionnaire Larousse m’apprend qu’une injure est une parole qui blesse de manière grave et consciente, tandis qu’une insulte est considérée comme une parole qui a pour objet d’offenser, d’outrager, de blesser la dignité ou l’honneur. Nous voyons qu’il y a ici la volonté de blesser, de faire du mal, de causer en quelque sorte une blessure morale chez la personne à qui l’on adresse une injure. Encore que, si l’on ne s’arrête qu’à ces deux définitions, je me demande si pour certains d’entre nous, prononcer des insultes ne relève pas juste d’une mauvaise habitude que d’une quelconque volonté d’atteindre un objectif particulier. Parce qu’il y a deux types de personnes que je n’arrive pas à comprendre : ce sont, d’une part, celles qui passent leur temps à injurier des objets ou des animaux (quelle idée de dire « chien ! » à un chien !), et celles qui ne peuvent s’empêcher d’insulter les enfants. Ce sont ces derniers qui m’inquiètent le plus.


Je me rappelle que lorsque j’étais au primaire, il y avait, dans nos écoles publiques, certaines « maîtresses », comme nous les appelions alors, qui pouvaient vous flanquer plus de dix coups de chicotte si vous disiez un gros mot, mais qui, à la moindre petite gaffe, vous hurlaient des « imbéciles » et pleins d’autres noms d’oiseaux que je préfère ne pas répéter ici. Certains élèves, qui, par maladresse, ou d’autres raisons que nous ne pouvions surement pas connaitre, étaient les victimes favorites de nos enseignantes, avaient finis par prendre un air si abruti, si découragé, qu’on aurait dit qu’ils devenaient exactement ce qu’on n’arrêtait pas de leur dire tous les jours qu’ils étaient. Vous imaginez un gosse de huit ou neuf ans à qui on n’arrête pas de dire qu’il est un parfait idiot ? Non seulement il ne peut pas vous répondre, mais en plus, du fait de l’entendre dire chaque jour par ces personnes qui sont sensés l’aider à construire sa personnalité, ces personnes en qui il devrait avoir toute confiance, ceux-là qui devraient le rassurer et aussi le remplir, lui, de confiance en soi, pour faire face au monde terrible dans lequel il entre, finit par se dire que : « si papa, ou maman, ou la maîtresse, pensent que je suis un idiot, c’est que je le suis vraiment et que je devrais me contenter de cette place dans le monde, celle d’un idiot » Chers amis, je vous invite à faire cette expérience : vous connaissez peut-être une famille, un milieu, dans lequel un enfant vit ce genre de situation ? Regardez-le bien : il n’est pas heureux, et il le sera de moins en moins dans la vie, si les choses continuent ainsi ! Des adultes qui insultent des enfants devraient juste être condamnés par la loi !

D’ailleurs, souvent, il arrive que ce comportement des adultes dépeigne sur les autres enfants. C’est ainsi qu’il y a un autre phénomène qui m’a toujours choqué, tout au long de mon cycle primaire. C’était ce que les écoliers appelaient « importunation » : des bandes de gamins qui se regroupaient pour se lancer les injures les plus vulgaires, allant même jusqu’à dire des choses sales sur les parents des uns et des autres ! Je me suis toujours demandé qui avait pu inventer une horreur pareille… La cruauté des ados faisait qu’ils ne voyaient que le côté amusant de la chose. Parce que, se moquer de l’autre, tout le monde trouve toujours cela marrant... Donc, chers amis, prenez garde à ne jamais lancer des injures envers des enfants, que ce soient les vôtres ou pas. Parce qu’à chaque fois que vous le ferez, pour les moins fragiles, vous ne ferez que leur donner un très mauvais exemple qu’ils ne se gêneront pas de suivre, et pour les plus faibles mentalement, vous pouvez être sûrs que vous serez en train de leur préparer un avenir plein d’incertitude et de manque d’assurance et de confiance en eux.


Et il y a les adultes qui s’insultent ! Déjà, il n’y a rien de plus ridicule que des adultes qui s’échangent des noms d’oiseaux ! Souvent, si vous prêtez bien attention à la scène, vous vous rendrez compte qu’elle commence toujours par une discussion, un échange d’arguments, chacun des protagonistes essayant de convaincre l’autre du bien-fondé de ce qu’il dit. Puis, les voix commencent à s’élever (je me demande où il est écrit qu’on se  fait mieux comprendre en élevant la voix…) et, au bout d’un moment, il y en a un qui lâche une grossièreté à laquelle l’autre se sent obligé de répondre, et la suite, vous la connaissez… Mais pourquoi en arrive-t-on là ? De mon point de vue, c’est une des pires formes de faiblesse  qui soit. Faiblesse intellectuelle, j’entends. Parce que, si vous prenez le temps de bien réfléchir, il y a toujours mieux à dire qu’une insulte. En réalité, celui qui insulte durant une discussion, une conversation ou une dispute est, en fait, celui qui n’a plus la possibilité de porter sa réflexion plus loin que là. Cela traduit une limite intellectuelle et morale au de-là de laquelle on pense ne plus être capable d’aller. Croire qu’on fait du mal à quelqu’un en l’injuriant, c’est dévoilé son incapacité à trouver quelque chose de plus intelligent et de plus constructif à dire ou à faire.    

 Ce qui est à remarquer, c’est qu’en réalité, une insulte, qu’elle soit adressée à un enfant ou à un adulte, est la preuve que la personne qui la prononce est simplement emplie d’une volonté manifeste de nuire, juste nuire et rien d’autre. Car beaucoup vous diront : « c’est pour gronder, pour ramener à l’ordre, pour interpeller celui à qui l’on s’adresse ! » Or, la plupart du temps, les insultes ne sont que des flèches qu’on décoche pour agresser l’autre, sans rien lui apporter d’instructif, d’éducatif, de constructif ! Car, une fois que vous lui avez dit, à votre gamin désobéissant ou à votre collègue agaçant qu’il est un imbécile, qu’avez-vous changé à son sort ? Pensez-vous vraiment que le simple fait de le lui dire, et de la manière la plus blessante possible, suffise à le rendre moins « imbécile » qu’il ne l’est ? Comment saura-t-il pourquoi ou comment il est de cette nature ? Comment la changera-t-il ? C’est comme de crier « attention » à un aveugle qui essaie de traverser la route : en aucun cas, vous ne le sortez du danger, puisque vous ne lui donner aucune information pouvant lui être réellement utile, sinon lui dire qu’il est en danger !



Chers amis, collègues, parents, proches, lecteurs : ne soyez pas de simples dénonciateurs ! Vous ne seriez d’aucune utilité pour le reste de l’humanité ! Parce que des dénonciateurs, il y en a des milliers à la pelle à travers le monde, en ce moment ! Ne vous attendez pas à ce que les choses, les gens, changent autour de vous juste parce que vous dénoncez ! Soyez des acteurs, soyez des contributeurs à ce changement, que ce soit dans votre maison, au travail, en classe, en famille, avec les amis, au quartier, dans votre association, dans votre parti politique ou au sein de votre communauté religieuse, dites toujours des choses qui servent, qui sont utiles et concrètes ! En le faisant, vous serez de vrais Êtres humains : des êtres qui vivent, qui respirent, qui travaillent et qui ne se donnent du mal que pour tendre vers un mieux pour tous.