mardi 19 décembre 2017

Protégeons nos enfants envers et contre tout !



Bonjour les Êtres humains !


Tous mes proches me connaissent généralement comme quelqu’un de peu loquace. C’est vrais que depuis que je suis enfant, j’ai assez de mal à trop m’exprimer. Ce qui fait que le plus souvent, je peux donner mon opinion en quelques mots et, plus tard, plusieurs heures durant, je n’arrête pas de penser à tout ce que j’aurais pu ajouter qui aurait plus facilement été adopté par mon (mes) interlocuteur (s). C’est exactement ce qui m’est arrivé dans la nuit de ce jeudi 14 décembre.

 

Je m’apprêtais à me coucher lorsque mon téléphone s’est mis à sonner. Je sors de la douche et vais répondre. Je discute environ cinq minutes avec un ami des mariages auxquels nous devons assister le samedi suivant, malgré des éclats de voix venant de dehors. A la fin de la conversation, je perçois beaucoup mieux le bruit qui m’empêchait de bien entendre la voix en ligne : ce sont des pleurs, vraisemblablement, d’enfants. J’arrête la musique et tend bien l’oreille. Effectivement, ce sont les voix des enfants de ma jeune voisine.

Elle vit dans une assez grande chambre avec son frère et leur mère. Elle a une fillette d’environ sept à huit ans et un beau petit garçon de dix-huit mois. Ils vivent dans une précarité assez étrange : ils n’ont même pas de lit mais paient l’abonnement CANAL + chaque mois. Le frère et la sœur sont très chrétiens mais la mère est alcoolique. Tout à coup, je me rends compte qu’aux cris et pleurs des enfants se mêlent ceux d’adultes. Ce qui m’inquiète un peu.

Je sors de ma chambre et me penche à ma petite terrasse pour voir ce qui se passe. La jeune mère, le quart de siècle maximum, se rince les bras et les pieds sur le pas de leur porte. Je descends pour demander ce qui se passe. Leur voisine, une quinquagénaire, et une autre, un peu plus âgée, tentent de calmer tout le monde depuis les portes de chez elles. L’une « ma copine, je t’ai déjà de ne pas faire ça la nuit, non ? », l’autre, en fang (ma langue maternelle) : « mais Mon Dieu, pourquoi c’est gens se comportent comme cela ? ». Il faut comprendre que la petite famille est d’ethnie kota et vient d’arriver dans le quartier. Or, nous les fangs sommes les plus nombreux et les plus anciens dans ce quartier où je vis depuis mes cinq ans.

Je vais voir la jeune mère et lui demande ce qui se passe : « c’est Hester (sa fille) qui embête ». La mère, assise par terre et en larmes : « pourquoi tu frappe l’enfant ? Je ne vaux plus que tu frappes cet enfant ! Arrête ! » 

Moi : « il ne faut pas faire pleurer les enfants la nuit, ce n’est pas bien ! Cela ne peut pas attendre demain ? ». Le grand frère tente en vain de relever leur maman. Comme je ne reçois, en guise de réponses, que les larmes de la mère et les sourires étranges de ses enfants, je décide de rentrer chez moi. « Engo, me dis-je, tu aimes trop te mêler des affaires qui ne te concernent pas. Vas dormir ». Mais à peine ai-je fermé la porte de ma chambre que les cris de colère de la jeune maman redoublent de virulence, les pleurs de la fillette augment et que les bruits des coups de gifle se multiplient. Je soupire : « Tu ne peux pas ne pas réagir, Engo ».

Je remets donc mon maillot de basket et retourne les voir. Cette fois, je me rends jusque sur le seuil de leur porte et me penche un peu dans la chambre pour parler au grand frère qui se tient devant celle-ci.

« Dis, mon frère, quel est le problème ? ». Il me répond la même chose que sa sœur : c’est la fille qui dérange ! Je le supplie presque : « mais il ne faut pas faire pleurer les enfants la nuit, mon frère ! ». Il n’a pas trop l’air de vouloir m’écouter, parlant à sa jeune sœur. Alors, je le touche à l’épaule pour l’obliger à se tourner vers moi : « écoute, ici, dans ce quartier, ce n’est pas du tout bien de faire pleurer un enfant dans la nuit, tu me comprends ? » Il  me fixe droit dans les yeux. J’ajoute : « tu sais, il y a des gens dans ce quartier qui font de mauvaises choses la nuit. Donc, ce n’est vraiment pas bien de faire ça ». Les deux voisines nous regardent en silence et je me doute que j’ai parlé un peu plus fort que je ne le voulais. Mais, vu le visage soudainement sérieux que le jeune homme affiche, je pense que le message est bien passé.

Je m’en retourne chez moi, me jurant que, quoi qu’il arrive, je ne reviendrai plus. En partant, je l’entends dire d’une voix calme mais très dure : « Esther, si tu n’arrête pas de pleurer, moi-même je vais venir et sévèrement te frapper, tu comprends ? Tais-toi maintenant ! » L’instant d’après, je n’entends plus que la voix enrouée de la mère « wailer » (toutes mes excuses pour l’anglicisme : to wail, comme les Wailers de Bob Marley, qui signifie à peu près chanter ses lamentations, enfin, je crois). Plus de pleurs, plus de cris.


Lorsque je retourne sous la douche, je n’entends plus les paroles de la mère que comme de lointains chuchotements. Le calme est revenu.


Alors, en tant que parent, je vous demande la permission de vous conseiller ceci : ne faites jamais pleurer des enfants dans la nuit. Que ce soient les vôtres ou pas. Surtout dans notre extraordinaire pays qu’est le GABON. Vous prendrez peut-être cela pour de la superstition, ou de la Passion. Comme vous voudrez. A ce jeune homme, j’aurais bien voulus dire quelques mots de plus. J’y ai pensé tout le temps que je me douchais.

