samedi 7 février 2015

Libreville, Dakar, deux villes, deux mondes, un même visage

Bonjour les Êtres humains !


La mélancolie est un sentiment qui vous tombe souvent dessus sans prévenir, et ce, très souvent à cause d’un petit rien du tout : un mot, un geste, une odeur, une image, un don, une sensation ! C’est ce petit rien du tout que j’ai croisé ce samedi soir en me baladant dans les rues de Dieupeul.

Vue partielle du quartier Dieupeul, à Dakar. CP: Barack Nyare Mba

Dieupeul ? C’est un petit quartier populaire de l’arrondissement de Grand Dakar, Situé dans le centre-sud de la capitale sénégalaise. Construit à l’origine par la SICAP (Société Immobilière du Cap-Vert) dans le style des cités pour cadres moyens, avec ces grandes et larges maisons basses, derrière leurs longues barrières collées les unes aux autres, le quartier prend peu à peu, au fil des années qui passent, l’aspect de la majorité des quartiers populaires de Dakar : un mélange hétéroclite (aussi bien dans les dimensions que dans l’esthétique) de nouveaux immeubles aux couleurs et aux finitions les plus étranges ! Heureusement qu’il reste, de ça de là, quelques pâtés de maisons qui reflètent encore son aspect originel : des ruelles exemptes de toutes activité commerciale (salons de coiffures, mini-restaurants et autres boutiques de vêtements pour femmes, et/ou hommes) et bordées de part et d’autres d’arbres fruitiers aux feuillages touffus, qui cachent aux yeux du visiteurs le décor intérieur. A chaque fois que je m’y promène, j’ai le sentiment de me trouver quelque part à la Cité de la Caisse, ce petit quartier de Libreville, perché sur le flanc d’une haute colline, qui, il y a une dizaine d’années, pouvait encore se vanté d’avoir gardé ce paisible charme typique des agglomérations construites un peu partout dans le monde, pour une certaine catégorie de la population active (une entreprise privée, une société public, un corps administratif, etc.)

Mais revenons à Dieupeul. J’y habitais encore il y a sept mois, et ce, depuis deux ans déjà. Juste avant, j’avais vécu dans le bruit incessant qui règne au quartier Médina, une ville dans la ville, périphérique au centre névralgique de Dakar, avec tous ces restaurants libanais, turcs, et je ne sais de quel autre pays proche du Moyen-Orient. Sans compter les innombrables boutiques de vêtements de toutes sortes, pour toutes générations et tous les âges, qui donnent l’impression de vivre à l’intérieur du marché Tilène qu’il abrite. Et sans oublié le sempiternel marché du Mercredi, avec sa horde de vendeurs de froufrous à la sauvette ou à l’étalage, et l’incroyable nuée de femmes qu’il attire ! Ce fut donc pour moi comme une libération de me retrouver dans cet endroit encore assez calme et paisible, comme lorsque j’étais parti de « Derrière la Prison » pour le quartier « Nouvelle Cité », il y a une quinzaine d’années, à Libreville.

Libreville ? C’est de là que je viens. Une capitale jeune et en plein changement incessant, un peu comme Dakar. « Derrière la Prison » ? C’est le quartier dont j’y suis issu, et où j’ai passé la quasi-totalité de mon enfance et de ma jeunesse. Rien qu’en entendant le nom, vous hésitez déjà à y mettre les pieds ! Situé dans le premier arrondissement de la capitale gabonaise, c’est un de ses bidonvilles. Des maisons modestes, souvent en planches rongées par les mites et les termites, séparées les unes des autres, par ci, par des pistes en terre jaune qui vous donnent l’impression d’être au village, par là, par des étendues de hautes herbes noyées dans des marécages. Les habitations y sont construites de manière anarchique, sans aucun plan d’urbanisation, ni même l’avale du Cadastre. Les populations qui y vivent viennent de tous les recoins du pays. Aucune n’est originaire de cette partie de l’Estuaire du pays. Ce sont souvent des familles, pauvres pour la plupart, qui sont venus s’y installer pour tenter l’aventure de la capitale. Entre les peuples de l’ethnie Punu et ceux du groupe Fang, qui sont les deux majoritaires, la cohésion est maintenue, malgré les clivages ancestraux. Mais la misère et l’indifférence du pouvoir faisant, ce quartier a fini par se faire une réputation de « favela sous les tropiques », l’insécurité s’y étant installée et développée depuis bien des décennies. Moi qui aime le calme et la tranquillité, j’ai souvent eu envie de partir de là quelques temps. Pour me dépayser aussi un peu, je pense. Lorsque j’étais au lycée, durant la saison des grandes vacances (l’équivalant de l’été occidental), ma mère m’envoya passer un mois chez sa grande sœur, dans un nouveau quartier embusqué dans les méandres de la grande commune de Nzeng-Ayong. A cette époque, cet endroit était l’un des plus paisibles dans lesquels j’ai eu l’occasion de séjourner. Toute la journée, on n’entendait que les chants des oiseaux qui grouillaient dans les branches des dizaines d’arbres qui semblaient recouvrir tout le quartier. L’air frais, l’odeur pure de la végétation voisine, le calme ambiant… m’ont fait comprendre que l’environnement dans lequel on vit influe beaucoup sur nous. Car, j’eu tellement apprécié ce séjour que je me débrouillais maintenant pour y être dès que j’avais du temps libre. Et à chaque fois que j’en revenais, je me sentais frais, ressourcé, plein de vigueur.


