vendredi 12 décembre 2014

La valeur de la parole donnée!



   Bonjour les Êtres humains ! Il y a quelques mois, je regardais l’émission « Le grand rendez-vous » sur la chaîne sénégalaise 2sTV, dans laquelle officie l’activiste Kemi Séba en tant que chroniqueur. Durant une de ses interventions, il a soulevé un point qui m’a titillé. Il disait que l’une des grandes caractéristiques du peuple américain est le respect de la parole donnée. Selon lui, aux pays de l’Oncle Sam, lorsque quelqu’un vous dit : « dans trois heures, je serai chez toi », ou encore qu’il vous emprunte de l’argent et vous promet de vous le rendre dans dix jours, vous pouvez être certain qu’il le fera. Il faisait ainsi une comparaison avec les Africains qui passent leur temps à faire des promesses, soit pour se débarrasser de ceux à qui ils les adressent, soit pour gagner du temps et se plier à leurs obligations quand bon leur semblera. Bon, moi, Engo, je ne connais pas les Américains, mais les Africains, je peux vous dire que je les connais très bien ! Et je me demande comment et pourquoi ils se comportent, pour une grande part, de la sorte.

   Déjà, il y a une chose qu’il ne faut pas oublier : l’Africain, dans son histoire, a toujours accordé une grande place à l’engagement verbal. Ce qui est tout à fait normal, l’écriture n’ayant  été découverte et répandue sur le continent que très tardivement. Nos ancêtres, il y a une dizaine de générations, devaient bien avoir un moyen de signer les divers et multiples contrats qui les liaient chaque jour les uns aux autres.  Si quelqu’un voulait engager un cultivateur pour s’occuper de ses champs, en contre partie d’une rémunération (souvent en nature), par exemple, ne lui faisait pas signer un papier sur lequel avaient été consigné les closes de leur tractation ! Il n’y avait que la parole donnée qui importait. Quand, dans les confins des forêts tropicales, où vivaient mes aïeux, ces derniers voulaient se donner rendez-vous, ils n’avaient, ni agenda, ni réseau internet ou encore  l’un de ces autres moyens d’extensions du cerveau humain que sont les Smartphones ! Ils n’avaient que leur parole ! Si Mba promettait à Ondo qu’il passerait chez lui dans trois lunes pour lui demander officiellement la main de sa fille, il avait grand intérêt à être sur place dans trois lunes, au risque de passer pour un homme « sans parole ». Comment aurait-il pu garantir à Ondo qu’il allait bien prendre soin de sa fille, s’il n’était même pas capable de respecter un simple rendez-vous ?

   Ainsi donc, il y a u peu plus de cent ans encore, nous respections la valeur de la parole donnée comme le code d’honneur du peuple Japonais : elle était plus qu’un engagement. C’était la preuve de notre propre valeur et elle définissait, en quelque sorte, notre place dans la société. C’était elle qui faisait de vous un homme respectable et respecté, quand vous saviez la tenir, ou qui vous rabaissait au même niveau qu’un simple enfant, ou même moins, lorsque vous étiez connu comme quelqu’un qui ne sait pas « tenir parole ».

   Mais l’arrivée des colons, avec ses règles et ses propres critères sociaux, a commencé à changer l’Africain et ses meurs. C’est ainsi que les choses ont commencé à dégringoler. Les hommes ont commencé à oublier le sens et l’importance de la parole donnée, juste pour pouvoir assouvir le vice le plus pernicieux de notre époque : amasser de l’argent, encore plus d’argent ! Avec l’évolution du monde, et surtout l’avancée des technologies, il est devenu de plus en plus facile et de moins en moins coûteux sur le plan moral, de ne pas respecter ses paroles. Il suffit de voir combien de gens autour de vous disent, sans aucun scrupule, à leur épouse, ou à quelqu’un avec qui ils ont rendez-vous : « je suis juste là, à quelques pas du lieu de notre rendez-vous ! », au lieu qu’ils se trouvent à des kilomètres de là, avec on ne sait qui, en train de faire on ne sait quoi !