J’aurais voulu lui dire que  nous vivons dans un pays ou les gens croient aux sirènes, d'autres jaillissent d’un tronc d’arbre, héritent du dont naturel de pouvoir faire des voyages astraux, croient aux génies de la mer, des eaux, de la forêt et même des animaux, font pousser un bananier jusqu’au régime mûr en une nuit, consommé au petit matin, découpent des nouveau-nés et les reconstituent pour les bénir, etc. Croyez-moi, je suis un chrétien catholique très croyant. Je vais rarement à la messe, mais je lis ma bible très souvent. Je crois fermement en l’existence de Dieu, en tant que croyant, mais aussi en tant que scientifique. Je suis persuadé que dans le futur, la science réussira à la démontrer. Et peu importe ce qu’il est ou aurait été, j’adore Jésus. Je le considère comme un modèle et un guide, non seulement sur le plan religieux, mais aussi dans la vie de tous les jours. Mais je ne suis pas un « bobo chrétien » naïf pour autant : tous ces gens, qui croient en toutes ces choses, ne peuvent pas tous se tromper. C’est statistiquement impossible, de mon point de vue. C’est pourquoi je me doute aussi qu’il est probable que des gens puissent jouer avec les âmes des autres.

J’aurais voulu dire à ce jeune homme que je ne suis pas le seul à le croire. Je suis convaincu que leur mère aussi le pense. J’aurai voulu lui dire que, bien que sa mère soit alcoolique, elle reste une mère et qu’une mère ne veut peut pas exposer ses enfants au danger. « Donneriez-vous des pierres à vos enfants lorsqu’ils vous demandent du pain ? » L’expérience m’a montré, tant sur le plan personnel qu’empirique, que lorsqu’une mère refuse que son enfant fasse quelque chose, c’est très souvent bénéfique pour lui. J’aurais voulu lui dire que leur mère ne veut pas exposer ses petits-enfants aux dangers de la nuit. Visibles ou non. Certains disent que dans la vie, il y a des règles, des principes universels, que la plupart des peuples appliquent. Le respect des parents en fait parti. Et aussi le fait qu’il ne faut pas se laisser aller à la violence durant la nuit. Vérifiez si vous voulez, autour de vous, et vous verrez que dans toutes les diverses communautés qui vous entourent, les gens suivent très souvent ces règles, et les enseignent même à leur descendance.

Il y a, d’ailleurs, une autre règle de vie que j’aurais, si j’y avais pensé sur le coup, voulu lui rappeler. On n’expose pas la nudité aux regards de tous. Parce que voilà : dans mon quartier, les gens aiment bien se balader, hommes, torses nus, et femmes à demi-nues (en pagnes, en sous vêtements) aux vues de tous, sans trop s’en soucier. Moi-même j’avais oublié cette règle. En effet, il y a encore quelques mois, je sortais de ma chambre juste en short ou en pantalon, pour me prélasser à ma mini-terrasse. Puis, j’ai fait la rencontre d’une jeune femme qui me l’a très durement reproché. Mais le pire ce sont les enfants : tout au long de la journée, vous pouvez en croiser au moins une bonne dizaine, seulement avec un caleçon, filles comme garçons, depuis le nourrisson jusqu’à l’âge de raison (sept ans)  et même plus. Ils se baladent souvent en groupe, mais parfois vous pouvez en croiser un en solo. Et il y en a toujours un qui est tout nu. Mes jeunes voisins sont les champions pour ça. La petite Esther et son frère se lavent souvent devant la porte de la maison, sans aucun vêtement, au bord de la piste (oui, il y des pistes, appelés mapanes, dans notre capitale) qui passe devant chez moi, et qui est très fréquentée. Sans aller loin, je pense d’abord aux pédophiles. Car oui, sous nos beaux tropiques aux femmes généreusement belles, il y en a aussi. Juste cette idée me donne toujours la chair de poule lorsque je vois ces enfants comme cela.



En résumé, j’aurais voulu dire à ce jeune homme qu’il a le devoir, en tant que parent, d’éviter d’exposer ses enfants, contre tout ce qui est imaginable, et même au de-là. Qu’il a le devoir de protéger ses enfants. C’est un devoir, pas un choix, pas une supposition, pas un acte volontaire. C’est une obligation ! Mais, bien heureusement pour moi, parfois, quelques mots ont beaucoup plus d’impact qu’un long discours…           

vendredi 4 août 2017

Des rires aux larmes, des larmes aux rires !

Bonjour les Êtres humains !


Hier nuit, en rentrant chez moi après avoir passée une bonne partie de la soirée avec mes deux plus anciens amis, mes frères dirai-je, Gildas EYI et Fabrice NDONG, je suis tombé sur une scène qui n’a pas manqué d’attirer mon attention.  



A quelques dizaines de dizaines de mètres de mon domicile, à l’endroit dénommé « petit marché d’Alalango », au quartier Derrière l’Ecole Normale de Libreville (que je présentais récemment dans l'article suivant), au GABON, je rencontre deux adolescents qui exécutent une chorégraphie de danse, communément appelé ici « balai », en plein milieu de la route. Près d’eux, devant un débit de boisson au crépissage des murs à peine achevé, deux autres ados les encouragent et une jeune femme, sans doute la gérante du bistrot, admire le spectacle. 

Quand je suis à quelques pas d’eux, l’un des deux danseurs demande à la jeune femme d’arrêter la musique. « Moi, je rentre chez moi » dit un autre.