Au fil de mes interminables déplacements à travers le Gabon, et ensuite l’Afrique de l’Ouest, j’ai fini par aimer chacun de ces quartiers dans lesquels j’ai vécu. J’aime « Derrière la Prison », avec, certes, ses dangers, mais aussi avec ses bistrots animés et ses immanquables vendeuses de poissons braisés, poulets braisés et autres brochettes de viande ou de rognons, ou encore de queues de porc. J’aime Mbaya (Franceville, Gabon), avec ses rues peu agitées et ses habitants qui vivent comme là-bas, dans les villages les plus reculés du pays. J’ai aimé Daoudabougu (Bamako, Mali) parce que ce fut mon premier contact avec le monde, la vie, les Etres humains de l’Afrique de l’Ouest. Et comme j’aime la découverte de la diversité et de l’inconnu, de l’étranger, la vie à Dauoudabougou a été pour moi une expérience de découvertes et d’émerveillements perpétuels. J’ai bien aimé Médina, malgré le bruit, à cause du marché. Il donne à l’endroit une ambiance des souks d’Afrique du Nord. Oui, j’avoue, je suis mélancolique…

En parlant de mélancolie, revenons donc à ce petit rien du tout que j’ai croisé ce soir samedi en me baladant dans les rues de Dieupeul. Ce que je faisais à Dieupeul ? Je suis allé rendre visite à un ami qui y vit et ai profité de l’occasion pour lui emprunter son câble USB afin régler un petit « problème de nouvelles technologies » (téléphone en rade…). En sortant de chez lui, j’ai été un peu surpris de voir autant de véhicules, de personnes et d’activités dans les ruelles, pourtant souvent calmes, de mon ancien quartier. « Suis-je bête ! Ai-je pensé, c’est tout à fait normal : nous sommes Samedi ! »  Dieupeul, comme le reste des quartiers de Dakar, de toutes les villes du Sénégal, de l’Afrique de l’Ouest, du contient et de tout le globe terrestre, vit au rythme particulier de cette soirée que presque toute l’humanité considère comme un moment de détente et de divertissements, après une semaine plus ou moins dure, cela dépend de chacun… L’ambiance environnante a fini par me donner l’impression d’être chez moi, à Libreville, à « Derrière la Prison » : pour les plus âgés, des petites retrouvailles entre voisins, devant la demeure de l’un d’entre eux, à discuter autour d’un repas et/ou d’un verre ; les trentenaires et autres « jeunes-adultes » de toutes les classes sociales ont l’air d’avoir décidé de se défier sur le plan vestimentaire, avant de filer dans les restos équivalents à leurs bourses et finir la soirée dans des espaces de divertissements (boite de nuit, snack-bar, maquis et autres bistrots…), là aussi selon leurs moyens. Les adolescents essaient d’imiter leurs aînés, en traînant dans le quartier, à débattre entre amis ou à découvrir les « jeux de l’amour et du hasard ». Ceux qui ne veulent sûrement pas dépenser beaucoup se retrouvent devant les barbecues postés aux points les plus névralgiques de la cité, dégustant des brochettes de mouton, de bœuf, de porc ou encore des poissons cuits sur le grill. A quelques endroits, comme un peu partout, quelques trouble-fêtes, déjà relativement éméchés, élèvent légèrement la voix, bien que de manière brève et isolée. 

 
Une rue animée de Libreville, en soirée. CP: jeuneafrique.com


J’ai eu presque l’impression d’évoluer entre deux mondes, pourtant si différents, et pourtant si semblables. Différents de par la diversité de leurs habitants, de par celle de leurs origines, celle aussi de leurs cultures, de leurs coutumes, de leurs langages, de leurs croyances. Et semblables de par leurs conditions de vie, des réalités sociales qu’elles vivent, des contraintes économiques qu’elles subissent, et aussi de par les comportements des Êtres humains qui y vivent. J’ai fini par me dire que, certes, la beauté des mondes se trouve souvent dans les différences qu’ils recèlent, mais elle peut aussi bien se cacher dans les ressemblances de ces différents mondes, comme les divers profils d’un seul visage, celui de l’Homme.

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