   Et il n’y pas que dans la vie conjugale, ou dans les rapports humains les plus simples que l’on retrouve ce phénomène. Il gangrène notre société à tous les niveaux de celle-ci ! Prenez un exemple simple, celui de la situation rocambolesque dans laquelle je me trouve en ce moment : le propriétaire de la demeure que j’habite actuellement, je ne sais pour quelle raison, n’a pas pu solder la dernière facture d’eau (déjà, c’est juste de la folie pure de relier tout un immeuble, avec plus d’une douzaine de locataires, à un seul compteur, mais passons…). Bien évidement, les agents de la société de distribution d’eau sont passés pour couper l’alimentation du bâtiment. Et cela a eu lieu, il y a maintenant trois semaines. Bon, on peut encore supporter la situation. Il peut bien arriver à tout le monde de se retrouver sans eau pour cause d’impayés. Nous ne sommes, ni les premiers, ni les derniers à vivre cela. Ce qui me dépasse, c’est qu’au bout de la première semaine, lorsque nous avons discuté avec le bayeur qui gère toutes les locations de l’immeuble, celui-ci nous a expliqué que l’affaire était en cours de règlement. Que ce n’était plus qu’une histoire de quelques transactions bancaires, et que la situation reviendrait à la normale sous 48h. Une semaine après, pas d’évolution ! Lorsque nous rencontrons le quidam, il nous fait comprendre, cette fois, qu’il ne s’agit plus que d’une affaire d’heures, les agents de la société de distribution d’eau étant quelques fois lents dans leurs activités. Cela fait maintenant une semaine de plus que nous n’avons pas vu une goutte d’eau tomber d’un robinet dans tout l’immeuble. Je n’ai pas besoin de préciser que, la fin du mois étant encore toute proche, il a déjà encaissé l’argent du loyer, ce qui ne l’empêche pas de continuer à nous raconter des histoires !   

   Ce qui me désole le plus dans cette affaire, c’est de voir que ce sont des pères de familles, des hommes de pas moins de quarante-cinq ans, qui passent devant tous leurs amis, parents et proches pour des hommes sérieux et intègres qui se comportent ainsi ! Et le pire, c’est qu’il n’y pas qu’eux qui le font ! Il suffit de regarder le comportement de certains chefs de partis politiques, à l’approche de quelques élections : ils gavent les populations de promesses à n’en plus finir ! Et de futures avancées dans tels domaines, et de prochaines améliorations dans d’autres ! Parfois même, ceux qui défendent leurs postes vont jusqu’à amorcer la réalisation de quelques projets. Mais, en général, ceux-ci tombent dans les abîmes de l’oubli dès qu’ils ont obtenu les suffrages qu’ils désiraient. C’est comme cela que, par exemple, dans les grandes capitales, un peu partout en Afrique, à l’approche des élections municipales, on voit souvent apparaître, comme par magie, des engins qui raclent un bout de terre, soit disant pour rénover les artères semblables à des pistes d’éléphants, qu’on finira par ignorer dès les trois premiers mois à la tête de la mairie.  Le pire, c’est que même ceux qui briguent la magistrature suprême sont touchés du même syndrome : combien de fois n’a-t-on pas entendu des candidats aux élections présidentielles vantez les mérites de projets de développement dont ils  s’empressent de revoir l’ampleur à la baisse, une fois assis sur leur trône ? Et là encore, c’est quand ils ne les jettent pas tout simplement aux oubliettes ! Aujourd’hui, on vous promet dix mille logements sur cinq ans, et demain on ne vous parle plus que de deux mille. Là, on vous appâte avec une couverture maladie universelle qui finalement ne voit jamais le jour ! Les exemples sont légions, et mes sœurs et frères qui vivent sur ce continent où des présidents de la République peuvent se permettre de se « dédire », peuvent vous en apporter des centaines à la pelle ! Finalement, tout le monde se comporte à l’image de ces dirigeants. « Traite les serments imprudemment et ton peuple en fera de même », disait quelqu’un…  




   Pour ma part, je crois qu’il faudrait vraiment que chacun de nous prenne le temps de bien réfléchir aux moyens et à la possibilité qu’il a de réaliser ce qu’il prend comme engagement, même si ce n’est que verbalement. Si chacun de nous, chaque jour de sa vie, s’astreignait à respecter au moins un, juste un seul de ses engagements, une seule de milliards de promesses qu’il est capable de faire en vingt-quatre heures, juste une seule, chacun à son niveau, je crois bien qu’on aurait moins de raisons de se plaindre les uns des autres. Et surtout, avant de faire une promesse que vous ne pouvez pas tenir, si vous vous mettiez à la place de la personne à qui vous la faite ? Si vous vous demandiez comment vous, vous sentiriez si l’on vous faisait une telle promesse et qu’on ne la tenait pas ? Essayons au moins d’envisager les choses sous cet autre angle, et on verra bien ce que cela donnera. Parce que, quelque part, c’est cela, « aimer son prochain comme soi-même » : c’est savoir se mettre à la place de l’autre ! À bon entendeur…   

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