A quelques enjambés d’eux, se trouvent trois jeunes hommes, parmi lesquels un semble assez remonté. Il tourne en rond en répétant :

«  Ils font des balais de danse sur cette route,
Celle sur laquelle on pleure notre frère ! »

-          - Calme-toi, dit un de ceux qui l’accompagnent. Ils ne t’ont pas provoqué ! 
-          - Mais c’est pas normal ! » Répond-t-il.

Moi, qui trouvait ça cool que des jeunes s’expriment à travers la danse, en tant qu’amoureux de celle-ci, je commence à me demander si le jeune homme en colère n’a pas raison. Je me souviens, en effet, que durant la nuit précédente, un jeune homme fraîchement annoncé nouveau bachelier le samedi précédent, est mort à quelques pas de là (voir la une du journal L’Union du vendredi 4 août 2017). La nouvelle bouleverse encore tout le quartier…


Drôle de monde que celui où certains dansent là où d’autres pleurent !  

lundi 10 juillet 2017

Fêtes des cultures de Libreville : un œil sur les Arts plastiques

Il y a de cela quelques années déjà, lorsqu’il était maire de Libreville, l’ancien ministre, ancien opposant candidat à la présidentielle et accessoirement homme de Dieu, M. Paul MBA ABESSOLO, lançait les Fêtes des cultures de Libreville. C’était une sorte de grand festival des cultures locales, qui rassemblait un peu partout dans la capitale, toutes les ethnies du pays, rivalisant de talents pour obtenir le titre des plus belles expressions culturelles de l’année. 


Je me rappelle de ces premières éditions qui mettaient toute la ville en effervescence pendant tout le déroulement des festivités. Les gens n’avaient qu’un même programme : vaquer à leurs occupations le plus tôt dans la journée pour se libérer et aller traîner toute la soirée et au de-là dans les Jardins de la Peyrie, entre autres, à admirer les nombreux groupes de danses traditionnelles venus des profondeurs de l’arrière-pays ; écouter les interminables chants des conteurs de M’Vett, déguster une myriade de plats traditionnels aussi surprenants que délicieux ; ou encore les recettes de vins et liqueurs locales, le tout arrosé de boissons à moindre prix. Mes parents gardent encore dans un album-photo, une image de ma grand-mère, en tenue de danse traditionnelle, qui était venue avec son groupe, lors d'une des premières éditions. En ce qui me concerne, j’étais bien jeune et à cette époque, ce qui m’intéressait par-dessus tout, c’était de danser l’Elone toute la nuit jusqu’au matin. Il faut dire que d’une part j’adore danser et que, de ce fait, je ne pouvais pas manquer une telle occasion de m’amuser, et d’autre part, l’Elone est une danse traditionnelle Fang, qui se pratique en file indienne, tournant en rond autour des percussionnistes. Ces derniers lancent les couplets des chants et la foule de danseurs reprend les refrains. Mais la véritable particularité et le principale intérêt du jeune homme que j’étais alors est le fait que c’est une danse mixte, très sensuelle, sur des chants aux paroles assez explicites. C’était donc l’occasion de faire de belles rencontres et peut-être bien plus…


Mais je m’égare dans mes souvenirs de jeunesse. Venons-en à ce qui me pousse à parler de la fête des cultures aujourd’hui. Le fait est qu’après quelques années passées dans les oubliettes de la Mairie et du Ministère des cultures, elle est à nouveau d’actualité. En effet, en ce début de mois de juillet, s’est tenue la 13ème  édition de la Fêtes des cultures de Libreville. Étrangement, l’ambiance n’était pas celle que j’ai connue dans les années antérieures. Il faut reconnaître que, pour une fois, ce n’est certes pas de la faute des autorités organisatrices qui se sont données beaucoup de mal à informer les populations : spots publicitaires à la télévision et sur les chaines de radio, affiches dans toutes les principales artères de la capitale gabonaise...

Affiche officielle de l’événement

En général, pour prendre la température d’une activité comme celle-là et connaitre l’implication réelle des populations dans celle-ci, j’observe tout simplement les habitants de mon quartier : ils se composent en grande partie des classes les plus basses, sont pour la plupart peu instruites et comprennent une grande diversité d’ethnies locales et de ressortissants étrangers. Pour moi, il n’y a rien de mieux que de descendre dans les « matitis » pour prendre le vrai pouls de la population. Ce qui est étrange, c’est que déjà bien avant la date du début des célébrations, le jeudi 07 juillet 2017, personne ne paraissait vraiment s’en intéresser. Dans les années passées, le sujet serait déjà à la une de toutes les conversations, la principale préoccupation pour les jeunes, qui sont presque tous en vacances, et pour ceux qui espéraient y exercer quelque commerce pour se faire un peu de sous. Mais rien, « que chwiiiiiiiinnnnn ! », comme on dit ici.


A cause de mon boulot, je ne me suis pas particulièrement intéressé à l’évènement. D’ailleurs, j’avais complètement oublié qu’il aurait lieu, jusqu’à ce que quelqu’un me le rappelle. J’avais en effet, prévu de préparer un petit billet sur un jeune homme, artiste peintre, qui vit dans le même quartier que moi. Cela faisait des semaines qu’on en avait parlé et mon questionnaire étant fin prêt, je voulais caler un rendez-vous avec lui pour l’entretien. Le soir du deuxième jour des festivités, je le croise devant chez lui et lui demande de me proposer une date. Il me fait alors comprendre qu’il a une exposition en cours et qu’il ne sera pas vraiment disponible ce week-end. Toutefois, il m’invite le lendemain à aller y assister. J’accepte, mais pour des raisons professionnelles, je ne peux m’y rendre. Je me sens un peu mal de ne pas avoir tenu ma promesse et lorsque nous nous croisons ce dimanche 09 juillet, dernier jour des festivités, je prends l’engagement d’aller voir ses tableaux dans le courant de la journée. C’est ainsi qu’aux environs de midi, je me rends à la Maison de la Télévision Georges RAWIRI, où se tenait l’exposition.


En arrivant devant le portail de l’édifice, je sui assez surpris de n’y voir que très peu de monde. En effet, à part quelques groupes d’hommes agglutinés dans un coin du parking de l’enceinte, jouant au « Songo », un jeu traditionnel venu du nord, il y a à peine une poignée d’individus qui visitent les lieux. Je me dirige directement vers le principal hall du bâtiment. Là, les jeunes artistes reconnaissables aux badges qu’ils portent autour du cou, vont et viennent aux milieux des tableaux, des sculptures et des photographies.

Je suis déjà sous le charme des premières œuvres que j’admire lorsque je tombe sur un tableau signé « Daddy Peinture ». Il s’agit d’une œuvre de mon jeune voisin d’artiste, celui qui m’a invité là. Je me décide à faire le tour pour voir s’il a d’autres tableaux exposés lorsque je le vois s’avancer vers moi, tout souriant. « Content que tu sois venu, ça fait plaisir ! » Il me présente ses cinq tableaux en lice, en m’expliquant qu’ils feront l’objet d’un vote par un jury composé de maitres de l’art, entre autres, puis, me laisse à ma visite pour s’occuper d’un de ses frères et de ces deux amis qui lui ont fait l’honneur de venir. J’ai le temps de découvrir les autres œuvres : des tableaux de différentes tailles, à l’instar des ces petits paysages de forets et de rapides, probablement du fleuve Ogouée, signés Luc Armand MIGAN. Les tableaux, exposant des paysages, des portraits ou des compositions plus complexes, alliant traditions et modernités, d’artistes tels que Kedina, Alban ou encore Willy MILINGU, sont aussi appréciables les uns que les autres.  Dans un coin de la salle, sont rassemblées des photographies de taille moyenne. On peut aussi admirer, au milieu des tableaux, diverses sculptures, comme celles de M. Jean Blaise NTSIANGANA-IMBOU. Je suis totalement en admiration devant les œuvres des « maitres », particulièrement devant les tableaux de Me MINKO MI NZE, qui associent aux toiles des matières telles que le Rafia, un tissu produit localement, et le carton, le tout dans des ensembles très tradi-modernes. En passant devant une étrange pièce, faite de bois, de verre et de fer forgé, je suis surpris de reconnaitre le nom de son auteur, Me Clotaire BABIKA, qui fut mon professeur d’arts plastiques au lycée, et qui fut le premier artiste de la bouche duquel j’appris que j’avais un certain talent pour les arts graphiques, et particulièrement le dessin. Je refais le tour de la salle pour repérer toutes ses œuvres. Elles semblent constituer une série, composées avec les mêmes matières que celles citées plus haut, dans les mêmes coloris et aussi symboliques qu’éblouissantes. Je me demande juste combien une de ces pièces pourrait couter et surtout, j’imagine les progrès effectués par mon ancien enseignant pour avoir, aujourd’hui, les moyens de travailler des matières aussi complexes que le verre ou le fer forgé.

Sculpture de Me Clotaire BABICKA

Tableau de Me MINKO MI NZE

Une des photographies exposées

Tableau d'ALBAN


Sculpture de Me BABICKA
Tableau de Daddy Peinture
Daddy devant son tableau

Je revois mon cher voisin, Daddy, avant de quitter les lieux. Il m’explique brièvement combien de fois il est difficile pour eux de vendre leurs œuvres. Je le comprends bien, vu le manque d’affluence, un dernier jour de festival. Je repars de là avec un petit pincement au cœur pour ces jeunes qui, tant bien que mal, poursuivent leurs rêves, malgré les difficultés. Ils envisagent d’organiser, avec leurs propres moyens, des exposition-ventes. Je leur souhaite un bon vent et vous donne rendez-vous très bientôt pour découvrir l’un d’entre eux. Inch’Allah ! 

samedi 10 décembre 2016

Les nouveaux enfants de la télé

Bonjour les Êtres humains !



Le sujet qui nous intéresse aujourd’hui est le rapport qu’ont, de nos jours, nos enfants, petits frères et petites sœurs (pour ceux qui en ont encore dans l’âge de l’enfance) avec la télévision et les écrans, de manière générale. Je me considère un peu comme un enfant de la télévision, ce que certains bien-pensants occidentaux, qui mettent tout le monde dans des boites ont appelé la génération Y. En effet, nous qui sommes nés dans les années 80, avons un rapport avec la télévision que nos parents ne comprennent pas trop bien. Nous avons quasiment tout appris de la vie à travers elle, et aujourd’hui, nous faisons la même chose avec nos enfants. Or, ces derniers font l’expérience de ce qu’on appelle l’avantage de l’arriération : leur génération, confronté aux technologies de l’internet et aux nouveaux terminaux que sont les smartphones et les tablettes numériques, apprennent et comprennent ces nouveautés beaucoup plus vite que nous, et de plus en plus tôt, au point de me demander si nous avons la capacité d’assurer notre responsabilité de parents face à cette évolution rapide et peu maîtrisée. Car, je me suis rendu compte, depuis plus d’une année que je discute de ce sujet avec les gens de mon entourage, qu’il y a un constat qui est évident : nos enfants passent de plus en plus de temps et ce, depuis le plus jeune âge, devant les écrans.



Quel que soit l’âge des enfants, vous constaterez, en entrant dans n’importe quelle maison qui possède un téléviseur, que tous, hors-mis peut-être, les nouveau-nés, connaissent les programmes télé quasiment par cœur, et ont leurs favoris. Des lycéens et collégiens, en passant par ceux du primaire, et même les plus jeunes de la maternelle. Vous me direz, comme la plupart de ceux avec qui j’ai abordé le sujet, qu’il est bien normal que les enfants regardent la télévision. D’ailleurs, lorsque vous demandez à des parents pourquoi ils en achètent une, ils vous diront presque tous que la première de leurs raisons est d’occuper les enfants.

Car, voilà bien une de mes préoccupations : pourquoi les parents mettent des enfants de maternelle, dont l’apprentissage du langage n’est qu’à ses balbutiements, devant cette boite (ou ce nouveau tableau noir, c’est selon le modèle) qui débite, à longueur de journée, des mots, des expressions, des comportements, des idées sur lesquels nous n’avons aucun contrôle ? Ce qui me choque, c’est lorsqu’une jeune maman m’explique que, lorsqu’elle veut la tranquillité, elle met son enfant de trois ans devant la télé.  Beaucoup de parents me répondent souvent, pour leur part, que c’est pour  que leurs enfants, du primaire ou même au collège ou au lycée, n’aillent pas traîner dehors et ne soient exposés aux dangers de la rue (alcoolisme, drogues, sexualité, vagabondage, vol et autres) qu’ils sont prêts à mettre un écran de télévision dans chaque chambre, à payer des centaines de milliers de francs CFA pour les abonnements au câble, l’accès à internet ou encore les dernières consoles de jeux vidéo. Et dans quasiment toutes les familles, des plus nanties aux plus modestes, c’est le même raisonnement : pour garder les enfants à l’abri des dangers qu’ils rencontreraient dehors, il faut savoir les occuper à la maison. Et visiblement, le meilleur moyen de le faire, c’est de les mettre devant des écrans. Il est vrai que pour les occuper, c’est très efficace ! Il suffit de voir le temps qu’ils passent devant ceux-ci.

Parfois, lorsque je suis chez mes parents, j’observe mes petits frère et sœur, mes neveux et nièces, qui ont tous entre dix et quatorze ans. Les jours où ils ont école, quand ils en reviennent, ils jettent leurs cartables, et, avant même de se changer, ont déjà un œil sur la télé. On les force presque à faire la sieste, et ils prennent un certain temps pour faire leurs devoirs, donc, quelques heures de l’après-midi. Ceci fait, ils peuvent se ruer sur la télécommande. Dans certaines familles, ils restent assis au salon bien après que les parents soient couchés, devant la télévision. Ce que je trouve assez illogique, c’est de voir que certains parents acceptent que leurs enfants allument la télévision le matin, avant d’aller à l’école. Pourquoi ? Quel en est le but, le bien-fondé ? J’ai l’impression d’observer des accros, à qui il faut donner leur dose matinale avant de démarrer la journée ! Je ne parle même pas de ces ados qui ont des smartphones ou des tablettes connectés à internet. Avec eux, il faut répéter la même chose deux, trois fois, parfois en criant, pour qu’ils se décident à sortir leur nez de l’écran. Je trouve souvent cela triste lorsque je suis avec des amis, et qu’à un moment donné, sur une table de quatre ou cinq personnes, c’est le silence total parce que chacun a les yeux rivé sur son portable, à satisfaire le besoin de communiquer avec des amis, virtuellement, au lieu qu’il en a un juste à quelques centimètres de lui. Et pour moi, c’est juste insensé que des jeunes de dix, douze ans se comportent ainsi ! Les périodes de vacances scolaires sont, pour beaucoup d’enfants, synonymes d’interminables orgies de télévision. Faites donc l’expérience : observez-les, pendant deux ou trois jours, sans rien dire, en essayant d’estimer le temps qu’ils passent devant la télévision, juste la télévision, parce que, pour les autres types d’écrans domestiques, c’est plus compliqué. A la fin, demandez-vous si, vous, vous passeriez autant de temps devant des dessins animés, des vidéo-clips ou des séries télévisées.  

Ce qui est le plus effrayant, à mon sens, plus que le temps passé devant les écrans de télévision, c’est la nature et surtout le contenu des programmes que les enfants regardent. Honnêtement, j’ai le contact facile avec les moins de douze ans, alors, dès que j’en ai l’occasion, je leur demande ce qu’ils aiment ben regarder, à la télé. Ils vous citeront tous les mêmes chaines du bouquet Canal +, les mêmes titres de dessins animés, avec les préférences des uns et des autres. Je prends, parfois aussi, le temps de regarder un ou deux épisodes avec eux, pour tenter de comprendre ce qui les intéresse tant dans tel ou tel programme. Il est vrai que chaque génération a ses références : certains de nos parents se souviennent encore d’Albator ou de Candy, pour les moins âgés. Nous, nous avons eu Dragon Ball, puis Naruto, One Piece… Mais franchement, je me demande, devant certains programmes que regardent les enfants actuellement, si leurs concepteurs n’ont pas des déviances cachées ! Parce qu’il y a de ces personnages ! Je ne sais pas pourquoi, mais ils ressemblent de moins en moins à des êtres humains. D’ailleurs, vous trouverez très souvent des étrangetés comme un poisson rouge avec des pieds, des êtres gélatineux, des objets qui se meuvent et parlent comme des adultes. Avec des comportements aussi étranges : des êtres qui coincent les autres dans leurs derrière, des séances de pets interminables, et une obsession rectale à peine voilée ! Comprenez-moi bien, je ne suis ni extrémiste, ni complotiste, ni moraliste. Je trouve juste que lorsque que mes enfants passent le plus clair de leur temps à faire une activité, il faudrait au moins qu’elle corresponde aux codes et aux valeurs que je veux leur inculquer dans la vie. Et là, je ne parle que des dessins animés ! Parce qu’il y a les chaines musicales, auxquels les tous petits n’échappent pas. Un de mes amis me racontait, il y a quelques temps, que son fils adore le titre « anaconda » de Nicki Minaj. J’aurais trouvé ça normal si son fils avait plus de quatre ans ! Je ne vous parle même pas de la vague déferlante qui s’est abattue sur toute l’Afrique Centrale, il y a environ un an : « collé la petite » ! Quand un petit garçon de deux ou trois ans, à une fête d’école, tient sa condisciple par les hanches, derrière elle, et mime l’acte sexuel, je me demande, des enfants, de la maîtresse qui les fait danser, ou des parents qui applaudissent en rigolant, qui doit être interné en premier ! L’autre type de programmes qui me donne les maux de tête : les télénovelas. Elles ont même déjà un canal qui leur est entièrement dédié : Novelas Tv. Quel est l’intérêt de faire regarder des histoires d’amour à l’eau de rose à des enfants ? Les préparer à leurs prochaines vies amoureuses, peut-être ? Il y a des mères qui, en rentrant de leur boulot, savent qu’elles n’auront pas totalement manqué leur série préférée, parce que leur fille de sept-huit ans l’aura regardé pour elles.   

Je l’ai dit plus haut, moi-même j’ai passé beaucoup de temps devant la télévision, plus jeune. Mais je pense qu’à cette époque, elle n’avait pas le même rôle qu’aujourd’hui. Je me rappelle que la règle principale était : « pas de télé avant midi », pendant les vacances. Durant la période scolaire, je ne regardais la télévision qu’entre douze et quatorze heures, dix-huit et vingt heures trente, au plus tard. Ce n’est que vers la fin du lycée que j’ai commencé à regarder la télévision après minuit, pour suivre les matchs de la NBA en direct. En ce temps, la télévision était, surtout pour moi, d’abord un moyen d’éducation et d’apprentissage. Je crois que je regardais le journal télévisé plus que le reste de la maison. Je me rappelle encore aujourd’hui des batailles de Sarajevo, et de la Yougoslavie, parce que je regardais les infos. Personne ne m’a raconté cela, je l’ai quasiment vécu. Je ne compte plus le nombre de programmes éducatifs que je ne pouvais pas me permettre de manquer : « c’est pas sorcier ! » en fait partie. Depuis le primaire, je suis tout ce qu’il peut y avoir comme documentaire, historique, animalier, sur les technologies, et bien d’autres. Au primaire et durant mes années de lycée, j’ai toujours eu l’impression que la plupart des choses que j’apprenais en classe de sciences, je les savais déjà. Parce que j’en avais déjà, plus ou moins, entendu parler dans un documentaire. Bien évidemment, le divertissement aussi était au programme. Les émissions telles que « Canal Evasion » m’ont fait découvrir la majeure partie des grands classiques de la musique du siècle dernier. Et les grands événements sportifs ont toujours été au programme. J’ai eu les larmes aux yeux en voyant que les enfants de mon quartier, et même ceux qui vivent à la maison, n’en avaient que cure des derniers JO de Rio. Je me demande pourquoi on en est arrivé là ? Pourquoi la télévision est devenue seulement un objet de divertissement, et a délaissé ses fonctions d’éducation, d’instruction ? Et surtout, quelles en sont les conséquences ?

Je trouve que les enfants qui passent beaucoup de temps devant la télévision ont quelques défauts à souligner. J’en connais quelques-uns qui, lorsqu’ils sont dans une pièce dans laquelle il y a un téléviseur, ne peuvent pas s’empêcher de le regarder. Ils sont littéralement sous son emprise, même quand le programme en cours ne les intéresse pas vraiment. Le pire c’est ceux qui ont le « pouvoir sur la télécommande ». Ils s’habituent tellement à zapper quand un programme ne les plait pas qu’ils se disent que la vie réelle est ainsi. Ils sont donc tout le temps en train de passer d’une chose à l’autre, s’ennuient très vite lorsqu’on leur demande de rester concentrer un certain temps, et, pour les pires cas, passent leurs temps à s’imaginer dans un monde parallèle, avec leurs propres personnages, monde dont ils ne sont contraints de sortir que parce que vous les contraignez à le faire.

Mais ce qui me fait le plus peur, c’est de constater que, la plupart, du fait des innombrables personnages qu’ils regardent chaque jour et de la richesse des dialogues, ont un vocabulaire très riche. Mais, très peu savent écrire ou même épeler tous ces mots savants qu’ils absorbent à longueur de journée. Lorsqu’un enfant de neuf ans vous dit qu’il fait des rêves « prémonitoires », vous êtes déjà assez surpris qu’il connaisse la signification d’un terme aussi complexe. Mais, de savoir qu’il ne sait, ni l’écrire, ni l’épeler me fait vraiment de la peine et prouve qu’il est confronté à deux maux qui, en s’additionnant, sont graves de conséquences pour sa future scolarité : l’abus de télévision, et sa conséquence la plus simple, le manque de lecture.

Bien évidemment, je ne fais que des constats visuels, n’étant pas un expert du comportement des enfants, de l’éducation, ou encore un psychologue ou psychiatre de l’enfant. Cependant, voilà ce qu’en disent certains qui s’y connaissent un peu mieux sur le sujet :

« … La télévision plonge dans un état proche de l’hypnose les enfants qui restent scotchés. Aussitôt le poste allumé, des ondes lentes, dites « alpha », prennent le relais des ondes «  bêta », celles de l’éveil sur le cerveau. L’enfant est alors plongé dans un état de légère léthargie, proche de celui d’endormissement. Les enfants regardant beaucoup la télé ont également une nette prédominance de l’activité cérébrale dans l’hémisphère droit, celui qui traite l’information de façon émotionnelle. Résultat : l’esprit critique est annihilé et la capacité d’apprendre diminue. »

« La télévision altère la capacité d’imagination de l’enfant c’est à dire sa capacité de représentation. Le pédiatre allemand Peter Winterstein a ainsi montré que plus les enfants passent du temps devant le poste, plus leurs dessins s’appauvrissent en détails et perdent de leur relief, quand ils ne sont pas carrément déstructurés pour les plus « téléphages »

Dessins faits par des enfants de 5-6 ans, scolarisés depuis l’âge de 3 ans. Le groupe du haut étant celui qui regarde le moins la télévision (moins d’une heure par jour), celui du bas, les enfants qui regardent la télé plus de 3 heures par jour.

« Plus les enfants passent du temps devant des écrans, plus leurs résultats scolaires sont mauvais. C'est ce que montre une étude publiée dans le numéro d'octobre 2014 de la revue American Journal of Family Therapy, qui analyse les habitudes de 46 000 familles américaines avec enfants (de la maternelle à la terminale). A partir d'une demi-heure de temps d'écran par jour, ils ont constaté une baisse régulière des résultats scolaires. La baisse est beaucoup plus prononcée après deux heures et, au-delà de quatre heures, la moyenne générale de l'enfant chute d'une classe. »

« …  les chercheurs invoquent les difficultés à trouver le sommeil que développent les enfants qui passent beaucoup de temps devant la télévision ou sur l'ordinateurSelon l'étude citée par le Huffington Post (article en anglais), les enfants qui passent quatre heures par jour devant un écran mettent en moyenne vingt minutes de plus à s'endormir. »

«  Les problèmes de concentration qui progressent avec l'exposition aux écrans. "Les dessins animés et les jeux vidéo habituent les enfants à une forte dose d'excitation, qu'ils ne retrouvent pas dans la vraie vie, explique le Dr Larrar. Parce que les autres activités deviennent moins captivantes, il devient plus difficile de se concentrer dessus »

«  Les écrans non-interactifs, comme la télévision, les plongent dans la passivité. L'image s'impose à l'enfant qui se retrouve dans un processus linéaire. Il ne développe pas son imagination ou sa capacité à raisonner pour tenter de trouver une solution à un problème. "Il n'expie pas non plus ses angoisses, comme il peut le faire sur ses Playmobil ou d'autres jouets, ce qui est extrêmement important", explique le Dr Larrar. »


Il n’est, certes, pas facile pour les parents, de se retrouver et surtout, de savoir quelles sont bonnes décisions à prendre pour le bien-être de leurs enfants, face aux écrans et surtout à la télévision. Pour les aider, il existe, cependant, une règle assez simple, dite du « 3, 6, 9, 12 ». Elle se résume ainsi : pas de télévision jusqu’à 3 ans, pas de console de jeux avant 6 ans, pas d’internet, même avec les parents, avant 9 ans, et enfin, à 12 ans, on peut laisser l’adolescent découvrir le monde virtuel.




En définitive, voilà le seul conseil que je donnerai aux parents : à l’approche de Noël, au lieu de leur acheter une nouvelle télévision à écran plasma, 4K, 64 pouces, des tablettes numériques, des nouvelles consoles de jeux vidéo et autres gadgets, offrez-leur plutôt des jouets qui les éveillent tout en les éloignant le plus possible de l’esclavage moderne des écrans. Ils vous feront certainement la tête à court terme, mais ils vous remercieront surement dans quelques années. Bonnes fêtes de fin d’année !

dimanche 4 décembre 2016

Lettre à Mandela

Bonjour Madiba,

Cette nuit, je me suis levé en pensant à ce qu’il faudrait que je fasse pour faire comprendre à mon fils, qui n’a que huit ans, qui tu étais et pourquoi il doit le savoir. Je t’avoue que, pour le moment, je n’ai pas encore trouvé les mots. En y réfléchissant, j’aurais pu tenter de lui faire un résumé de ta biographie, mais comment résumer une telle existence ? Alors, je me suis dit que, l’idéal, ce serait que je lui raconte ce que moi, j’ai gardé profondément encré au fond de mon âme, de toi.


Etant né en 1984, durant ton incarcération à la prison de Pollsmoor, je n’ai pas connu tes premières années de lutte. Je n’ai pas connu Nelson, l’étudiant militant, Nelson, le premier avocat noir d’Afrique du Sud, Nelson, le leader de la lutte non-violente (comme Gandhi, à qui on te compare souvent et qui initia cette lutte durant son séjour en Afrique du Sud). Je n’ai pas connu Nelson, le leader qui bascula dans la lutte armée, ni Nelson, le fugitif, recherché par les autorités de ce pays où les noirs, majoritaires pourtant, devaient vivre reclus entre eux, n’avaient quasiment aucun droit, et devaient se promener avec un passeport intérieur, pour pouvoir se déplacer en paix sur la terre de leurs ancêtres. Je n’ai pas entendu ton célèbre plaidoyer, lors du procès de Rivonia, ni tes interminables années de détention à Robben Island, sous le matricule 46664.

D’ailleurs, je ne t’ai jamais personnellement rencontré. Tout ce que j’ai connu de toi, c’était à travers la presse écrite et les journaux télévisés. La première fois que je t’ai vu sur le petit écran, tu étais déjà un homme d’un âge avancé, grand et mince, les plis des yeux accentués par la vieillesse et les cheveux plus blancs que ceux de ma grand-mère. C’était le 11 février 1990. Mes parents étaient tous excités comme des enfants, car, quelques jours plutôt, le président de Klerk avait annoncé la levée de l’interdiction de l’ANC et ta prochaine libération. Tout le monde à la maison regardait chaque soir le journal télévisé pour en apprendre un peu plus sur la date et les conditions de ta libération. Et puis, ce soir-là, je te vis enfin ! Tu te tenais là, au milieu de cette foule en liesse, dans ce costume gris qui avait l’air trop grand pour toi. J’étais en classe de CP1, je revenais à peine d’un séjour de plusieurs années dans le village de ma mère, où j’avais vécu avec comme seule tutrice, ma grand-mère, au milieu de toutes ses congénères. J’avais donc une forme d’affection particulière envers les personnes âgées. Et dès ce premier jour, je ressentis la même chose que je ressens encore aujourd’hui, en écrivant ces mots : ce drôle de frisson qui me parcours les épaules et le long de la colonne vertébrale, et ces larmes qui me montent presqu’instantanément aux yeux. Voilà ce que j’ai toujours ressenti, à chacune de tes apparitions à la télévision, à chaque fois que je me suis assis au Centre Culturel Français (actuel Institut Français), pour relire, encore une fois, ta biographie, à chaque fois que je devais parler de toi, à chaque fois que quelqu’un disait du mal de toi.



C’est ce même frisson qui me parcouru le 2 avril 1994, à la vue de ces interminables files humaines qui se dirigeaient dans les bureaux de vote, lors des premières élections multiraciales d’Afrique du Sud. Devant le petit-écran, nous n’avions aucun doute : tu serais élu Président de la Nation arc-en-ciel ! Entre le 27 avril et le 10 mai 1994, je crois qu’il y a eu peu de soirs où ton visage n’apparaissait à l’écran, où ton nom n’était cité dans les journaux. Au fond, je me suis senti, durant toute cette période, comme beaucoup d’ailleurs, Sud-Africain dans l’âme. Et ce fut ainsi durant plusieurs années. Lorsque, après ta libération de prison, tu vins en visite officielle à Libreville, j’étais encore trop jeune pour pouvoir venir te voir défiler dans les rues de la capitale, avait dit ma mère. Ce jour, que j’attendais avec tant de joie, finis par être un des plus tristes de mon enfance. Finalement, ce ne fut que partie remise, puisque, quelques années après l’obtention de mon concours d’entrée en sixième, tu reviendras ici, au Gabon, et que, pour te rendre hommage, le lycée d’Application de l’E.N.S, où je fis tout mon secondaire, sera rebaptisé, « Lycée Nelson Mandela ». Ceci ne fera que renforcer cet étrange attachement que j’ai toujours eu pour toi. Je me suis toujours considéré, dès lors, comme un de tes nombreux petits-enfants, allant même par t’appeler, comme ceux-ci :Madiba.

Tout au long de ces années où j’ai pu te découvrir, te suivre et te connaitre, je ne me souviens pas une seule fois avoir douté de toi, avoir eu une pensée négative envers toi, ou t’avoir critiqué. « Il n’a pas été aussi parfait que ce que le peuple noir d’Afrique du Sud attendait de lui », ont dit quelques-uns. Mais nul n’est parfait, et tu l’as toujours répété « je ne suis qu’un Être humain ». Chacun de nous tous a ses faiblesses et bien peu sont ceux qui, se permettant de te jeter une pierre, peuvent se targuer de ne pas en mériter au moins une dizaine. Tu auras été, jusqu’à tes derniers jours, un modèle d’intégrité, de courage, de détermination pour moi.

Ces fameux derniers jours ! Le monde entier te savait déjà très souffrant, et ce depuis des années : cancer de la prostate, infection pulmonaire… Sans compté que tu n’étais plus bien jeune. A cela, on ajoute 27 ans d’incarcération, dans des conditions extrêmement difficiles, et on se dit que tu auras quand même tenu bon ! Lorsqu’en juin 2013, certaines chaines de télévision annoncent ton décès, je ne veux pas y croire, et d’ailleurs, je n’y crois pas du tout. Et avec raison, puisque tu seras, quelques semaines après, ramené à ton domicile. Cette année-là, je me trouvais à Dakar, dans ma petite chambre d’étudiant, avec, comme seule compagnie, ma télévision, qui veillait parfois toute la nuit, passant en boucle les nouvelles sur France 24. Ainsi, lorsque Jacob Zuma annonce officiellement ton décès, après plusieurs jours de suspens, je prends quelques minutes, assis sur mon lit, pour te dire adieu, puis, je me lève, arrête ma télé en me disant « il est parti paisiblement, c’est déjà ça de bien ». 
   

Je me suis toujours dis qu’il y a des choses qu’on ne peut pas traduire par de simples mots. Certains appelleraient cela de l’admiration, d’autres de la passion, et d’autres encore du fanatisme. Je ne me considère pas comme un fan, au sens propre du terme. Ni même une sorte d’admirateur qui s’afficherait avec des chemises en wax qui ont finis par porter ton nom, pour faire comme toi. Je me considère comme chanceux d’avoir vécu à ton époque, et de t’avoir vu vivant. Certains t’ont presque élevé au rang de dieu, d’autres te comparent à Jésus, ou à un de ces « grands » hommes de l’histoire. Moi, je suis juste fier que tu ais prouvé au reste du monde que le pardon et l’amour du prochain ne sont pas des utopies, et qu’ils valent mieux que tout. Albert Einstein a dit un jour de Gandhi « les générations futures auront du mal à croire qu’un tel homme ait existé ». Moi, j’ai eu la preuve, à travers toi, que non seulement de tels hommes peuvent exister, mais qu’en plus, ils ne cesseront jamais de nous inspirer. Merci Madiba.